Amélie Nothomb non, Eliette Abécassis, oui!

 Alors que je comptais commencer par le compte-rendu de Tuer le père d’Amélie Nothomb (Albin Michel), j’ai changé d’avis. Non franchement, je l’ai trouvé sans magie, sans la richesse de vocabulaire à laquelle l’auteur belge nous avait habituées et avec, comment dire, une intrigue plutôt plate. Le lire n’est vraiment pas une nécessité. Par contre j’ai beaucoup aimé le nouveau roman d’Eliette Abécassis Et te voici permise à tout homme (Albin Michel également). Il m’a fait penser à la veine intime de La Répudiée, un de ses livres précédents.

Anna et Simon sont divorcés civilement depuis 3 ans mais dans un cruel jeu de pouvoir, Simon refuse le Guet, le divorce religieux selon la loi juive. Sans ce document qui la dit alors ‘permise à tout homme’, Anna ne pourra pas se remarier et encore moins avoir un enfant qui sera alors considéré comme un bâtard. La jeune femme, très fidèle à sa foi, se retrouve prisonnière de règles archaïques, alors même qu’elle est amoureuse de Simon, juif comme elle. Eliette Abécassis parvient, autour de cette règle particulière, à écrire un roman poignant qui étreint le cœur. Car il décrit parfaitement un une des mille et une façons d’asservir les femmes. Que ce soit du fait des hommes, des autorités religieuses ou des deux comme malheureusement trop souvent encore. Et c’est en cela qu’il a une porté universelle.

Les nouveautés de la rentrée

C’est aujourd’hui que commence officiellement la rentrée littéraire avec déjà des dizaines de sorties de romans.  Il n’y a qu’à voir les piles de livres chez Filigranes, ma librairie préférée, pour s’en convaincre. Je m’y suis prise un peu tard pour vous les présenter et je n’ai encore rien terminé (je suis plongée dans Les Amants de Francfort de Michel Quint paru aux éditions Héloïse d’Ormesson, qui est plutôt pas mal) mais je peux déjà vous faire une liste de mes prochaines envies.
 
Tuer le père d’Amélie Nothomb (Albin Michel), je la suis depuis ses débuts, je ne peux donc pas manquer son nouvel opus (je me lance dès que j’ai terminé Les Amants de Francfort).
Les souvenirs de David Foenkinos (Gallimard). J’ai lu cet été La délicatesse du même auteur que j’ai trouvé très bien et j’ai envie de poursuivre avec cette méditation sur la famille.
 
Premier bilan après l’apocalypse de Frédéric Beigbeder (Grasset). Ce n’est pas un roman mais le récit des livres aimés par le trublion des lettres. Et comme je ne le trouve jamais meilleur que dans la critique littéraire…

Côté romans étrangers, j’aimerais lire Freedom de Jonathan Franzen (Editions de l’Olivier). C’est une grosse brique sur l’Amérique désenchantée d’aujourd’hui et même s’il n’est pas facile de rentrer dedans, la critique est dithyrambique.

Enfin, Une femme fuyant l’annonce, David Grossman (Seuil). Ce merveilleux écrivain israélien, qui a perdu son fils lors de la deuxième guerre du Liban, évoque ce sujet poignant d’une façon détournée.
Ce sera tout pour le moment. Bonne rentrée et bonne lecture!

Le magazine qui aime les livres

J’ai acheté le magazine Books (l’actualité par les livres du monde) il y a quelques jours, et je l’ai dévoré de la première à la dernière page, ce qui est plutôt rare. Il faut dire que son thème – Tout sur la mère – était plus qu’interpellant. Qu’est-ce qui fait une bonne mère? Le fait de pousser ses enfants à être toujours les premiers de classe, ou celui de vouloir leur épanouissement et leur bonheur? Comment résister aux multiples pressions qui veulent faire de nous des femmes parfaites aux multiples casquettes? Y a-t-il un salut hors de l’allaitement? Telles sont quelques-unes des multiples questions de société que pose le numéro de juillet-août. Qui y répond par des argumentations extrêmement nuancées. Bien loin des magazines aux articles courts, vite pensés et vite écrits, Books va au fond des choses, propose de vraies réflexions. Et c’est ça qui fait sa richesse et son intérêt.

Le dîner

C’est à un étrange dîner que nous convie l’écrivain néerlandais Herman Koch. Celui de deux frères et de leurs épouses. Le premier est candidat au poste de Premier ministre, pratiquement sûr de sa victoire, le second professeur d’histoire mis au repos forcé. Si au départ, l’atmosphère est plutôt légère et le ton à la drôlerie, au fur et à mesure, les choses se corsent. C’est qu’entre le dîner et le dessert, les deux couples doivent parler de leur enfant respectif. Qui sont tous deux sont coupables de la mort d’une sans-abri. La police possède un enregristrement vidéo de leur acte mais il est impossible de les y reconnaître. Comment vont réagir les parents? Au lieu de les aider à se dénoncer, ils vont tout faire pour les protéger, ne voulant pas gâcher leur vie. Grâce à sa forme – nombreux dialogues, quasi une pièce de théâtre en fait – le roman se lit très vite. Mais cette démonstration d’une totale amoralité, d’un cynisme éhonté, même s’il fait penser à celui de notre société, m’a fait froid dans le dos.

La grand-mère de Jade

Ce délicieux roman est une triple histoire d’amour. Entre Jade et sa grand-mère d’abord, entre la grand-mère et la lecture, et entre Jade et Rajiv, le bel Indien aux origines multiples.
Alors que les filles de Jeanne, veulent l’installer dans une maison de repos, Jade la petite-fille tant aimée s’insurge, enlève sa grand-mère et l’installe chez elle à Paris. Au-delà de la tendre et douce mamie, Jade va découvrir une rebelle cachée, une femme qui a trompé son mari pendant des décennies… avec des livres. Car dans la famille travailleuse de Jeanne, juste après la guerre, lire c’était perdre son temps, se distraire des multiples tâches qui emplissaient la vie des femmes. Et il en fallait du courage pour rompre cet asservissement. Ce roman est un véritable cri d’amour pour la lecture et ce qu’elle apporte, pour son pouvoir libérateur et d’élévation. Une pépite offerte par une amie très chère que je remercie ici de m’avoir fait découvrir cette adorable grand-mère.
La grand-mère de Jade, Frédérique Deghelt, J’ai Lu

Le Chuchoteur

Ce thriller-là m’a fait frémir, vérifier, le soir, si toutes les portes étaient bien fermées. Mais je n’ai pu que m’incliner devant sa quasi perfection (à mes yeux, bien sûr).Une équipe d’enquêteurs, spécialisée dans les crimes violents, découvre perdues dans les bois, six tombes qui contiennent chacune un bras de petite fille. Petit à petit, le tueur, leur livre, à son rythme, les cadavres préparant soigneusement ses mises en scènes… Grâce au criminologue intégré à l’équipe de police, on apprend les mécanismes de la pensée des tueurs en série. On découvre aussi la face sombre des enquêteurs qui ont chacun leur grain de folie. Le dénouement de l’histoire m’a prise par surprise, j’aurais été bien incapable de le deviner. On ne peut que s’incliner devant l’habile construction du Chuchoteur, devant sa force qui vous empoigne et vous laisse tremblant. Une seule précaution: âmes sensibles, s’abstenir!
Le Chuchoteur, Donato Carrisi, Le Livre de Poche

La terre des mensonges

Dans la Norvège archaïque des fermes et des fjords, trois frères se retrouvent à la mort de leur mère, la tyrannique Anna. Cette réunion de famille forcée va occasionner la découverte d’un terrible secret de famille…
Anna B. Ragde excelle à décrire les différents milieux des trois frères. Tor, l’aîné, est resté dans la ferme familiale où, dans une profonde solitude, il élève des cochons. Ceux-ci sont les seuls êtres avec lesquels il a de véritables relations. Margido dirige une entreprise de pompes funèbres. Enfin, Erlend le plus jeune a fui la Norvège pour vivre son homosexualité au grand jour. La puissance d’évocation de l’auteuur est telle qu’on a l’impression de vivre leur vie et leurs douleurs. C’est de la littérature brute, qui touche au coeur, sans effets de manches superflus.
Anne. B Ragde, La terre des mensonges, 10/18

A table avec Marcel Pagnol

Des recettes qui fleurent bon le sud et le soleil et qui ont puisé leur inspiration dans la littérature, c’est plutôt rare. Et c’est pour cela que c’est si précieux. Frédérique Jacqumin a débusqué de bons petits plats dans les romans de Marcel Pagnol. C’est ainsi qu’on découvre comment préparer la fougasse aux olives et au romarin de Pomponette (La femme du boulanger), l’omelette soufflée d’asperges sauvages d’Ugolin (Manon des sources) et les treize desserts d’Alexandrine (Le Château de ma mère), entre autres… Le tout entrecoupé de superbes photos ensoleillées de Provence, de photos de films et de dialogues savoureux de l’auteur. Dont on a bien besoin pour supporter ce gris qui n’en finit pas.
A table avec Marcel Pagnol, 65 recettes du pays des collines,Frédérique Jacquemin, agnès vienot éditions

Pavillons lointains

Si vous aimez les grandes fresques qui vous emmènent loin de votre quotidien, les grosses briques dans lesquelles on est plongé avec délices pendant de longues heures, vous devez absolument lire Pavillons lointains de M.M Kaye paru récemment au Livre de Poche. Ce roman tient à la fois du roman d’éducation, d’aventures, d’amour et d’Histoire et on ne s’y ennuie pas une seule seconde. Inde, deuxième moitié du 19e siècle. Ashton naît de parents anglais qui meurent peu de temps après sa naissance et est élevé par sa nourrice hindoue.  Après des études en Angleterre, il revient aux Indes qu’il considère comme sa véritable patrie et s’engage dans le régiment des Guides. Au cours de multiples péripéties, il sauve Anjuli, son grand amour, veuve d’un prince et condamnée au bûcher, devient espion au cours d’une guerre contre l’Afghanistan… Frondeur, Ashton ne fait jamais siennes les opinions des bien-pensants. Par sa double appartenance, il nous permet de comprendre les positions des Anglais, comme des Indiens, lors du rattachement de l’Inde à l’Angleterre. J’ai adoré!

Le chagrin et la grâce

C’est à une plongée au cœur des Etats-Unis que nous invite Wally Lamb, de son Histoire comme de ses dérives les plus terribles. Caelum et son épouse Maureen travaillent tous deux au lycée de Columbine. Caelum est appelé au chevet d’une proche lorsqu’y a lieu la terrible fusillade, faisant de nombreuses victimes. Cachée dans une armoire de la bibliothèque, Maureen s’en réchappe par miracle mais en sort profondément marquée. Trouvant refuge dans la ferme famililale, le couple tente de panser ses plaies. C’est sur le lieu-même où il a passé son enfance que Caelum fait des découvertes sur sa famille – une aïeule abolitionniste, une autre créatrice de la première prison pour femmes – et met à jour des secrets soigneusement enfouis.
Ancré dans l’Histoire comme dans l’actualité – la guerre en Irak, le cyclone qui a détruit la Nouvelle Orléans -, cet extraordinaire roman a du souffle et de l’ampleur. Grâce à l’extraordinaire tension dramatique qui le traverse, on est littéralement scotché, ne voulant pas perdre une miette du récit et bouleversé par ses personnages, si profondément humains.
Le Chagrin et la Grâce, Wally Lamb, Le livre de Poche