Le lagon noir

Une chose me semble sûre: même si j’adore le ton des livres d’Arnaldur Indridason, ses meilleurs romans policiers sont derrière lui. Si vous le suivez, comme moi, de livre en livre, vous savez desquels je parle: La femme en vert, La voix, La cité des jarres étaient tout bonnement extraordinaires.
Ceci étant dit, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire Le lagon noir, à plonger dans son atmosphère mystérieuse, en demi-teinte, encore renforcée par les épouvantables conditions météorologiques de l’Islande. Il y est si facile de disparaître lors d’une tempête de neige…
Tout commence pourtant par une scène presque idyllique. Une jeune femme atteinte de psoriasis se baigne régulièrement dans un lagon d’eau chaude situé dans un paysage désert. Elle s’y sent merveilleusement bien jusqu’au jour où elle touche du pied un cadavre. C’est Marion et un Erlendur alors trentenaire qui s’emparent de l’affaire et découvrent qu’il s’agit d’un homme travaillant à la base militaire américaine de Keflavik. Et c’est là que se trouve un des intérêts de ce polar. On découvre le pourquoi des relations extrêmement tendues entre la société islandaise et les citoyens de l’Oncle Sam. Parallèlement à cette enquête, Erlendur en mène une deuxième consacrée à la disparition inexpliquée d’une jeune fille 25 ans plus tôt. Si je devais le noter, je lui mettrais un 7,5/10. Parce que j’adore Erlendur, qui jeune avait déjà le petit côté vieillot qu’il gardera toujours. C’est en homme qui souffre et sa douleur lui permet d’avoir de l’empathie, parfois même pour les coupables. Et parce qu’avec lui je découvre des petits morceaux d’Islande.
Le Lagon noir, Arnaldur Indridason, Métailié

Promesse

Quand je n’arrive pas à me concentrer sur une lecture un peu difficile, j’adore me lancer dans ce genre de bonne grosse brique que je suis sûre de ne – presque – pas lâcher avant la fin. Et celui-ci n’a pas dérogé à la règle. Si vous êtes familiers de romans policiers de Jussi-Adler Olson, sachez qu’on y retrouve les protagonistes principaux du département V, soit Carl, le commissaire bougon,  Assad l’équipier mystérieux et doué, et Rose qui prend dans cette dernière enquête beaucoup d’importance.
Le livre commence quand Christian Habersaat, un commissaire de la lointaine petite île de Bornhom appelle Carl Mock pour lui dire… qu’il est à bout. Le lendemain lors de son pot d’adieu, Christian se tire une balle dans la tête devant ses invités, ce qui fait pour le moins désordre. L’équipe de Carl prend le chemin de Bornhom et se rend compte sur place qu’il a travaillé dix-sept ans sur une affaire sans la résoudre… Alberte est-elle vraiment morte des suites d’un accident, ou a-t-elle été victime d’un crime? Carl et ses acolytes reprennent l’affaire depuis le début et plongent –avec nous- dans l’univers des sectes et de l’ésotérisme. La traduction est aboutie, le texte est agréable à lire, ce qui n’est pas à négliger. C’est rythmé, passionnant, on y rencontre un gourou charismatique, une femme jalouse et d’étranges savants. J’en aurais d’ailleurs bien lu un autre coup sur coup!
Promesse, Jussi Adler Olsen, Albin Michel

Un tout bon polar israélien

Fragilisé par sa dernière enquête (Une disparition inquiétante, Seuil), l’inspecteur Avraham Avraham, revient à Tel Aviv après trois mois passés à Bruxelles. Alors qu’il a encore quelques jours de congé, on fait appel à lui. Une valise contenant une bombe factice ayant été déposée à la porte d’une crèche. La directrice a apparemment la main leste avec les enfants, ce qui entraîne inévitablement des conflits avec les parents… Très vite l’attention d’Avraham se porte su Chaïm, modeste traiteur un peu décalé, père de deux jeunes enfants. Son malaise pendant l’interrogatoire et l’absence de sa femme sèment le doute dans l’esprit de notre enquêteur…
Dès le début de l’histoire l’angoisse monte sans que la situation ne soit trop inquiétante et je me suis très vite demandé pourquoi. C’est que les personnages de Dror Mishani sont tellement désespérés, que ce soit Avraham en raison de l’absence de sa femme, ou Chaïm dont on sent qu’il n’a connu que des échecs, qu’ils ne peuvent que nous toucher. On l’aura compris, il s’agit ici d’un polar psychologique, l’auteur plantant de vrais personnages, à la personnalité fouillée. L’enquête que j’ai trouvée réussie, même si elle n’est pas haletante, en devient presque secondaire. Une bonne lecture pour ce week-end en tout cas!

La violence en embuscade, Dror Mishani, Seuil

Il est comment le dernier Arnaldur Indridason?


Bof bof! Malgré sa 2e place dans le top-cinq des ventes de polars et des articles de presse élogieux moi, je n’ai pas accroché aux Nuits de Reykjavik. L’histoire? L’auteur revient sur les débuts dans la police du commissaire Erlendur, à l’époque où il travaillait la nuit et s’occupait surtout d’alcoolisme et de violence conjugale. A 28 ans, Erlendur est déjà sombre et taciturne et enquête pendant ses temps libres sur une mort restée inexpliquée, celle d’Hannibal, un clochard retrouvé noyé dans une mare. Sa perspicacité le fait remarquer par la Criminelle…  Le souci? J’ai trouvé l’enquête longue, poussive, ennuyeuse même. Arnaldur Indridason soigne comme toujours l’atmosphère de ses romans, mais je me demande si le meilleur de ses livres n’est pas derrière lui. Je veux parler de La femme en vert, une histoire terrifiante de violence conjugale, à la fois plus nerveuse et poignante. Domamge, mais ce n’est que mon avis bien sûr!

Les nuits de Reykjavik, Arnaldur Indridason, Métalié

Dossier 64

Il ne m’a pas fallu trois jours pour avaler cette brique de 600 pages. Mais il faut dire que je lisais tout le temps. Dans le bus, dans la rue, en cuisinant, en m’endormant, en travaillant ou presque. Pas moyen de m’en empêcher.
Le pitch? Au département V qui s’occupe des cold cases ou affaires classées, l’attention de Carl Mock et de ses assistants, Rose et Assad, est attirée par un meurtre vieux de 25 ans. En enquêtant l’équipe va mettre à jour, le destin de Nette, jeune femme qui lors d’un avortement clandestin est stérilisée contre son gré et celui de Curt Wad, médecin aux sombres méthodes désireux d’éradiquer du peuple danois « tout élément douteux ». On l »aura compris, cette quatrième enquête du Département V (après Miséricorde, Profanation et Délivrance tous parus au livre de poche) se base, sur fond d’extrême-droite, sur un fait de société réel qui a bouleversé le Danemark. L’enquête est plutôt classique, on sait très vite qui est le meurtrier. Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui compte vraiment, c’est le destin tragique de ces jeunes filles dont on a brisé la vie pour une idéologie plus que contestable.
Dossier 64, Jussi Adler Osen, Albin Michel

Vous avez dit surhomme?

C’est plutôt une lecture de mec, mais conseillée par Marc Filipson, le patron de la librairie Filigranes, je me suis plongée coup sur coup dans les trois volumes que compte cette trilogie – Le projet Bleiberg, le projet Shiro et le projet Morgenstern – et je n’ai pas été déçue. Ce qu’on y trouve? De l’espionnage, dans la plus pure tradition du genre, beaucoup de coups de fusil et de couteau… et une solide documentation historique et scientifique. Le héros principal? Eytan Morgenstern, un géant infatigable, aux forces inégalées, agent du Mossad, en guerre soixante ans durant contre le mystérieux Consortium mais aussi chasseur de nazis. Son histoire? Petit Polonais juif, capturé par les nazis, il subit les douloureuses expériences du Docteur Bleiberg, qui faisait alors des recherches sur le surhomme. Et il fut le seul à y survivre… Plongez-vous-y sans hésiter c’est particulièrement addictif. Les trois volumes sont de qualité égale, le tout est très habilement mené sans oublier des touches humoristiques et des personnages attachants.
Le projet Bleiberg, Le projet Shiro, Le projet Morgenstern, David S. Khara, éditions Citric (Les deux premiers volumes sont également parus chez 10/18).
 

Valentin, l’autre Musso

J’ai assisté dans le courant du mois de novembre, chez Filigranes, à la présentation du dernier livre de Valentin Musso, Le murmure de l’ogre (Seuil). Frappée par l’intelligence de ses propos et par sa culture j’ai eu envie de me plonger dans un de ses thrillers et j’ai commencé par Les cendres froides (Points) qu’il m’a d’ailleurs gentiment dédicacé. L’histoire? A la mort de son grand-père médecin, Antoine Cochet découvre, parmi des milliers de bobines, un film le montrant dans les années 40 auprès d’un lieutenant SS et d’une dizaine de femmes enceintes de type aryen. Intrigué et effrayé, Antoine se lance dans des recherches prouvant que son grand-père a travaillé pendant la guerre dans un lebensborn, une clinique spécialisée dans la sélection raciale. Parallèlement à ses découvertes, le meurtre d’une vieille dame est commis tout près de la maison du grand-père. Quant à Antoine, il a également fort à faire avec sa soeur dépressive…
Les deux points forts du livre sont d’une part le thème des lebensborn, peu connus si l’on n’est pas un spécialiste de la Deuxième Guerre mondiale et d’autre part le lourd secret de famille, ressort de l’intrigue. Quant aux personnages, je les ai trouvés trop froids et distanciés pour m’émouvoir de leur sort, mais c’est à mon avis le seul défaut de ce livre avec lequel j’ai passé un bon moment.
N.B.: Valentin est bien le frère de Guillaume Musso, mais leurs livres n’ont absolument rien à voir les uns avec les autres. Et c’est Valentin qui sort largement gagnant de la comparaison!

Orgueil et prejuges, suite et deception

En adoratrice assumée du chef-d’oeuvre de Jane Austen, Orgueil et Prejugés, je ne pouvais qu’être tentée par cette suite imaginée par P.D. James, une des reines du polar anglais. Six ans ont passé depuis le mariage de Darcy est Elizabeth. Le couple est heureux et a deux beaux enfants, jusqu’a ce qu’a la veille du grand bal qu’ils vont donner a Pemberley, un homme est retrouve assassiné dans le parc du château…
La presse a unanimement salué ce livre… et moi j’ai été très déçue. PD James glisse a merveille sa plume dans le style de Jane Austen, de ce point de vue-la, pas de soucis. Mais a part ca, que d’ennui. On ne trouve rien de la description tres étudiée de la situation sociale profondément injuste des femmes qui constitue un des grands intérêts de Jane Austen. Rien non plus de la tension amoureuse qui rend chacun de ses livres aussi palpitants. Quant a l’intrigue policière, je l’ai trouvée plus que moyenne. Mon conseil: relisez Jane Austen, la vraie et l’unique.
NB1: j’ai lu ce livre en version électronique et c’est plutôt pratique à la plage:pas de sable, ni de crème solaire sur les pages.

Coup de gueule

Comment est-il possible que l’excellente maison d’édition Actes Sud – qui accueille entre autres Paul Auster, Laurent Gaudé, Nancy Huston, sans oublier Stieg Larson et son cultissime Millenium – ait pu publier un livre aussi mal traduit, aussi peu corrigé? Le texte de La Princesse des glaces est si mal torché que ça en gêne la lecture. Comment-est-il possible qu’un polar aussi mou ait pu rencontrer un tel succès? Les voies qui mènent à la réussite sont vraiment complexes! En tout cas la preuve est faite ici qu’il ne suffit pas d’être suédois comme le Stieg Larson susmentionné pour écrire de bons livres. Après un tel préambule, vous voulez un résumé de l’intrigue? Voici. Dans une paisible petite ville de pêcheurs, Erick découvre le cadavre aux poignets tailladés d’une amie d’enfance perdue de vue depuis longtemps. L’enquête qu’elle va mener avec son amoureux policier révèlera de très sombres secrets… Je l’ai lu jusqu’au bout parce que j’avais envie de connaître le dénouement de l’histoire, mais franchement, vous pouvez sans problème vous épargner cette peine.
La princesse des glaces, Camilla Lackberg, Actes Sud et Babel

Le nouveau Connelly

Dans les grandes surfaces, on trouve d’aussi grosses piles de Volte-face que des derniers romans roses de Lévy ou Musso. Ce qui n’empêche pas le dernier opus de Michael Conelley d’être de loin meilleur que ces deux derniers!
Jason Jessup, sort de prison après 24 ans. Il y était incarcéré pour le meurtre d’une petite fille de 10 ans mais il doit être rejugé pour vice de forme. Alors que le jour, se conformant à son rôle, Jason joue au prisonnier qui retrouve la liberté, la nuit, il se prête à d’étranges activités…  Grand avocat de la défense, Mickey Haller est très surpris lorsque le procureur du comté de Los Angeles lui demande de plaider pour l’accusation. Certain de la culpabilité de Jason, il prend le génial (et récurrent) Harry Bosch comme enquêteur et son ex-épouse, Maggie McPherson, comme assistante. Ce trio détonnant parviendra à déjouer le mystère qui plane sur le crime de Jason Jessup. Passionnant, Volte-face est autant le récit d’une enquête policière que d’un procès. Et si le cœur battant est un gage de réussite des polars, celui-là devait être très bon, parce que chez moi, ça cognait fort!