Les chemins de la haine

Les-chemins-de-la-haine.jpg D’une façon générale, on peut lire les prix littéraires du magazine Elle, les yeux fermés. Enfin, si l’on peut dire! Aussi ne me suis-je pas fait prier pour me lancer dans leur polar de l’année Les chemins de la haine de l’Anglaise Eva Dolan.

L’intrigue: Jaan Stepulov, un immigré estonien, est retrouvé brûlé dans l’abri de jardin du couple Barlow. Nous sommes à Peterborough, une petite ville sinistrée de l’est de l’Angleterre. L’inspecteur Zigic et la sergent Ferreira de la section des crimes haineux mènent l’enquête. Celle-ci les conduira tant du côté de l’exploitation des femmes que de celle d’un groupe d’Anglais qui soumettent à l’esclavage un groupe d’immigrés polonais, estoniens et chinois. S’ils résistent, ceux-ci disparaissent sans laisser de traces…

Alors que ce sujet est brûlant et gravissime, qu’il méritait de véritables approfondissements, il n’est malheureusement que légèrement effleuré, l’accent étant plutôt mis sur l’enquête elle-même qui prend plusieurs directions. J’ai donc été un peu déçue par ce livre, qui s’il se lit d’une traite, m’a pourtant laissée sur ma faim.

Les chemins de la haine, Eva Dolan, Liana Levi

Sauvez-moi

Expert.jpg Cela faisait longtemps que je n’avais plus lu ni chroniqué de polar. La venue de Jacques Expert à la Librairie Filigranes m’a convaincue de me ‘jeter’ sur Sauvez-moi au propos
assez inquiétant.

Nicolas Thomas sort de prison après 30 ans de détention pour des meurtres dont il a toujours nié être l’auteur. Mais la divisionnaire Sophie Ponchartrain qui a permis son arrestation l’a dans le collimateur. Elle est persuadée que depuis sa sortie, il a tué sa mère et plusieurs jeunes femmes selon le même mode opératoire qu’autrefois. Quand en plus, les soupçons du 36 Quai des orfèvres se portent sur un malheureux exhibitionniste des parkings, tout s’accélère.

L’atmosphère qui règne au 36, la façon de travailler de la police y sont finement décrites, ce qui rend le propos très intéressant. C’est passionnant, bien écrit, ça se lit d’une traite, et le plus fou n’est pas celui qu’on croit. Ca jette une lumière sur les ‘criminels’ injustement condamnés et tout ce qu’on peut espérer, c’est qu’il n’y en ait pas trop dans les prisons de France et d’ailleurs.

Un roman policier, écrit par un journaliste spécialiste de grandes affaires criminelles, à glisser sans hésiter dans votre valise de vacances.

Sauvez-moi, Jacques Expert, Sonatine

Coldcase

51MHwtyWYIL._SX195_.jpgJe ne mentirai pas, j’ai dévoré le dernier roman de Joël Dicker. C’était du pur plaisir, un roman qui accroche, que j’ai lu d’une traite – j’ai d’ailleurs été dormir très, très tard.

Et puis, un héros policier qui porte le même nom de famille que moi – Jesse Rosenberg – ça n’arrive pas tous les jours!

Jesse et son coéquipier Derek doivent résoudre un cold case, l’assassinat du maire d’Orphéa, – une petite ville des Hamptons – de sa famille et d’une jeune joggeuse qui s’est déroulé 20 ans plus tôt. L’occasion pour les lecteurs de rencontrer une galerie de personnages – deux rédacteurs en chef, un libraire, un critique littéraire, un flic-dramaturge, tous plus pittoresques les uns que les autres. Ce sont eux, qui un à un, racontent l’histoire.

Le livre obéit aux lois du genre, s’attardant sur ceux qui auraient des raisons d’avoir commis le crime, et est un classique roman policier.

Pourtant, ça ne m’a pas empêchée de le trouver… un peu creux. Là où dans La vérité sur l’affaire Harry Quebert, il y a une réflexion sur l’écriture et la peur de la page blanche, où dans Le Livre de Baltimore, il y a une tragique histoire d’amour et de famille, ici… il n’y a pas vraiment de sujet si ce n’est le crime lui-même. En plus dans les cent dernières pages, je trouve que le roman s’essouffle…

Tout ceci n’empêche pas La disparition de Stéphanie Mailer d’occuper la première place du classement des ventes de livres édité par le magazine Livres Hebdo. Un succès que j’ai pu également constater à la Librairie Filigranes qui était noire de monde lors de la venue de l’auteur. Tant mieux pour Joël Dicker!

La disparition de Stéphanie Mailer, Joël Dicker, Editions De Fallois Paris

Atmosphère, atmosphère

51TzGRRceoL._SX195_ Depuis dix mois, Anna vit recluse dans sa maison de Harlem. Elle est dépressive, agoraphobe et alcoolique et mélange allègrement Merlot et médicaments. Si elle ne sort plus, Anna observe ses voisins à travers le zoom de son Nikon. Elle les connaît tous, jusqu’aux nouveaux arrivés qui viennent d’emménager, un couple et leur fils adolescent.

Alors que sa voisine lui rend visite, elle la voit quelques jours plus tard à sa fenêtre, recouverte de sang, un cutter enfoncé dans la poitrine. Malheureusement, vu son état d’ébriété, personne et encore moins la police, ne croit le témoignage d’Anna. Ils la pensent plutôt victime d’hallucinations…

J’ai dévoré en deux jours, ce roman policier particulièrement prenant. L’auteur prend son temps – près de la moitié du livre – pour installer l’atmosphère de son livre et j’ai adoré ça. Anna souffre, Anna se saoule, n’ose pas franchir le seuil de sa maison. Chez elle, elle regarde à toute heure du jour et de la nuit, de vieux films policiers en noir et blanc, leurs dialogues se mêlant à ceux de la vie réelle. Ancienne pédopsychiatre, elle aide des patients sur des forums, joue aux échecs en ligne… On perçoit avec émotion sa souffrance et le secret qu’elle cache.

Après le meurtre, le roman prend de la vitesse et s’enfonce dans le mystère et les mensonges. Seul bémol: dommage que la fin n’ait pas été plus élaborée, plus proche en cela de la première partie du livre. Ceci dit ce roman, dans la lignée des Apparences ou de La Fille du train, reste un excellent divertissement. D’autant plus qu’il est très bien traduit de l’anglais par Isabelle Maillet.

La femme à la fenêtre, A.J. Finn, Presses de la Cité

Secret d’Histoire

CVT_Inavouable_6286 De temps en temps, la lecture d’un bon polar-thriller, ça me fait du bien. Et quand Marc Filipson, patron de la librairie Filigranes, à Bruxelles, m’en conseille un, je sais que je peux me lancer dans sa lecture, les yeux fermés. Enfin presque!

Donald Tusk, chef du gouvernement polonais, met sur pied une équipe hétéroclite de quatre personnes – un marchand d’art, une historienne d’art, une voleuse d’art et un ancien espion. Leur tâche? Récupérer illégalement aux Etats-Unis un portrait du peintre Raphaël, dérobé par les nazis dans un musée de Cracovie. Depuis la guerre, ledit portrait n’a jamais réapparu. S’ils réussissent tant mieux, s’ils échouent, ils seront emprisonnés aux States et lâchés par la Pologne…

D’aventure en aventure, s’en suit un incroyable périple, qui conduit nos héros des Etats-Unis vers la Pologne, en passant par la Suède. Un périple qu’on verrait d’ailleurs, très bien porté à l’écran, ne fût-ce que pour la course de nos quatre limiers sur la Baltique gelée, poursuivis par on ne sait très bien qui. (On le découvre à la fin évidemment).

Mais au-delà de ce récit très ‘James Bondien », il y a bien plus. Il y a l’Histoire et l’amour de l’art, la place qu’il occupe dans le sentiment national d’un pays. Il y a l’amour tout court, et des secrets incroyables qui trouvent leurs racines dans la Deuxième Guerre mondiale.

Les chapitres du roman sont courts, incitant les lecteurs à aller toujours plus loin. Ca se lit vite, bien, et on en connaît à qui ça a fait passer des nuits blanches. Bref un roman qui procure des moments de plaisir pur.

Inavouable, Zygmunt Miloszewski, Fleuve Editions

Rivière et mystères

51o++3ZcXvL._SX195_Décidément, l’eau, effrayante, mystérieuse, inspire les écrivains.  Après Summer et Par le vent pleuré, voici Au fond de l’eau paru il y a quelques mois déjà.

Dans un petit village d’Angleterre, une rivière domine le paysage mais aussi les pensées de ses habitants. Lorsque Katie, une jeune fille rayonnante de quinze ans à peine, y est retrouvée morte, la vie de tous est bouleversée. Celle de Nell plus encore, qui enquête depuis des années sur les légendes ou histoires vraies des ‘femmes à problèmes’ qui s’y seraient suicidées en se jetant du haut de la falaise ou qu’on y aurait déposées pour les faire disparaître. Aurait-elle influencé Katie? Quelques jours plus tard, le corps de Nell est, lui aussi, retiré des eaux…

Au fond de l’eau est un polar psychologique fin et bien ficelé. Il a même réussi à me faire peur. Une dizaine de personnages racontent les faits tour à tour, donnant par la même une facette ou leur version de l’histoire. Les chapitres sont très courts, ça se lit vite et bien, les surprises sont nombreuses. J’ai passé un bon moment mais je l’ai trouvé moins fort que La célèbre Fille du train du même auteur, et ça c’est un peu dommage.

Paula Hawkins, Au fond de l’eau, Sonatine

Lire un extrait

Une interview de l’auteur

 

 

Le retour de Lisbeth

La-fille-qui-rendait-coup-sur-coup

Pour une infraction commise dans le tome 4 de Millénium, on retrouve Lisbeth Salander, 1 m 50 et une intelligence hors du commun, en prison. Aux prises avec son passé, encore une fois – son tuteur vient de lui remettre de mystérieux documents. Dans la cellule voisine de la sienne, une jeune Pakistanaise est victime, chaque soir, des cruautés d’une détenue qui fait la loi dans cet établissement pénitentiaire. Ce que Lisbeth ne peut supporter… Deux histoires se coupent et se recoupent dans La fille qui rendait coup sur coup. Celle de l’enfance de l’héroïne qui l’emmène à enquêter sur des jumeaux miroirs séparés à la naissance. Et celle de la jeune Pakistanaise, issue d’une famille islamiste et victime d’un crime d’honneur.

Les bons points: C’est absolument passionnant. Je l’ai lu en un week-end et je ne pouvais plus m’arrêter. C’est un thriller bien ficelé, où tout est à sa juste place, sur deux sujets graves et intéressants.

Les moins bons: Lisbeth et Mikael Blomkvist sont devenues des silhouettes qui amènent les sujets sans presque plus y participer. Et puis l’atmosphère très politique, les questions posées sur la Suède contemporaines, chères à Stieg Larsson ont complètement disparu. La finesse aussi. Et ses lecteurs ne s’en remettront jamais!

Millénium 5, La fille qui rendait coup sur coup, David Lagercrantz, Actes Sud

Au cœur de Daesh

CVT_La-veuve-noire_8970.jpgLorsqu’on est auteur de romans d’espionnage, connaître la réalité du Proche-Orient et les dangers de Daesh est un must. De là à prévoir, avant qu’il n’ait eu lieu, un attentat de grande envergure à Paris, causé entre autres par un djihadiste vivant à Molenbeek… il y a un monde. C’est pourtant ce qui est arrivé au très doué Daniel Silva.
Son personnage récurrent, le célèbre espion israélien, Gabriel Allon, s’apprête à diriger le « Bureau » de Tel Aviv lorsque qu’un attentat à la bombe a lieu à Paris, au Centre pour la recherche sur l’antisémitisme en France. Hannah Weinberg, son amie, y est tuée. Cette affaire est assez grave pour que Gabriel retourne sur le terrain. Il est chargé de retrouver Saladin, l’organisateur de cette attaque, et surtout d’empêcher que d’autres carnages n’aient lieu en Occident. Pour cela, il va envoyer Natalie, une jeune femme juive incarnant une Palestinienne, en Syrie, au cœur même du dispositif de Daesh. Mais rien ne se passe comme prévu…
J’ai adoré ce livre qui se dévore littéralement. L’enquête, passionnante, n’est malheureusement pas si éloignée de la vérité que ça. Mais ce qui m’a scotchée – et que j’avais pourtant déjà lu ailleurs – c’est le mode de fonctionnement des djihadistes, leurs connaissances informatiques, leur art de la transparence pour se déplacer d’un coin à l’autre du monde. Quant à la Syrie de Daesh, elle est à la fois terrifiante et déprimante. Dans cet univers très dur, l’émotion pointe ça et là et ça fait du bien!

La veuve noire, Daniel Silva, Harpers & Collins

Le poète de Gaza

le poète

Je fais un petit détour par un livre paru en 2011 et qui a obtenu le Grand Prix de la littérature policière.

Tel Aviv  fin des années 80, début des années 90. Le héros de Yshaï Sarid occupe un poste important au ministère des Renseignements. Alors que les attentats se multiplient en Israël, il participe aux interrogatoires musclés de l’entourage des suspects. Avant l’attaque, pour tenter à toute force de déjouer les explosions mortelles. Par ailleurs, on lui demande de rencontrer Daphna, un écrivain israélien. Le but de l’opération? S’approcher d’Hani, un ami palestinien très proche d’elle et très malade. Les Renseignements le font venir en Israël pour qu’il se soigne. Pas par bonté d’âme, mais pour se rapprocher du fils de ce dernier, un dangereux terroriste.

Ce qui est intéressant ici c’est la finesse avec laquelle les personnages sont abordés. Que ce soit le narrateur, qui voit sa vie voler en éclat parce qu’il travaille 24 heures sur 24 ou Daphna, l’écrivain, ancienne activiste de gauche, mère d’un fils drogué ou encore d’Hani le Palestinien sans haine, tout est nuancé. L’intrigue est bien menée, on lit le livre d’une traite. Si la situation au Moyen-Orient vous interpelle, c’est parfois intéressant de la découvrir en littérature et non pas uniquement par les journaux.

Le poète de Gaza, Yshaï Sarid, Actes Sud et Babel

 

Le lagon noir

lagon Une chose me semble sûre: même si j’adore le ton des livres d’Arnaldur Indridason, ses meilleurs romans policiers sont derrière lui. Si vous le suivez, comme moi, de livre en livre, vous savez desquels je parle: La femme en vert, La voix, La cité des jarres étaient tout bonnement extraordinaires.
Ceci étant dit, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire Le lagon noir, à plonger dans son atmosphère mystérieuse, en demi-teinte, encore renforcée par les épouvantables conditions météorologiques de l’Islande. Il y est si facile de disparaître lors d’une tempête de neige…
Tout commence pourtant par une scène presque idyllique. Une jeune femme atteinte de psoriasis se baigne régulièrement dans un lagon d’eau chaude situé dans un paysage désert. Elle s’y sent merveilleusement bien jusqu’au jour où elle touche du pied un cadavre. C’est Marion et un Erlendur alors trentenaire qui s’emparent de l’affaire et découvrent qu’il s’agit d’un homme travaillant à la base militaire américaine de Keflavik. Et c’est là que se trouve un des intérêts de ce polar. On découvre le pourquoi des relations extrêmement tendues entre la société islandaise et les citoyens de l’Oncle Sam. Parallèlement à cette enquête, Erlendur en mène une deuxième consacrée à la disparition inexpliquée d’une jeune fille 25 ans plus tôt. Si je devais le noter, je lui mettrais un 7,5/10. Parce que j’adore Erlendur, qui jeune avait déjà le petit côté vieillot qu’il gardera toujours. C’est en homme qui souffre et sa douleur lui permet d’avoir de l’empathie, parfois même pour les coupables. Et parce qu’avec lui je découvre des petits morceaux d’Islande.
Le Lagon noir, Arnaldur Indridason, Métailié