Alors la liseuse électronique?

J’ai reçu pour mon anniversaire une tablette Cybook Opus. Cela faisait longtemps que j’en avais envie… et je ne n’ai – presque – pas été déçue. Mettons d’abord les choses au clair: non je n’arrêterai pas d’acheter des livres. Parce que l’offre éléctronique n’est pas encore très variée et que les livres vendus en format éléctroniques sont à peine moins chers que leurs équivalents papier. Et puis la liseuse éléctronique telle qu’elle existe aujourd’hui (en noir et blanc) ne rend vraiment pas hommage au livre d’art par exemple. Pour le moment, je me contente de classiques de la littérature que je télécharge gratuitement, j’en découvre certains, j’en redécouvre d’autres. Ceux-ci sont très faciles à trouver – entre autres sur le Project Guttenberg – se téléchargent en quelques secondes et se transfèrent de l’ordinateur à la  tablette tout aussi rapidement.
Les réels avantages à mes yeux de la liseuses électronique? Sa petite taille, sa légèreté et sa capacité de stockage. Je me déplace en transports en commun, je transporte déjà dans mon (grand) sac à main mon ordinateur portable, y glisser en plus une tablette est beaucoup plus facile qu’un tout gros livre. En plus, celle-ci rentre sans problème dans les tout petits sacs que j’utilise le week-end, et je trouve ça génial. Autre point fort: on peut changer la taille du texte. Le modèle que j’ai choisi n’est pas tactile, je tourne les pages en poussant sur un bouton, mais ça c’est une question de choix.

La lecture est – presque – pareille à celle d’un livre papier. On peut lire en plein soleil puisque l’écran n’est pas rétro-éclairé comme celui d’un iPad par exemple, et c’est important. Je l’utiliserai certainement en vacances, libérant ainsi ma valise de la pile de livres que j’emporte.
Alors pourquoi ne suis-je pas plus enthousiaste? Parce que, toute geekette que je suis, adorant mon smartphone et les produits Apple de toute sorte… eh bien, je trouve que la liseuse, ce n’est pas tout à fait comme un livre! Pourtant, je vous jure, je ne suis pas une nostalgique du papier, mais tenir en mains une mini-tablette au lieu d’un bon gros livre… ça me fait bizarre et je ne pourrais même pas vous dire exactement pourquoi. Je me rends bien compte que c’est une impression subjective, mais après deux semaines d’usage, c’est ainsi que je vois les choses. Conclusion: je pense que son utiilisation restera complémentaire aux livres. Je l’emmène avec moi dans tous les déplacements et pour le reste… je continuerai à acheter des livres!

La deuxième personne

Pour y avoir vécu un an et passé de très nombreuses vacances, je connais bien la réalité israélienne… du côté juif. Ce qui m’a profondément touchée dans ce ivre de Sayed Kashua, c’est qu’il m’a fait appréhender le côté des Arabes israéliens que je ne connaissais pas du tout. Ecartelés entre leur loayté à l’Etat israélien et leur identité de Palestiniens. Désireux, comme les deux héros de La deuxième personne de s’élever socialement.  Une des scènes qui m’a le plus touchée est celle où l’on voit le personnage de l’avocat s’acheter des livres, en lire, tout en sachant qu’il n’aura jamais le même background qu’un avocat juif, qui lui se nourrit de culture occidentale depuis qu’il est petit. Ou encore celle ou un étudiant juif se moque d’un étudiant arabe parce qu’il ne connaît pas les Rolling Stones. Là, la patte de Sayed Kashua est telle que je me suis sentie humiliée avec l’étudiant arabe.
Et l’histoire? C’est celle de deux personnages reliés par ‘une femme, Leila. L’un est un avocat qui a si bien réussi qu’il vit à Jérusalem Ouest. La découverte dans un livre d’occasion d’un billet d’amour adressé  à sa femme par un mystérieux Yonathan le rend complètement fou. L’autre est un travailleur social, qui la nuit sert de garde-malade à Yonathan, transformé en légume…
Ce très beau roman, explorant l’épineuse question de l’identité est écrit de main de maître, bien structuré, et assez mystérieux pour qu’on ait envie de découvrir le fin mot de l’histoire.
La deuxième personne, Sayed Kashua, Editions de l’Olivier

Le polar qui aime les livres

Amateurs de thrillers nerveux, passez votre chemin. Si, par contre, vous ne dédaignez pas les enquêtes qui prennent leur temps et surtout les réflexions sur les livres, restez ici!
A Copenhague, il existe une charmante librairie de livres anciens au nom italien: Libri di Luca. Son propriétaire, Luca Campelli , meurt brutalement… en lisant! Son fils Jon découvre que son père était à la tête d’une société de Lettore qui avaient l’étrange pouvoir d’influencer la lecture des autres, souvent d’une façon merveilleuse mais parfois allant jusqu’à la mort. Jon pense très vite que son père a été assassiné mais pourquoi et par qui? Aidé dans ses recherches par une jolie Lettore rousse, ses tribulations le mèneront jusqu’en Egypte.
J’ai adoré l’idée de départ de ce roman: vous vous imaginez, vous êtes installé dans un bus, vous lisez un roman et tout à coup celui-ci prend vie devant vos yeux ébahis, des images fabuleuses naissent de votre texte, changeant vos opinions ou votre idée de la vie. Voilà un étrange chemin auquel peut nous mener la lecture… D’un point de vue strictement policier, si je puis dire, ce n’est pas le meilleur que j’ai lu, les situations sont parfois par trop rocambolesques. Mais j’ai toutefois passé un très bon moment en le lisant. Une belle idée lecture pour ce weed-end que je vous souhaite excellent.
La librairie des ombres, Mikkel Birkegaard, 10/18

Et puis, Paulette…

Et puis Paulette de Barbara Constantine m’a fait penser au célèbre Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda.  Un livre qui tient chaud au cœur, où l’entraide n’est pas un vain mot, dont les personnages  sont extrêmement attachants. Mais jugez-en plutôt… Ferdinand vit seul dans une grande ferme.  Un jour de tempête et d’inondation, il découvre que le toit de la maison de sa voisine n’a pas tenu. Il l’invite donc à habiter chez lui le temps des travaux. Il y a aussi Guy leur ami commun, qui se laisse mourir après le décès de sa femme. Ce dernier les rejoint bientôt. Aux trois amis, vont s’ajouter deux vieilles dames, puis deux jeunes gens, sans oublier Les Lulu’s, les petits-enfants de Ferdinand qui vont et viennent… Cette étrange communauté va s’entraider, chacun mettant ses compétences au profit de tous.  Un peu guimauve, un rien eau de rose? Peut-être. Mais ils ne sont pas si fréquents les livres fait avec des bons sentiments, et puis ici, il n’y a pas de vrai happy-end!
Et puis Paulette…, Barbara Constantine, Calmann-Lévy

Syrie: de l’actu au roman

Alors que la Syrie n’en finit pas de faire les grands titres de l’actualité, Kamal Jann, le roman de Dominique Eddé nous permet de vivre ses contradictions de l’intérieur. Kamal, le héros principal, est un brillant avocat d’affaires new-yorkais. Son oncle, chef des renseignements syriens, qui l’a forcé à une relation incestueuse, a fait tuer ses parents lors du massacre de Hama. Mais c’est lui aussi qui a financé ses études aux Etats-Unis, lui permettant de quitter l’enfer syrien… Approché par la CIA pour déjouer un attentat dans lequel est impliqué son frère terroriste, Kamal accepte leur marché pour sauver Mourad. Marché qui s’avèrera un jeu de dupes…
Il y a de la tragédie grecque dans ce roman passionnant, extrêmement fouillé. Ce sont les monologues et dialogues des personnages, qui comme au théâtre, font avancer l’intrigue. Leur complexité psychologique est telle qu’ils existent vraiment. Avec une mention spéciale pour les femmes, oscillant entre séduction et force. Et puis il y a la fin, en bouquet final, qui met à jour les faiblesses de Kamal et qui m’a bouleversée. Attention, Kamal Jann est un roman difficile, mais si vous vous accrochez, vous ne le regretterez pas!
Kamal Jann, Dominique Eddé, Albin Michel

Une femme, un destin

Elle a inventé la cosmétique moderne, introduit le maquillage, conquis le monde avec ses produits.  Travailleuse acharnée, collectionneuse d’art passionnée, elle a fréquenté les plus grands artistes de son temps. Elle c’est Helena Rubinstein. Rien ne destinait cette jeune fille juive, née en Pologne, en 1872, à un tel destin. Et pourtant… Etouffant dans une vie trop étroite pour elle, refusant un à un les prétendants qu’on lui destine, Helena a 24 ans quand elle part à l’autre bout du monde, en Australie.  Ses seuls vrais bagages: des pots de crème que sa mère utilisait pour protéger ses huit filles des rigueurs de l’hiver polonais.  Et une peau magnifique que les Australiennes, tannées par le soleil lui envient.  En véritable visionnaire, Helena Rubinstein, va créer un institut de beauté qui connaît un succès foudroyant, puis, deux, puis trois, avant de conquérir Londres, Paris et New-York.  Michèle Fitoussi raconte, dans un récit enlevé, le destin hors normes de cette femme qui l’est tout autant. Et qui s’ajoute à celui de l’appropriation de leur corps et de leur visage par les femmes. Passionnant!
Helena Rubinstein, Michèle Fitoussi, Le Livre de Poche

En un monde parfait

Ça commence comme un conte de fée.  Jiselle, hôtesse de l’air, épouse le très beau commandant de bord Mark Dorn. Celui-ci est veuf et a trois enfants dont elle décide de s’occuper à plein temps. Mais très vite, la situation dérape, Mark est absent la plupart du temps, et  ses deux filles aînées sont infectes avec Jiselle, qui les supporte pourtant avec stoïcisme. Et comme si ce n’était pas assez, une étrange maladie frappe les Etats-Unis. La grippe de Phoenix tue, et très vite le pays est mis en quarantaine par les autres nations: plus question d’en sortir, ni d’y entrer. Peu à peu une ambiance de fin du monde prend le pas sur l’apparente normalité des choses: les coupures de courant sont de plus en plus longues, l’essence manque, les supermarchés sont dévalisés puis fermés…
Eh bien, moi qui pensais choisir un petit livre tranquille pour le week-end, je me suis retrouvée avec une histoire onirique, angoissante à souhait, où les personnages se révèlent peu à peu sous leur vrai jour. Et ce n’était pas pour me déplaire! On peut toujours compter sur Laura Kasischke pour mettre un grain de sable dans les mécaniques bien huilées des petites vies ordinaires.

Adieu Jérusalem

C’est d’abord le titre et le thème de ce livre qui m’ont attirée: un roman de politique-fiction (bien plus qu’un thriller ou qu’un policier d’ailleurs) qui prévoit la chute de Jérusalem, diantre, rien que ça. Et puis la quatrième de couverture était bien alléchante: trois pélerins russes introduisent la peste à La Mecque, les malades et leurs proches hurlent au complot juif, ce qui , en cascade, occasionne des troubles graves en Israël. Ce que j’ai aimé: le livre  m’a fait penser aux écrits de Lapierre et Collins: une multitude de personnages et de lieux, au même moment, des chapitres courts qui retiennent l’attention, tout cela fonctionne très bien. L’auteur connaît  bien Israël, et ses personnages du vieux président démocrate, du mafieux russe, et de l’intellectuel de gauche sont très ressemblants.(On reconnaît d’ailleurs sans trop de problème Shimon Peres, Avigdor Lieberman,et Zeev Sternhel.) Le commissaire de police, un Arabe israélien, est, lui, très émouvant. Ce qui m’a moins plu: la situation décrite, comme les personnages sont très intéressants et méritaient d’être plus développés. J’ai eu l’impression que tout n’était qu’effleuré… Bon, je ne bouderai pas mon plaisir, j’ai passé un bon moment, mais quand même, je suis restée sur ma faim.
Adieu Jérusalem, Alexandra Schwartzbrod, Le Livre de Poche

Vivre à Venise

L’histoire de Marlena est presque trop belle… et pourtant elle est vraie !  Quand cette Américaine, en voyage à Venise, est interpellée par un Vénitien aux yeux bleu myrtilles, elle est interloquée, puis finit par craquer. Pour rejoindre Fernando et l’épouser, elle quitte tout, son restaurant, sa jolie maison et sa vie à Saint-Louis dans le Missouri. Pas facile pourtant pour une Américaine d’intégrer les codes et le mode de vie local. Petit à petit, au fil du temps et de ses balades gastronomiques et autres, elle se fait des amis et s’installe dans sa vie de Vénitienne. Ce qui m’a fait craquer pour cette histoire : tout ! L’histoire d’amour, très émouvante, la verve, la bonne humeur du récit qui ne dit qu’une seule chose : tout est possible.
Accompagné du Guide 2012 Un grand week-end à Venise (Hachette), Mille jours à Venise (Folio) fera un parfait cadeau de Saint-Valentin.

Vents contraires

J’avais adoré Le Cœur glacé d’Almudena Grandes (Le Livre de Poche), cette histoire de la guerre d’Espagne vue à travers les yeux de deux familles que tout oppose. Les vents contraires qui vient de paraître au Livre de Poche a été écrit avant ce dernier. On y retrouve la même fougue, la même passion, même si la trame romanesque est peut-être un tout petit peu moins aboutie.
Juan, médecin, s’installe dans une petite ville du bord de mer, près de Cadix, avec son jeune frère handicapé et sa nièce de 10 ans, Tamara. En face de chez eux, habite Sara, qui elle aussi a fui Madrid. Avec Maribel, leur femme de ménage, et son fils Andres, ils vont former une étrange communauté de gens que le destin n’a pas épargné, et qui vont puiser dans leurs nouvelles relations la force d’aller de l’avant. Tout cela sous le souffle du Ponant et du Levant. Il y a quelque chose qui force l’attention et l’émotion dans ces personnages, tout de guingois. On souffre, on aime avec eux et on espère la résilience.