La route de l’espoir

 

51Z7g5QzZdL._SX210_.jpgCora a 16 ans et est esclave dans une plantation de Géorgie au sud des Etats-Unis. Sa grand-mère y est arrivée d’Afrique, sa mère, Mabel, a eu la force de s’enfuir en la laissant seule derrière elle. Quand Caesar, esclave lui aussi, lui demande de partir avec lui, elle accepte. Que laisse-t-elle derrière elle sinon la solitude et la servitude, un travail harassant dans les champs de coton, les coups de fouet qui pleuvent, l’arbitraire et les tortures auxquelles sont soumis les désobéissants de tous ordres?

César et elle rencontrent un abolitionniste, un homme généreux qui les conduit à l’Underground Railroad, un véritable chemin de fer qui s’arrête dans plusieurs Etats et permet aux fugitifs de refaire leur vie dans le Nord. Au cours de leur périple ils auront la chance de rencontrer des personnes secourables et la malchance d’être suivis par un chasseur d’esclaves…

Nous sommes en 1860 et de la Géorgie au Tennessee, en passant par la Caroline du Sud et l’Indiana, Cora va découvrir chaque fois une facette différente de l’asservissement et des cruautés faits aux noirs. Devenant à chaque étape plus forte, et incarnant malgré tout un tout petit espoir de liberté.

Ce formidable roman qui, malgré le propos très dur, ne lésine pas sur la fantaisie – le parcours d’étapes de l’Underground Railroad devenant ici un véritable train – s’appuie aussi sur une très large documentation.

Encensé aux Etats-Unis, Underground Railroad, a été couronné par le Prix Pulitzer et le National Book Award.

Underground Railroad, Colin Whitehead, traducteur: Serge Chauvin, Albin Michel

 

Le roman des Harkis

51IzDS+3j6L._SX195_.jpgAlgérie 1956. La guerre fait rage. Ali, notable de son petit village des montagnes, est révulsé par les massacres commis par le FLN et l’armée française. Pris en étau entre les deux parties, il finira par confier la protection de sa famille à l’armée en échange de renseignements. Un geste qui déterminera toute sa vie et celle de ses descendants. 1962. Les Français quittent l’Algérie et avec eux, les Algériens qui se sont trouvés de leur côté. Ali n’a pas le choix. Menacé de mort, il embarque pour la France avec femme et enfants.

Le drame des harkis ne fait alors que commencer. L’Algérie n’en veut plus. La France ne sait pas les accueillir. Ils sont parqués dans le camp de Risevaltes, qui se transforme en étendue de boue dès l’automne, et ce pendant plusieurs années, échouent dans une pinède, puis sont abandonnés dans un HLM au milieu de nulle part. Les dix enfants de la famille, grandissent, comme ils peuvent. Hamid, l’aîné, épouse une Française et n’évoquera plus jamais l’Algérie ni ses premières années en France.

C’est sa fille Naïma, employée dans une galerie d’art, qui reviendra au pays en recherchant les œuvres d’un artiste, avant de se rendre dans le village familial.

Alice Zeniter, est elle-même petite-fille de harkis et son roman possède le souffle d’une Histoire trop peu connue. Ses personnages, magnifiques, sont poignants, dans leurs errements, comme dans leur confrontation à la société française qui leur est hostile.

J’ai adoré ce roman. J’y ai découvert un pan d’histoire que je ne connaissais pas et j’ai fondu d’amour pour ses personnages. Sa lecture, fluide, m’a accompagnée pendant quelques soirées.

PS: Alice Zeniter a reçu pour ce roman le Goncourt des lycéens.

L’art de perdre, Alice Zeniter, Flammarion

Pour en savoir plus sur les Harkis

Une interview de l’auteur

Histoire d’eau

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Fin des années 60. Par un bel après-midi d’été, Ligeia apparaît sous les yeux ébahis de deux frères, Bill et Edward. Elle est blonde, belle et libre. Elle vient de Californie où, en matière de mœurs, tout est permis. Eux sont élevés par leur mère et leur grand-père tyrannique et ultra-conservateur. Ils travaillent pendant leur temps libre et leur seul loisir est de passer leurs après-midi d’été près d’une rivière. Très vite les trois jeunes gens deviennent amis.

Cinquante ans plus tard, dans la même petite ville du cœur des Appalaches, des ossements sont trouvés dans la rivière. Il faut peu de temps à la police pour découvrir que ce sont ceux de Ligeia, mystérieusement disparue cinquante ans auparavant. Les deux frères vont alors devoir regarder la vérité en face…

Résumé ainsi, Par le vent pleuré apparaît comme un thriller alors qu’il n’en est rien. Bien sûr, on a envie de savoir ce qui est arrivé à Ligeia, mais l’essentiel est ailleurs. Il est dans la poésie de ces après-midi nimbés d’eau et de soleil. Dans ces jeunes garçons qui deviennent des hommes de la plus terrible des façons. Dans le sens parfait des atmosphères que maîtrise l’écrivain Ron Rash. Et on se laisse, nous aussi, emporter au fil de l’eau et de sa plume.

Par le vent pleuré, Ron Rash, Seuil

La mine comme horizon

9782246813804-001-T.jpeg Michel a 15 ans, quand son frère adoré, Jojo, meurt dans la catastrophe minière de Liévin-Lens, le 27 décembre 1974. Celle-ci fait 42 victimes, 42 victimes du cynisme et de la productivité à outrance. La mine était, en effet, sur le point de fermer. Et les hommes qui descendaient au fond, chaque matin, la craignaient et savaient que leur sécurité n’y était plus assurée. Toute sa vie, Michel n’aura de cesse de venger le calvaire de son frère, créant dans sa cave un mausolée aux mineurs. Lorsque sa femme meurt, Michel revient sur les lieux et retrouve le contremaître aux commandes un certain 27 décembre 1974…
J’ai tourné quelques semaines autour de ce livre, j’avais peur de son scénario d’horreur. Et puis comme chaque fois, il a suffi de quelques pages pour que Sorj Chalandon, un écrivain que j’aime particulièrement, me happe dans son histoire. L’ancien journalise de Libération (il officie aujourd’hui au Canard enchaîné) connaît sur le bout des doigts l’art de la narration, ne ménage pas ses effets de surprise, ajoutant des questionnements et du mystère à son propos. Et tout cela dans une langue magnifique.
Le jour d’avant, Sorj Chalandon, Grasset

Il est comment le dernier Amélie Nothomb?

419Sd1zJEaL._SX195_.jpg Cela faisait des années que je n’en avais plus lu et je l’ai trouvé excellent.
L’histoire: Diane est une petite fille intelligente et sensible, élevée sans amour par une mère jalouse d’elle, de l’effet qu’elle fait sur les autres. Heureusement ses grands-parents maternels, ensuite des amis, l’accueillent chez eux avec toute la chaleur dont elle a besoin…
Des années plus tard, alors qu’elle est une brillante étudiante en médecine, Diane revit cette étrange configuration avec un de ses professeurs et la fille de cette dernière…
La critique: alors qu’elle place son roman sous l’égide de Musset (« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie »), pour explorer la complexité des rapports mère-fille, les méandres de l’amour ou du désamour maternel, Amélie Nothomb use d’une langue simple, sans fioritures et qui va à l’essentiel. Comme ne pas être bouleversées par l’extrême solitude de ces deux petites filles mal-aimées? Par les conséquences qu’auront sur elles, l’absence des regards dans lesquels on se construit. Frappe-toi le cœur est parvenu à me toucher… au cœur!
Frappe-toi le coeur, Amélie Nothomb, Albin Michel

Disparition

9782709659826-001-T.jpegPar un bel après-midi d’été, Summer, une éblouissante jeune fille de 19 ans, disparaît après une baignade dans un lac. Ses parents, son frère, Benjamin sont dévastés. Il a 15 ans et le drame, comme le silence écrasant de ses parents, l’étouffent et le marquent profondément. Vingt-cinq  plus tard, en sentant une odeur de peinture fraîche dans son bureau, Benjamin est pris de crise d’angoisse et plonge dans une profonde dépression. Il n’aura pas d’autre choix que de reconstituer ce qui s’est vraiment passé…

Ce roman est une petite merveille, un bijou de poésie et d’onirisme incarnés dans le thème de l’eau omniprésent, des poissons nageant dans les lacs de Genève et les piscines ainsi que dans un mystérieux aquarium, image à la fois, du bonheur parfait et du malheur extrême. Le personnage de Benjamin, perpétuellement mal à l’aise, en inadéquation  constante avec le monde rappellera à tous de douloureux souvenirs d’adolescence. Quant aux parents, ils incarnent la bourgeoisie dans ce qu’elle a de pire, réfugiée dans les mondanités et les conventions, parfaitement insensibles et capables du pire. Cela fait quelques jours que j’ai terminé Summer, et cette histoire, cette écriture, ne cessent de me hanter.

Summer, Monica Sabolo, JC Lattès

Romanesque la politique?

CVT_Ils-vont-tuer-Robert-Kennedy_603.jpg Certainement oui dans le dernier livre de Marc Dugain « Ils vont tuer Robert Kennedy ». Où l’on suit en parallèle l’histoire du frère le plus proche du Président américain et celle d’un professeur d’université, persuadé que la disparition de ses propres parents, dans des circonstances tragiques, a un lien avec celle de Robert Kennedy.
Le plus: Le récit de la mort des deux frères reprend la théorie du complot, déjà évoquée par l’auteur dans le livre qu’il a consacré à Edgar Hoover. La mafia, la CIA, le président Johnson, tout le monde y est mêlé. Mais ce qui frappe ici, c’est le magnifique portrait de Robert, le cadet de la famille. Dégoûté par l’origine nauséabonde et mafieuse de la fortune familiale, il n’hésite pas, lorsque John devient Président, à s’opposer frontalement à ladite mafia que son père a toujours favorisée. Ce qui touche aussi, c’est la profonde fidélité qui le lie à son frère à qui il offre un appui sans failles. Son chagrin, sa dépression, lors de la mort de ce dernier, sa lente reconquête du pouvoir puisqu’il est assassiné quelques jours avant de devenir le candidat démocrate. Robert Kennedy est dépeint ici comme un homme sensible, bon, à l’écoute.
Autre point positif: le retournement de situation à la fin du roman qui nous fait voir l’histoire sous un autre angle.
Mais, car il y a un mais: c’est long, trop long, tellement que ça en devient parfois ennuyeux. Dommage!
Ils vont tuer Robert Kennedy, Marc Dugain, Gallimard