Le Chuchoteur

Ce thriller-là m’a fait frémir, vérifier, le soir, si toutes les portes étaient bien fermées. Mais je n’ai pu que m’incliner devant sa quasi perfection (à mes yeux, bien sûr).Une équipe d’enquêteurs, spécialisée dans les crimes violents, découvre perdues dans les bois, six tombes qui contiennent chacune un bras de petite fille. Petit à petit, le tueur, leur livre, à son rythme, les cadavres préparant soigneusement ses mises en scènes… Grâce au criminologue intégré à l’équipe de police, on apprend les mécanismes de la pensée des tueurs en série. On découvre aussi la face sombre des enquêteurs qui ont chacun leur grain de folie. Le dénouement de l’histoire m’a prise par surprise, j’aurais été bien incapable de le deviner. On ne peut que s’incliner devant l’habile construction du Chuchoteur, devant sa force qui vous empoigne et vous laisse tremblant. Une seule précaution: âmes sensibles, s’abstenir!
Le Chuchoteur, Donato Carrisi, Le Livre de Poche

La terre des mensonges

Dans la Norvège archaïque des fermes et des fjords, trois frères se retrouvent à la mort de leur mère, la tyrannique Anna. Cette réunion de famille forcée va occasionner la découverte d’un terrible secret de famille…
Anna B. Ragde excelle à décrire les différents milieux des trois frères. Tor, l’aîné, est resté dans la ferme familiale où, dans une profonde solitude, il élève des cochons. Ceux-ci sont les seuls êtres avec lesquels il a de véritables relations. Margido dirige une entreprise de pompes funèbres. Enfin, Erlend le plus jeune a fui la Norvège pour vivre son homosexualité au grand jour. La puissance d’évocation de l’auteuur est telle qu’on a l’impression de vivre leur vie et leurs douleurs. C’est de la littérature brute, qui touche au coeur, sans effets de manches superflus.
Anne. B Ragde, La terre des mensonges, 10/18

A table avec Marcel Pagnol

Des recettes qui fleurent bon le sud et le soleil et qui ont puisé leur inspiration dans la littérature, c’est plutôt rare. Et c’est pour cela que c’est si précieux. Frédérique Jacqumin a débusqué de bons petits plats dans les romans de Marcel Pagnol. C’est ainsi qu’on découvre comment préparer la fougasse aux olives et au romarin de Pomponette (La femme du boulanger), l’omelette soufflée d’asperges sauvages d’Ugolin (Manon des sources) et les treize desserts d’Alexandrine (Le Château de ma mère), entre autres… Le tout entrecoupé de superbes photos ensoleillées de Provence, de photos de films et de dialogues savoureux de l’auteur. Dont on a bien besoin pour supporter ce gris qui n’en finit pas.
A table avec Marcel Pagnol, 65 recettes du pays des collines,Frédérique Jacquemin, agnès vienot éditions

Pavillons lointains

Si vous aimez les grandes fresques qui vous emmènent loin de votre quotidien, les grosses briques dans lesquelles on est plongé avec délices pendant de longues heures, vous devez absolument lire Pavillons lointains de M.M Kaye paru récemment au Livre de Poche. Ce roman tient à la fois du roman d’éducation, d’aventures, d’amour et d’Histoire et on ne s’y ennuie pas une seule seconde. Inde, deuxième moitié du 19e siècle. Ashton naît de parents anglais qui meurent peu de temps après sa naissance et est élevé par sa nourrice hindoue.  Après des études en Angleterre, il revient aux Indes qu’il considère comme sa véritable patrie et s’engage dans le régiment des Guides. Au cours de multiples péripéties, il sauve Anjuli, son grand amour, veuve d’un prince et condamnée au bûcher, devient espion au cours d’une guerre contre l’Afghanistan… Frondeur, Ashton ne fait jamais siennes les opinions des bien-pensants. Par sa double appartenance, il nous permet de comprendre les positions des Anglais, comme des Indiens, lors du rattachement de l’Inde à l’Angleterre. J’ai adoré!

Le chagrin et la grâce

C’est à une plongée au cœur des Etats-Unis que nous invite Wally Lamb, de son Histoire comme de ses dérives les plus terribles. Caelum et son épouse Maureen travaillent tous deux au lycée de Columbine. Caelum est appelé au chevet d’une proche lorsqu’y a lieu la terrible fusillade, faisant de nombreuses victimes. Cachée dans une armoire de la bibliothèque, Maureen s’en réchappe par miracle mais en sort profondément marquée. Trouvant refuge dans la ferme famililale, le couple tente de panser ses plaies. C’est sur le lieu-même où il a passé son enfance que Caelum fait des découvertes sur sa famille – une aïeule abolitionniste, une autre créatrice de la première prison pour femmes – et met à jour des secrets soigneusement enfouis.
Ancré dans l’Histoire comme dans l’actualité – la guerre en Irak, le cyclone qui a détruit la Nouvelle Orléans -, cet extraordinaire roman a du souffle et de l’ampleur. Grâce à l’extraordinaire tension dramatique qui le traverse, on est littéralement scotché, ne voulant pas perdre une miette du récit et bouleversé par ses personnages, si profondément humains.
Le Chagrin et la Grâce, Wally Lamb, Le livre de Poche

Sépharade

De Qumran à La Répudiée, en passant par Un heureux événementMère et fille… j’aime tous les livres d’Eliette Abécassis. Mais c’est Sépharade que je trouve le plus abouti. Parce qu’au-delà de l’histoire d’une femme, il raconte aussi le destin d’un peuple. Esther Vital – qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son auteur – a une trentaine d’années. Née à Strasbourg, elle est fille de parents juifs marocains. Comment parvenir à concilier les deux parts de son être – la française raisonnable et la sépharade exhubérante – comment être soi-même face à des parents omniprésents et omnipotents, tels sont ses dilemmes. A travers son histoire d’amour et son mariage avec le beau Charles, sépharade comme elle, Esther interroge toutes ses identités et remonte le fil de ses origines (berbère, espagnole, marocaine, avant d’être française). Ecrit dans une langue magnifique, aux images souvent poétiques, Sépharade a le souffle d’une saga, la saga des juifs pieds noirs qui ont façonné le visage du judaïsme français.
Sépharade, Eliette Abécassis, Albin Michel et Le livre de poche

Quand souffle le vent du nord

Voilà une pépite que j’ai découvert par hasard, en flânant à la librairie Filigranes. Un livre facile à lire et parfait pour accompagner ce beau week-end de Pâques, si joliment ensoleillé. Attention, facile ne veut pas dire mauvais, bien au contraire. Car tout est ciselé dans ce roman.
En voulant résilier un abonnement, Emma envoie par erreur un mail à Léo. Celui-ci lui répond et pique sa curiosité. S’engage alors entre ces deux inconnus un dialogue piquant, drôle… et uniquement par e-mails. De plus en plus curieux l’un de l’autre, les deux héros se fixent un rendez-vous dans un café mais sans se parler. Ce qui ne fait qu’accentuer le mystère… Je ne vous en dis pas plus, ce serait dommage de dévoiler l’histoire, sachez juste que Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer (Le livre de Poche), m’a à la fois touchée, émue et amusée et que ça n’arrive pas si souvent que ça.