Très ou trop facile, le dernier Eric-Emmanuel Schmitt?

J’ai lu d’une traite La femme au miroir, cette belle histoire centrée autour de trois personnages féminins, unies par un lien secret. Il y a Anne qui vit à Bruges à la Renaissance et qui refuse le mariage.  Au beau Philippe, elle préfère le silence et la communion avec la nature.  Hannah, aristocrate viennoise a, elle,  20 ans au début du 20e siècle. Refusant le rôle que lui octroie la société, elle ne parvient pas à avoir d’enfant et pour cela, entame une cure psychanalytique.  Enfin Anny, actrice brillante, vit à Los Angeles aujourd’hui. Parce qu’elle ne s’aime pas, elle détruit son corps dans une vie très sex, drugs et rock and roll. Toutes trois sont à la croisée des chemins.  L’histoire est bien construite, intéressante, mais je ne l’ai pas trouvée assez aboutie. Les personnages ne sont qu’effleurés, n’ont pas assez de profondeur. L’auteur n’évite pas les clichés. Ce livre m’a fait passer un bon moment de détente mais sans aller plus loin.
Venu présenter son livre à la librairie Filigranes le 2 septembre, Eric-Emmanuel Schmitt en a longuement expliqué les dessous.  Je vous communiquerai  le lien de l’interview dès qu’elle sera en ligne.
Eric-Emmanuel Schmitt, La femme au miroir, Albin Michel

Le numérique = l’apocalypse??

Depuis toujours, je préfère le Beigbeder critique (Qui se souvient de ses papiers en dernière page du magazine Voici?) au romancier. Et son dernier livre n’échappe pas à la règle. Dans sa préface, il voue aux gémonies le livre numérique, accusé de la disparition quasi certaine du roman. Et quels sont les ouvrages que l’auteur veut absolument conserver, face à ce danger? 100 livres. 100 livres qu’il va présenter, critiquer, pour lesquels il va donner les raisons de son amour. Où l’on retrouve autant Paludes d’André Gide qu’Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb. Chéri de Colette, que Les Bienveillantes de Jonathan Littel… Reprenant le format qu’il avait déjà utilisé dans Dernier inventaire avant liquidation (2001), soit des textes courts, souvent enthousiastes, parfois féroces, mais toujours clairvoyants, l’écrivain dresse un panorama de livres indispensables du 20e siècle. Qu’on peut lire sans aucun risque de se tromper. Bref du Beigbeder comme je l’aime même si je ne suis pas d’accord avec son intro. Le numérique, moi je trouve ça bien pratique!
Premier bilan après l’apocalypse, Frédéric Beigbeder, Grasset

Amélie Nothomb non, Eliette Abécassis, oui!

 Alors que je comptais commencer par le compte-rendu de Tuer le père d’Amélie Nothomb (Albin Michel), j’ai changé d’avis. Non franchement, je l’ai trouvé sans magie, sans la richesse de vocabulaire à laquelle l’auteur belge nous avait habituées et avec, comment dire, une intrigue plutôt plate. Le lire n’est vraiment pas une nécessité. Par contre j’ai beaucoup aimé le nouveau roman d’Eliette Abécassis Et te voici permise à tout homme (Albin Michel également). Il m’a fait penser à la veine intime de La Répudiée, un de ses livres précédents.

Anna et Simon sont divorcés civilement depuis 3 ans mais dans un cruel jeu de pouvoir, Simon refuse le Guet, le divorce religieux selon la loi juive. Sans ce document qui la dit alors ‘permise à tout homme’, Anna ne pourra pas se remarier et encore moins avoir un enfant qui sera alors considéré comme un bâtard. La jeune femme, très fidèle à sa foi, se retrouve prisonnière de règles archaïques, alors même qu’elle est amoureuse de Simon, juif comme elle. Eliette Abécassis parvient, autour de cette règle particulière, à écrire un roman poignant qui étreint le cœur. Car il décrit parfaitement un une des mille et une façons d’asservir les femmes. Que ce soit du fait des hommes, des autorités religieuses ou des deux comme malheureusement trop souvent encore. Et c’est en cela qu’il a une porté universelle.

Les nouveautés de la rentrée

C’est aujourd’hui que commence officiellement la rentrée littéraire avec déjà des dizaines de sorties de romans.  Il n’y a qu’à voir les piles de livres chez Filigranes, ma librairie préférée, pour s’en convaincre. Je m’y suis prise un peu tard pour vous les présenter et je n’ai encore rien terminé (je suis plongée dans Les Amants de Francfort de Michel Quint paru aux éditions Héloïse d’Ormesson, qui est plutôt pas mal) mais je peux déjà vous faire une liste de mes prochaines envies.
 
Tuer le père d’Amélie Nothomb (Albin Michel), je la suis depuis ses débuts, je ne peux donc pas manquer son nouvel opus (je me lance dès que j’ai terminé Les Amants de Francfort).
Les souvenirs de David Foenkinos (Gallimard). J’ai lu cet été La délicatesse du même auteur que j’ai trouvé très bien et j’ai envie de poursuivre avec cette méditation sur la famille.
 
Premier bilan après l’apocalypse de Frédéric Beigbeder (Grasset). Ce n’est pas un roman mais le récit des livres aimés par le trublion des lettres. Et comme je ne le trouve jamais meilleur que dans la critique littéraire…

Côté romans étrangers, j’aimerais lire Freedom de Jonathan Franzen (Editions de l’Olivier). C’est une grosse brique sur l’Amérique désenchantée d’aujourd’hui et même s’il n’est pas facile de rentrer dedans, la critique est dithyrambique.

Enfin, Une femme fuyant l’annonce, David Grossman (Seuil). Ce merveilleux écrivain israélien, qui a perdu son fils lors de la deuxième guerre du Liban, évoque ce sujet poignant d’une façon détournée.
Ce sera tout pour le moment. Bonne rentrée et bonne lecture!

Le magazine qui aime les livres

J’ai acheté le magazine Books (l’actualité par les livres du monde) il y a quelques jours, et je l’ai dévoré de la première à la dernière page, ce qui est plutôt rare. Il faut dire que son thème – Tout sur la mère – était plus qu’interpellant. Qu’est-ce qui fait une bonne mère? Le fait de pousser ses enfants à être toujours les premiers de classe, ou celui de vouloir leur épanouissement et leur bonheur? Comment résister aux multiples pressions qui veulent faire de nous des femmes parfaites aux multiples casquettes? Y a-t-il un salut hors de l’allaitement? Telles sont quelques-unes des multiples questions de société que pose le numéro de juillet-août. Qui y répond par des argumentations extrêmement nuancées. Bien loin des magazines aux articles courts, vite pensés et vite écrits, Books va au fond des choses, propose de vraies réflexions. Et c’est ça qui fait sa richesse et son intérêt.

Le dîner

C’est à un étrange dîner que nous convie l’écrivain néerlandais Herman Koch. Celui de deux frères et de leurs épouses. Le premier est candidat au poste de Premier ministre, pratiquement sûr de sa victoire, le second professeur d’histoire mis au repos forcé. Si au départ, l’atmosphère est plutôt légère et le ton à la drôlerie, au fur et à mesure, les choses se corsent. C’est qu’entre le dîner et le dessert, les deux couples doivent parler de leur enfant respectif. Qui sont tous deux sont coupables de la mort d’une sans-abri. La police possède un enregristrement vidéo de leur acte mais il est impossible de les y reconnaître. Comment vont réagir les parents? Au lieu de les aider à se dénoncer, ils vont tout faire pour les protéger, ne voulant pas gâcher leur vie. Grâce à sa forme – nombreux dialogues, quasi une pièce de théâtre en fait – le roman se lit très vite. Mais cette démonstration d’une totale amoralité, d’un cynisme éhonté, même s’il fait penser à celui de notre société, m’a fait froid dans le dos.

La grand-mère de Jade

Ce délicieux roman est une triple histoire d’amour. Entre Jade et sa grand-mère d’abord, entre la grand-mère et la lecture, et entre Jade et Rajiv, le bel Indien aux origines multiples.
Alors que les filles de Jeanne, veulent l’installer dans une maison de repos, Jade la petite-fille tant aimée s’insurge, enlève sa grand-mère et l’installe chez elle à Paris. Au-delà de la tendre et douce mamie, Jade va découvrir une rebelle cachée, une femme qui a trompé son mari pendant des décennies… avec des livres. Car dans la famille travailleuse de Jeanne, juste après la guerre, lire c’était perdre son temps, se distraire des multiples tâches qui emplissaient la vie des femmes. Et il en fallait du courage pour rompre cet asservissement. Ce roman est un véritable cri d’amour pour la lecture et ce qu’elle apporte, pour son pouvoir libérateur et d’élévation. Une pépite offerte par une amie très chère que je remercie ici de m’avoir fait découvrir cette adorable grand-mère.
La grand-mère de Jade, Frédérique Deghelt, J’ai Lu