Politique, encore!

51q7KhfIftL._SX315_BO1,204,203,200_.jpg J’ai lu Un personnage de roman, livre oh combien décrié par la critique. L’écrivain Philippe Besson, proche des Macron, a suivi le candidat à la présidentielle pendant toute sa campagne. Il a multiplié les carnets de note, désireux de transformer cette matière en roman et ne parvenant qu’à dessiner un portrait en creux. La lecture du livre est agréable mais ne nous apprend rien de neuf si on a suivi l’actualité au printemps. L’œil de l’auteur n’est pas un œil critique. Mais ce qui frappe par contre, c’est la réflexion de Philippe Besson: même en étant proche du futur président, en lui parlant, en échangeant avec lui des SMS, l’écrivain se rend compte… qu’il ne connaît pas Emmanuel Macron. Moi ce que j’aurais bien voulu savoir c’est ce qu’il pense de sa remarque sur les fainéants, sur ses gestes méprisants de la main. Mais ça c’est une autre histoire. Et la littérature n’a finalement pas gagné grand-chose avec Un personnage de roman.
Philippe Besson, Un personnage de roman, Julliard

Enfance

romain-gary Toute sa vie, Romain Gary a porté des masques et joué avec la réalité, notamment concernant son père. Il s’est même inventé fils du grand acteur de cinéma russe, Ivan Illich Mosjoukine. Ce qui était totalement faux.
L’écrivain est en fait issu des amours conjugales d’Arieh Kacew, fourreur de Vilnius en Lituanie, ou Wilno en Pologne – ce qui revient au même – et de Mina, modiste. Nous sommes en 1925 et Romain a dix ans. Laurent Seksik va le suivre pendant 24 heures qui seront décisives pour lui. C’est en effet à ce moment que son père adoré quittera définitivement sa mère, ne supportant plus le caractère de Mina, à la fois fantasque et hystérique. Instants terribles pour Romain qui perdit alors le masque de l’enfance.
Mina et son fils vécurent alors dans le ghetto juif de Wilno, dans la pauvreté la plus extrême. Dès ce moment, Mina prévoit de partir en France. Heureusement pour eux et pour l’histoire de la littérature, ils le feront en 1928… Quant aux 60.000 habitants du ghetto, ils périrent tous de la main des nazis et ce y compris Arieh et sa nouvelle famille.
J’aime beaucoup les romans de Laurent Seksik qui sait compléter ce que les biographies officielles ne disent pas. Ce dernier ne fait pas exception à la règle. Au-delà du destin de Romain Gary, la vie juive du ghetto, foisonnante de personnages typiques, est finement décrite, comme d’ailleurs les membres de la famille paternelle de Romain. Et puis il y a l’exceptionnelle fin du livre, que je vous dévoilerai pas, mais qui m’a profondément touchée.
Laurent Seksik, Romain Gary s’en va-t-en guerre, Flammarion

Laetitia

 

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Ce texte hybride, à cheval sur le roman et le document, évoque les plus lourdes peines subies par les femmes. Humiliées, violemment battues, violées, assassinées. Mais aussi le milieu dans lequel certaines ont la malchance de grandir. D’une enfance dévastée – abandon, orphelinat, placement en famille d’accueil – d’un effroyable fait divers, Yvan Jablonka a fait un livre extraordinaire. Laëtitia Perrais, une jeune fille de l’Assistance, belle et lumineuse, est assassinée dans des conditions atroces en janvier 2011. L’auteur lui redonne vie, retrace son parcours avec empathie. Ce faisant, il analyse, en historien et sociologue, ce qui a conduit au crime comme le fonctionnement de la justice, manquant cruellement de moyens. Nicolas Sarkozy, alors président de la République, n’est pas épargné, lui qui a récupéré le drame à des fins politiques. Au-delà des enseignements, c’est le visage aux yeux brillants de vie de Laëtitia, sa présence qui dominent l’extraordinaire récit, Prix littéraire Le Monde et Prix Médicis 2016.

Laëtitia ou la fin des hommes, Yvan Jablonka, Seuil

Rattrapage

derniers-jours-zweig Visionnaire, il a fui sa Vienne tant aimée pour Londres, quatre ans avant l’Anschluss. Puis pour New York et enfin pour Persépolis au Brésil. Dans son lointain exil, Stefan Zweig emmène avec lui sa jeune femme Charlotte Altman. Mais être juif en 1942 signifie emmener partout avec soi la nostalgie de son lieu de vie et l’effroyable inquiétude pour les proches restés en Europe occupée. D’autant plus que les mauvaises nouvelles pleuvent. Et que filtre peu à peu la terrible réalité de l’extermination. En pensant à Vienne, à la foisonnante Mittel Europa du début du 20e siècle, Zweig écrit. Son célèbre ‘joueur d’échecs’ notamment. Rencontre des écrivains, en exil, comme lui. Mais se laisse entraîner dans le désespoir et finit par se donner la mort aux côtés de sa femme.
C’est un roman fiévreux, qui suit les méandres du désespoir de Stefan Zweig, et qui nous laisse à bout de souffle, tant on souffre avec lui. Un livre excellent, pas seulement parce qu’il est consacré à l’écrivain tant aimé, mais parce que Laurent Seksik, donne, avec passion, vie à ses personnages.
Le livre est paru en 2010. Depuis il y a eu le théâtre, la BD qui s’en est inspirée. Mais le roman est toujours le plus fort.
Les derniers jours de Stefan Zweig, Laurent Seksik, Flammarion et J’ai Lu

14 juillet

14-juillet Eric Vuillard vous donne rendez-vous avec la Révolution française. Ou l’Histoire comme vous ne l’avez jamais vécue. Alors que Louis XVI et sa cour vivent dans un luxe inouï et indécent, la France a faim. Le peuple crève. Et c’est lui qui va déferler de tous les coins de Paris pour prendre la Bastille. A ces pauvres innombrables, à ces ouvriers et artisans dont le travail ne rapporte rien et dont les riches bourgeois veulent encore baisser le salaire, Eric Vuillard redonne un nom et une dignité. Dans une langue riche et belle, trop rare aujourd’hui, il raconte l’élan de cet inoubliable 14 juillet.
Eric Vuillard, Actes Sud

L’autre qu’on adorait

l-autre-qu-on-adorait J’adore les romans de Catherine Cusset, avec sans doute une préférence pour La haine de la famille. Mais comment ne pas succomber ici au charme fou de Thomas, d’abord amant de l’auteur avant de devenir un ami très proche.
Thomas a toutes les cartes en mains, il est beau, intelligent, brillant, charmant. Il plaît aux femmes et celles-ci le lui rendent bien. Et pourtant il se sabote. Professeur d’université aux Etats-Unis, il voit les postes qui correspondent à ses compétences lui passer sous le nez, les uns après les autres. Ses histoires d’amour capotent, il va de dépression en dépression, jusqu’au drame…
Catherine Cusset met toute sa sensibilité et sa tendresse au service de son personnage qu’elle décrit de façon subtile. Le narrateur-auteur ne dit pas il mais s’adresse directement au personnage en lui disant tu, ce qui donne au texte un ton incantatoire. Le style est resserré, dynamique, et on n’a qu’une envie: suivre Catherine Cusset jusqu’au bout.
L’autre qu’on adorait, Catherine Cusset, Gallimare