Le manoir de Tyneford

Vienne 1938. Elise Landau, une jeune fille de la bonne bourgeoisie juive, fuit sa ville natale et se réfugie en Angleterre, loin de sa famille. Engagée comme femme de chambre dans une belle propriété du Dorset, baragouinant à peine quelques mots d’anglais, elle s’habitue peu à peu au travail très dur, mais souffre profondément de solitude.  Pourtant, le temps passant, elle va nouer des liens et s’ouvrir aux autres…
Si vous avez aimé la série britannique Dowton Abbey, vous succomberez à ce roman. On y retrouve intacte l’atmosphère des grandes maisons anglaises , avec sa séparation très stricte entre maîtres et serviteurs qui vivent dans deux mondes à part. Mais cela ne suffit pas bien sûr pour faire du Manoir de Tyneford ce bijou de sensibilité et de romantisme. Du sévère majordome, au fils de la maison, les personnages, complexes, sont extrêmement attachants. Mr Rivers, le propriétaire de Tyneford, tente de toutes ses forces de sauver les parents d’Elise des griffes du nazisme. Le décor somptueux, la mer omniprésente font partie intégrante du récit. Quant à l’héroïne, grâce à sa finesse et sa culture, elle sera le point de passage entre le monde des serviteurs et celui de leurs maîtres. L’amour sera également au rendez-vous, bien sûr, mais sans mièvrerie.
Comme vous pouvez vous en douter, j’ai adoré ce livre et ne peux que vous conseiller de le glisser dans votre valise de vacances.
Natasha Solomons, Le manoir de Tyneford, Calmann-Lévy

Berlin, 1984

Thomas Nesbitt, écrivain réfugié dans le Maine, reçoit le même jour ses papiers de divorce et un mystérieux colis venu d’Allemagne. Ce sera pour lui l’occasion de replonger dans ses souvenirs… 1984. Cinq ans avant la chute du Mur, Thomas a une vingtaine d’années lorsqu’il débarque à Berlin-Ouest pour écrire un livre sur la ville au double visage. A l’époque le rideau de fer n’est pas un vain mot, et les balades qu’il fait à Berlin-Est, lui permettent de découvrir une ville grise, vivant sous le joug de la Stasi. Parallèlement à ses recherches littéraires, il travaille pour les programmes de Radio Liberty, une radio américaine émettant de Berlin. C’est là qu’il rencontre Pétra, une réfugiée d’Allemagne de l’Est. Très vite, les deux jeunes gens tombent passionnément amoureux. Pétra raconte à Thomas, sa terrible histoire: épouse d’un opposant au pouvoir, elle a été emprisonnée et privée de son fils avant de pouvoir passer à l’Ouest…
Cet excellent roman de Douglas Kennedy nous retient dans ses filets en nous entraînant de surprise en surprise. L’auteur sait tout autant nous prendre aux tripes, nous émouvoir avec l’histoire de ses deux héros que nous faire réfléchir à « ces instants-là »: ceux qu’il nous faut très vite saisir pour vivre le meilleur de notre vie. Ce que ne saura malheureusement pas faire Thomas.

Le nouveau Connelly

Dans les grandes surfaces, on trouve d’aussi grosses piles de Volte-face que des derniers romans roses de Lévy ou Musso. Ce qui n’empêche pas le dernier opus de Michael Conelley d’être de loin meilleur que ces deux derniers!
Jason Jessup, sort de prison après 24 ans. Il y était incarcéré pour le meurtre d’une petite fille de 10 ans mais il doit être rejugé pour vice de forme. Alors que le jour, se conformant à son rôle, Jason joue au prisonnier qui retrouve la liberté, la nuit, il se prête à d’étranges activités…  Grand avocat de la défense, Mickey Haller est très surpris lorsque le procureur du comté de Los Angeles lui demande de plaider pour l’accusation. Certain de la culpabilité de Jason, il prend le génial (et récurrent) Harry Bosch comme enquêteur et son ex-épouse, Maggie McPherson, comme assistante. Ce trio détonnant parviendra à déjouer le mystère qui plane sur le crime de Jason Jessup. Passionnant, Volte-face est autant le récit d’une enquête policière que d’un procès. Et si le cœur battant est un gage de réussite des polars, celui-là devait être très bon, parce que chez moi, ça cognait fort!

Les règles du jeu

Si je ne devais vous conseiller qu’un seul livre à lire pendant ce beau week-end ensoleillé, ce serait celui-là. Parce que Les règles du jeu d’Amor Towles est peut-être un premier roman, mais ce n’en est pas moins le plus abouti que j’ai lu depuis longtemps.
New York, années 30. Kathey Kontent est dactylo dans un grand cabinet d’avocats. Fille d’émmigrés russes, elle fait tout ce qu’elle peut pour faire oublier ses origines et rêve de pénétrer les hautes sphères de Manhattan. La rencontre de Tinker Grey, un jeune banquier, lui permet de se rapprocher de son projet… jusqu’à un brutal retournement de situation.
Ce que j’ai aimé: la grande complexité des personnages qui ne se retrouvent jamais où on les attend. Et puis l’atmosphère unique de New-York, baignée dans les accents du jazz, et où l’on noie ses angoisses dans les volutes des Martini. Ma-gni-fi-que!
Chez Albin Michel

Regard de père

Ils se rencontrent par un bel été au Pays basque, s’aiment, s’installent ensemble, et très vite parlent enfant. Elle a déjà perdu un nouveau-né dans une presque autre vie, aussi lorsqu’elle est enceinte leur joie est voilée d’angoisse. Jusqu’au drame de la fausse-couche, cruelle, et qu’il leur faut bien affronter.
Dans le roman, le récit de la perte du bébé à naître, alterne avec celui, léger, solaire de la rencontre, et heureusement! Mais ce qui fait vraiment l’originalité de Dieu surfe au Pas basque, c’est le regard masculin porté sur l’histoire. Les angoisses, la tristesse et la tendresse du héros. Et puis le livre sonne tellement vrai qu’on se doute que l’histoire est autobiographique. Et Dieu dans tout ça? C’est lui qui distribue les cartes de la vie!
Harald Cobert, Dieu surfe au Pas basque, Editions Héloïse d’Ormesson

La cinquième femme

Mes copines très littéraires, s’étonnent et. me demandent souvent pourquoi je lis des polars. Non pas bien sûr, parce que j’aime la violence, au contraire je dors souvent mal après leur lecture. Mais plutôt parce que je ne connais rien de mieux pour vous arracher à la vie et aux soucis (et pour le moment j’en ai pas mal) que ces enquêtes policières. Une fois le livre commencé, impossible de le lâcher. Et puis il y a aussi le côté « les pièces de puzzle qui s’emboîtent » qui me fascine. Il faut certainement avoir l’esprit bien structuré pour être capable d’en écrire.
Et la cinquième femme dans tout ça? C’est du bon, du tout bon polar. L’inspecteur Wallander est confronté à 3 meurtres particulièrement cruels . Leur point commun? Leurs victimes sont des hommes violents avec les femmes. Et l’enquête s’annonce dès le départ très complexe, nous emmenant d’abord sur la piste de mercenaires se vendant au plus offrant. C’est cérébral plus que gore (heureusement parce que ça, je déteste!), sur fond de dérive sociale de la Suède. Fait de phrases courtes et répétitives, le style est haletant. Une chose est sûre, c’était le premier livre que je lisais d’Henning Mankel mais pas le dernier!

La septième vague

J’avais adoré Quand souffle le vent du nord, le premier tôme des aventures par mail d’Emmi et Léo. C’est vrai qu’il se clôturait sur le départ de Léo pour Boston et que les deux amoureux virtuels ne finissaient pas ensemble. Mais était-ce bien une raison pour reprendre exactement les mêmes ficelles, qui alors qu’elles m’avaient émues et ravies dans le premier livre m’ont lassées dans le second? Bon, je ne bouderai pas mon plaisir, je l’ai lu jusqu’au bout, et oui, Emmi et Léo finissent enfin ensemble, mais j’en attendais bien plus. En tout cas autant que la très bonne surprise provoquée par Quand souffle le vent du nord.
Heureusement que le polar que je lis en ce moment est vraiment bien, sinon je commencerais à douter de mes choix!
La septième vagure, Daniel Glattauer, Le livre de poche