Rivière et mystères

51o++3ZcXvL._SX195_Décidément, l’eau, effrayante, mystérieuse, inspire les écrivains.  Après Summer et Par le vent pleuré, voici Au fond de l’eau paru il y a quelques mois déjà.

Dans un petit village d’Angleterre, une rivière domine le paysage mais aussi les pensées de ses habitants. Lorsque Katie, une jeune fille rayonnante de quinze ans à peine, y est retrouvée morte, la vie de tous est bouleversée. Celle de Nell plus encore, qui enquête depuis des années sur les légendes ou histoires vraies des ‘femmes à problèmes’ qui s’y seraient suicidées en se jetant du haut de la falaise ou qu’on y aurait déposées pour les faire disparaître. Aurait-elle influencé Katie? Quelques jours plus tard, le corps de Nell est, lui aussi, retiré des eaux…

Au fond de l’eau est un polar psychologique fin et bien ficelé. Il a même réussi à me faire peur. Une dizaine de personnages racontent les faits tour à tour, donnant par la même une facette ou leur version de l’histoire. Les chapitres sont très courts, ça se lit vite et bien, les surprises sont nombreuses. J’ai passé un bon moment mais je l’ai trouvé moins fort que La célèbre Fille du train du même auteur, et ça c’est un peu dommage.

Paula Hawkins, Au fond de l’eau, Sonatine

Lire un extrait

Une interview de l’auteur

 

 

Le retour de Lisbeth

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Pour une infraction commise dans le tome 4 de Millénium, on retrouve Lisbeth Salander, 1 m 50 et une intelligence hors du commun, en prison. Aux prises avec son passé, encore une fois – son tuteur vient de lui remettre de mystérieux documents. Dans la cellule voisine de la sienne, une jeune Pakistanaise est victime, chaque soir, des cruautés d’une détenue qui fait la loi dans cet établissement pénitentiaire. Ce que Lisbeth ne peut supporter… Deux histoires se coupent et se recoupent dans La fille qui rendait coup sur coup. Celle de l’enfance de l’héroïne qui l’emmène à enquêter sur des jumeaux miroirs séparés à la naissance. Et celle de la jeune Pakistanaise, issue d’une famille islamiste et victime d’un crime d’honneur.

Les bons points: C’est absolument passionnant. Je l’ai lu en un week-end et je ne pouvais plus m’arrêter. C’est un thriller bien ficelé, où tout est à sa juste place, sur deux sujets graves et intéressants.

Les moins bons: Lisbeth et Mikael Blomkvist sont devenues des silhouettes qui amènent les sujets sans presque plus y participer. Et puis l’atmosphère très politique, les questions posées sur la Suède contemporaines, chères à Stieg Larsson ont complètement disparu. La finesse aussi. Et ses lecteurs ne s’en remettront jamais!

Millénium 5, La fille qui rendait coup sur coup, David Lagercrantz, Actes Sud

Au cœur de Daesh

CVT_La-veuve-noire_8970.jpgLorsqu’on est auteur de romans d’espionnage, connaître la réalité du Proche-Orient et les dangers de Daesh est un must. De là à prévoir, avant qu’il n’ait eu lieu, un attentat de grande envergure à Paris, causé entre autres par un djihadiste vivant à Molenbeek… il y a un monde. C’est pourtant ce qui est arrivé au très doué Daniel Silva.
Son personnage récurrent, le célèbre espion israélien, Gabriel Allon, s’apprête à diriger le « Bureau » de Tel Aviv lorsque qu’un attentat à la bombe a lieu à Paris, au Centre pour la recherche sur l’antisémitisme en France. Hannah Weinberg, son amie, y est tuée. Cette affaire est assez grave pour que Gabriel retourne sur le terrain. Il est chargé de retrouver Saladin, l’organisateur de cette attaque, et surtout d’empêcher que d’autres carnages n’aient lieu en Occident. Pour cela, il va envoyer Natalie, une jeune femme juive incarnant une Palestinienne, en Syrie, au cœur même du dispositif de Daesh. Mais rien ne se passe comme prévu…
J’ai adoré ce livre qui se dévore littéralement. L’enquête, passionnante, n’est malheureusement pas si éloignée de la vérité que ça. Mais ce qui m’a scotchée – et que j’avais pourtant déjà lu ailleurs – c’est le mode de fonctionnement des djihadistes, leurs connaissances informatiques, leur art de la transparence pour se déplacer d’un coin à l’autre du monde. Quant à la Syrie de Daesh, elle est à la fois terrifiante et déprimante. Dans cet univers très dur, l’émotion pointe ça et là et ça fait du bien!

La veuve noire, Daniel Silva, Harpers & Collins

Le poète de Gaza

le poète

Je fais un petit détour par un livre paru en 2011 et qui a obtenu le Grand Prix de la littérature policière.

Tel Aviv  fin des années 80, début des années 90. Le héros de Yshaï Sarid occupe un poste important au ministère des Renseignements. Alors que les attentats se multiplient en Israël, il participe aux interrogatoires musclés de l’entourage des suspects. Avant l’attaque, pour tenter à toute force de déjouer les explosions mortelles. Par ailleurs, on lui demande de rencontrer Daphna, un écrivain israélien. Le but de l’opération? S’approcher d’Hani, un ami palestinien très proche d’elle et très malade. Les Renseignements le font venir en Israël pour qu’il se soigne. Pas par bonté d’âme, mais pour se rapprocher du fils de ce dernier, un dangereux terroriste.

Ce qui est intéressant ici c’est la finesse avec laquelle les personnages sont abordés. Que ce soit le narrateur, qui voit sa vie voler en éclat parce qu’il travaille 24 heures sur 24 ou Daphna, l’écrivain, ancienne activiste de gauche, mère d’un fils drogué ou encore d’Hani le Palestinien sans haine, tout est nuancé. L’intrigue est bien menée, on lit le livre d’une traite. Si la situation au Moyen-Orient vous interpelle, c’est parfois intéressant de la découvrir en littérature et non pas uniquement par les journaux.

Le poète de Gaza, Yshaï Sarid, Actes Sud et Babel

 

Le lagon noir

lagon Une chose me semble sûre: même si j’adore le ton des livres d’Arnaldur Indridason, ses meilleurs romans policiers sont derrière lui. Si vous le suivez, comme moi, de livre en livre, vous savez desquels je parle: La femme en vert, La voix, La cité des jarres étaient tout bonnement extraordinaires.
Ceci étant dit, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire Le lagon noir, à plonger dans son atmosphère mystérieuse, en demi-teinte, encore renforcée par les épouvantables conditions météorologiques de l’Islande. Il y est si facile de disparaître lors d’une tempête de neige…
Tout commence pourtant par une scène presque idyllique. Une jeune femme atteinte de psoriasis se baigne régulièrement dans un lagon d’eau chaude situé dans un paysage désert. Elle s’y sent merveilleusement bien jusqu’au jour où elle touche du pied un cadavre. C’est Marion et un Erlendur alors trentenaire qui s’emparent de l’affaire et découvrent qu’il s’agit d’un homme travaillant à la base militaire américaine de Keflavik. Et c’est là que se trouve un des intérêts de ce polar. On découvre le pourquoi des relations extrêmement tendues entre la société islandaise et les citoyens de l’Oncle Sam. Parallèlement à cette enquête, Erlendur en mène une deuxième consacrée à la disparition inexpliquée d’une jeune fille 25 ans plus tôt. Si je devais le noter, je lui mettrais un 7,5/10. Parce que j’adore Erlendur, qui jeune avait déjà le petit côté vieillot qu’il gardera toujours. C’est en homme qui souffre et sa douleur lui permet d’avoir de l’empathie, parfois même pour les coupables. Et parce qu’avec lui je découvre des petits morceaux d’Islande.
Le Lagon noir, Arnaldur Indridason, Métailié

Promesse

promesse-jussi-adler-olsen Quand je n’arrive pas à me concentrer sur une lecture un peu difficile, j’adore me lancer dans ce genre de bonne grosse brique que je suis sûre de ne – presque – pas lâcher avant la fin. Et celui-ci n’a pas dérogé à la règle. Si vous êtes familiers de romans policiers de Jussi-Adler Olson, sachez qu’on y retrouve les protagonistes principaux du département V, soit Carl, le commissaire bougon,  Assad l’équipier mystérieux et doué, et Rose qui prend dans cette dernière enquête beaucoup d’importance.
Le livre commence quand Christian Habersaat, un commissaire de la lointaine petite île de Bornhom appelle Carl Mock pour lui dire… qu’il est à bout. Le lendemain lors de son pot d’adieu, Christian se tire une balle dans la tête devant ses invités, ce qui fait pour le moins désordre. L’équipe de Carl prend le chemin de Bornhom et se rend compte sur place qu’il a travaillé dix-sept ans sur une affaire sans la résoudre… Alberte est-elle vraiment morte des suites d’un accident, ou a-t-elle été victime d’un crime? Carl et ses acolytes reprennent l’affaire depuis le début et plongent –avec nous- dans l’univers des sectes et de l’ésotérisme. La traduction est aboutie, le texte est agréable à lire, ce qui n’est pas à négliger. C’est rythmé, passionnant, on y rencontre un gourou charismatique, une femme jalouse et d’étranges savants. J’en aurais d’ailleurs bien lu un autre coup sur coup!
Promesse, Jussi Adler Olsen, Albin Michel

Un tout bon polar israélien

la violence en embuscade

Fragilisé par sa dernière enquête (Une disparition inquiétante, Seuil), l’inspecteur Avraham Avraham, revient à Tel Aviv après trois mois passés à Bruxelles. Alors qu’il a encore quelques jours de congé, on fait appel à lui. Une valise contenant une bombe factice ayant été déposée à la porte d’une crèche. La directrice a apparemment la main leste avec les enfants, ce qui entraîne inévitablement des conflits avec les parents… Très vite l’attention d’Avraham se porte su Chaïm, modeste traiteur un peu décalé, père de deux jeunes enfants. Son malaise pendant l’interrogatoire et l’absence de sa femme sèment le doute dans l’esprit de notre enquêteur…
Dès le début de l’histoire l’angoisse monte sans que la situation ne soit trop inquiétante et je me suis très vite demandé pourquoi. C’est que les personnages de Dror Mishani sont tellement désespérés, que ce soit Avraham en raison de l’absence de sa femme, ou Chaïm dont on sent qu’il n’a connu que des échecs, qu’ils ne peuvent que nous toucher. On l’aura compris, il s’agit ici d’un polar psychologique, l’auteur plantant de vrais personnages, à la personnalité fouillée. L’enquête que j’ai trouvée réussie, même si elle n’est pas haletante, en devient presque secondaire. Une bonne lecture pour ce week-end en tout cas!

La violence en embuscade, Dror Mishani, Seuil