Quand souffle le vent du nord

Voilà une pépite que j’ai découvert par hasard, en flânant à la librairie Filigranes. Un livre facile à lire et parfait pour accompagner ce beau week-end de Pâques, si joliment ensoleillé. Attention, facile ne veut pas dire mauvais, bien au contraire. Car tout est ciselé dans ce roman.
En voulant résilier un abonnement, Emma envoie par erreur un mail à Léo. Celui-ci lui répond et pique sa curiosité. S’engage alors entre ces deux inconnus un dialogue piquant, drôle… et uniquement par e-mails. De plus en plus curieux l’un de l’autre, les deux héros se fixent un rendez-vous dans un café mais sans se parler. Ce qui ne fait qu’accentuer le mystère… Je ne vous en dis pas plus, ce serait dommage de dévoiler l’histoire, sachez juste que Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer (Le livre de Poche), m’a à la fois touchée, émue et amusée et que ça n’arrive pas si souvent que ça.

Françoise

C’est une femme que j’ai toujours admirée. Pour ses articles engagés dans la cause des femmes au magazine Elle. Pour son travail à l’Express qu’elle a créé avec Jean-Jacques Servan-Shreiber et où elle a incarné le journalisme moderne. Et pour ses chroniques au Nouvel Observateur dont j’appréciais la finesse, son livre sur Alma Mahler et ses Journaux… La très bonne biographie que lui consacre aujourd’hui Laure Adler est aussi vivante, aussi passionnante que son sujet. Pourtant, ce qu’elle dévoile et qui était inconnu du grand public, je crois que j’aurais préféré l’ignorer. Parce que ce sont les zones d’ombre du personnage dont il est question ici.    Son judaïsme refoulé, les lettres antisémites qu’elle envoie à Jean-Jacques Servan Shreiber lorsqu’il la quitte pour une autre. Tout cela égratigne la statue et en montre la face sombre, tristement humaine. Sans rien enlever, bien sûr,  au talent de Françoise Giroud.
Françoise, Laure Adler, Grasset

Avez-vous déjà lu Elizabeth George?

Cette Américaine, qui écrit des romans si parfaitement anglais, est sans conteste mon auteur de polars préférés. D’Enquête dans le brouillard, au dernier Cortège de la mort (tous parus aux Presses de la Cité et ensuite en Pocket), c’est bien simple, je les ai tous lus. Ne vous attendez pas à de l’horreur pure ici. Dans l’œuvre d’Elizabeth George, c’est la psychologie des personnages qui compte, tout autant que les nombreux problèmes sociaux que connaît le Royaume-Uni et qui sont le terreau des crimes commis. Et puis la dame ne manque pas d’humour. Il suffit pour s’en convaincre de se pencher sur son couple de limiers. Thomas Lynley est un un aristocrate pur jus, qui se déplace en Bentley, tandis que sa coéquipière, Barbara Havers, se distingue par sa gouaille et ses tenues plus improbables les unes que les autres. Ce qui ne les empêche pas d’être parfaitement complémentaires.
Et le Cortège de la mort? Une jeune femme est retrouvée égorgée dans un cimetière londonien. On sait d’elle qu’elle a quitté le Hampshire et son ancien compagnon pour se réfugier à Londres. L’histoire de la jeune femme et l’enquête sont régulièrement interrompus par un deuxième récit: celui de l’enlèvement et de l’assassinat d’un petit garçon par trois enfants de 10 ans…
Le Cortège de la mort est peut-être un des romans les plus complexes d’Elizabeth George, tant il y a d’histoires dans les histoires. L’écrivain manie avec maestria les pièces de son puzzle que l’on ne découvre en entier que dans les dernières pages du livre. Pour tout vous dire, je l’ai lu en trois jours tant il est passionnant.

Les oiseaux noirs de Massada

Elle est aussi lumineuse que ses romans ont une face sombre. Mais comment fait Olivia Elkaim, chef de l’information au magazine VSD, pour trouver le temps d’écrire ses livres? Je l’ai croisée à la foire du livre de Bruxelles, le week-end dernier, et j’ai été frappée par son sourire chaleureux et la disponibilité qu’elle avait pour ses lecteurs.
Avant cela, je m’étais plongée dans son dernier roman. « Les oiseaux noirs de Massada » (Grasset) narrent l’histoire de Klara qui part en Israël, en pleine guerre de Gaza, pour interpréter l’héroÏne d’une comédie musicale consacrée au drame de Massada. Et qui, sur place, s’aperçoit très vite que l’homme dont elle est amoureuse est marié. Pour la sortir du désespoir, Mouna, sa grand-mère, vient à son chevet. Et c’est en lui racontant sa propre histoire qu’elle parviendra à la sauver. Olivia Elkaim, après « Les Graffitis de Chambord » signe, encore une fois, un roman sur la mémoire juive, à l’écriture belle et fluide. Très émouvants, ses personnages de femmes, tout en force et complexité, savent nous toucher au coeur.

La rigole du diable

Caherine Monsigny, jeune avocate parisienne, s’apprête à défendre devant les Assises, Myriam, accusée d’avoir tué son mari. Pour préparer son procès, elle se rend régulièrement dans la Creuse où a eu lieu le crime. Elle y rencontre les témoins mais y a aussi d’étranges réminiscences. C’est que la région ne lui est pas inconnue, même si elle l’a quittée très jeune. C’est là qu’à eu lieu le meurtre de sa mère, presque sous ses yeux, alors qu’elle n’était qu’une toute petite fille. Les deux histoires vont alors s’entremêler pour finir par se rejoindre…
Impossible de ne pas ressentir d’empathie pour l’héroïne, pour sa force et ses fragilités. Impossible aussi de lâcher cette histoire d’une très grande finesse. J’ai dévoré en deux jours ce tout bon suspense psychologique.
La rigole du diable, Sylvie Granotier, Albin Michel

Brooklin

Comme tant d’émigrants irlandais, Eilis n’a pas rêvé de l’Amérique. Elle a été contrainte à l’exil faute de travail et de perspective d’avenir dans sa petite ville d’Enniscorthy. Avec l’aide d’un prêtre issu de sa région, elle s’installe à Brooklin chez une logeuse, trouve un travail dans un grand magasin. D’abord sous l’emprise d’un affreux mal du pays, Eilis reprend pied petit à petit, entreprend des études de comptabilité, rencontre Tony un jeune italo-américain. Avant de devoir repartir en Irlande suit à un drame familial. Où est vraiment la place d’Eilis?
Colm Toibin décrit à merveille le Brooklin des années 50, celui des émigrants, des bals du vendredi soir et de l’espoir d’une vie meilleure. Son très beau livre, tout en tendresse et subtilité, suit au plus près les méandres des pensées et du ressenti de son héroïne.
Brookin, Colm Toibin, Robert Laffont  

Wiera Gran l’accusée

Wiera Gran l’accusée (Grasset) fait revivre les jours sombres de la Deuxième Guerre mondiale. Son héroïne, femme d’une beauté exceptionnelle, à la voix chaude et grave, a été la chanteuse du ghetto de Varsovie (où son accompagnateur au piano n’était autre que Wlasyslaw Szpilman le célèbre Pianiste de Polanski). Fait rare, elle parvint à fuir le ghetto en 1942. Comment et pourquoi? Wiera, comme on l’en a accusée, a-t-elle vraiment collaboré avec les Allemands? On reste dans l’incertitude après lecture de ce livre fiévreux, haletant. Pour l’écrire, Agata Tuszynska, a rencontré Wiera pendant de nombreuses années, jusqu’à sa mort en 2007. Il en ressort un portrait tout en nuances de ce personnage, ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir.
Ne manquez pas demain la venue à Bruxelles, à la librairie Filigranes, de l’auteur Agata Tuszynska, dès 18 h. La rencontre risque d’être aussi passionnante que le sujet.