Chaque seconde est un murmure

cadéo.jpg Ce roman d’Alain Cadéo est une histoire mais peut-être avant tout un livre sur le langage, où les mots sont égrenés comme des pierres précieuses et dont les lettres sont comptées…
Iwill a dix-neuf ans et il marche sans but sur les routes, au gré du vent. Il marche parce que la personne dont il était le plus proche, Catherine, est morte dans un accident de voiture, il marche aussi pour fuir la dépression de son père qui pèse comme une chape de plomb sur toute la maison. Iwill a toujours eu un lien particulier avec le langage, il s’est mis à bégayer et s’est aperçu que seul le murmure l’en empêchait. On suit son monologue libérateur et incandescent jusqu’à ce que sa route s’arrête à Luzimbapar où il est accueilli par Sarah et Laston, un couple étrange, qui vit isolé de tout, entouré par une meute de chiens. Là Iwill va confier son histoire à un grand cahier noir…
Il est presque difficile de décrire la beauté de ce court roman. Les phrases sont de dentelle et sonnent si justes qu’elles m’ont parfois laissée bouleversée. C’est un livre-bijou, un livre-poésie qui va bien au-delà de l’histoire d’Iwill et qui touche à l’universel.
Alain Cadéo, Mercure de France

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Celeste-Ng-Tout-ce-qu-on-ne-s-est-jamais-dit-240x377.jpg Ah la famille! Elle peut être notre plus grand réconfort comme notre plus grand ennemi. Et c’est ce qu’illustre ici ce roman de Céleste Ng.
Lydie, 16 ans, a disparu. A-t-elle été enlevée, a-t-elle fugué? Très vite la police découvre son corps dans le lac tout proche de la maison familiale. Tous les membres de la famille tentent de comprendre, chacun à leur manière, ce qui s’est passé. La petite soeur l’a entendue fuir la nuit, le grand frère est persuadé que la vérité est à chercher du côté d’un garçon qu’elle fréquentait. Petit à petit, j’ai presque envie de dire, strate par strate, on en sait en peu plus. On découvre le couple de ses parents, par qui tout a commencé. Le père d’origine chinoise, la mère américaine. Les pressions qu’ils ont exercé sur leur fille, inconsciemment…

Il n’est pas nécessaire de dévoiler plus de l’histoire pour comprendre que c’est un roman excellent. Sachez juste qu’il l ne s’agit pas ici d’un thriller, comme la couverture voudrait nous le faire croie, mais d’un roman psychologique, à la finesse et à la profondeur extrêmes. Si bien écrit que je l’ai dévoré en deux jours.
Céleste Ng, Sonatine

Etre ici est une splendeur

1896547070C’est en tombant par hasard sur un tableau de Paula M. Becker, une maternité alanguie que Marie Darrieussecq « rencontra » cette peintre allemande du début du 20e siècle, peu connue en France. A partir de ses lettres, de son journal et de son intime proximité avec l’artiste, elle en a conçu une biographie habitée. Très tôt, Paula ne voulut qu’une chose: peindre. En dépit des injonctions de son milieu, et même de son mariage avec un homme qu’elle aimait, cette amie très proche de Rilke, ne pensait qu’à fuir loin de toutes les contingences pour travailler. Seule femme dans un monde d’hommes. C’est ainsi qu’elle fit plusieurs séjours solitaires à Paris, travaillant, admirant les tableaux de ses contemporains: Cézanne, le Douanier Rousseau, etc. Pourtant la vie, la vraie, faite de sang et de larmes la rattrapera. Enceinte, sans qu’on sache très bien si elle désira cet enfant, Paula meurt à 31 ans des suites de son accouchement. Heureusement son oeuvre, qui se rattache à celle des expressionnistes allemands est aujourd’hui visible au Musée d’Art Moderne de Paris jusqu’au mois d’août. Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir cette exposition mais j’ai lu le livre avec à côté de moi, son catalogue (disponible entre autres chez Filigranes). Une alliance très belle des tableaux et des mots de Marie Darrieussecq.
Etre ici est une splendeur, Marie Darrieussecq, POL

La jeune épouse

la-jeune-epouse_baricco.jpgItalie du Nord, début des années 20. Une jeune fille de 18 ans débarque dans la maison d’une grande famille. Elle doit épouser le Fils. Seul problème, le Fils vit à Londres et on ne sait quand ni s’il reviendra. Commence alors une attente éprouvante parmi des personnages fantasques. La mère, une ancienne prostituée, l’Oncle atteint de narcolepsie qui dort presque 24 heures sur 24, sans oublier le fidèle serviteur, qui fait passer ses messages par des quintes de toux d’intensité différente. Quant à l’héroïne, elle reçoit là une éducation sexuelle assez particulière. On le voit, le dernier roman d’Alessandro Baricco a des allures d’étrange conte de fée.

Les plus littéraires d’entre vous aimeront que ce livre prenne aussi la forme d’une charte romanesque de l’auteur. En effet, tout au long du récit, il y a un jeu avec le narrateur, qui n’est plus omniscient (c’est à dire qu’il connaît tout des pensées de ses personnages). Au contraire, il passe, sans qu’on ne soit prévenu – et l’effet est très surprenant – la parole à l’un ou l’autre des personnages qui exprime ainsi son ressenti. En glissant des réflexions entre les lignes de l’histoire, Alessandro Baricco, nous parle de littérature, de ses ambitions et de ses limites. Et c’est vraiment intéressant. Mais ça perturbe peut-être un peu le plaisir de l’histoire. A vous de voir.

Alessandro Baricco, Gallimard

Le prétendant


Waouw, waouw, waouw! J’ai su tout de suite en m’attaquant à la toute grosse brique qu’est Le Prétendant que je le lirais jusqu’au bout et surtout très vite.L’action se passe au Danemark, plus précisément au Château, oui, oui, le même que dans la série télévisée Borgen. Les sociaux-démocrates se sont fait laminer aux dernières élections et Per Vittrup le premier ministre doit quitter sa place. Ses amis et rivaux attendent aussi qu’ils démissionnent de son poste de chef de parti. Certains piaffent d’impatience afin de prendre la relève. Tous les yeux sont tournés sur Gert Jacobsen qui attend son heure depuis longtemps. Gert est un politicien aguerri mais il a un secret: son insupportable violence. S’il a réussi à la dominer en public, sa femme en fait les frais au quotidien. Sa femme, mais aussi son assistante parlementaire d’origine turque…

Ce thriller politique est intéressant en ce qu’il décrit les secrets et petits arrangements des ministres et membres de partis. Mais il devient carrément passionnant quand il aborde la thématique de la violence domestique. Linda, l’épouse de Gert, est bouleversante. Femme à la personnalité fragile, à la jeunesse bousillée, elle tremble de peur devant son mari. Avant que les derniers coups ne viennent tout bouleverser…

Est-il encore nécessaire de vous dire que j’ai adoré et que vous ne pouvez absolument pas passer à côté de ce roman danois?

Hanne-Vibeke Holst, Éditions Héloïse d’Ormesson

Poésies (2)

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Congé au vent

A flancs de coteau du village bivouaquent des champs fournis de mimosas. À l’époque de la cueillette, il arrive que, loin de leur endroit, on fasse la rencontre extrêmement odorante d’une fille dont les bras se sont occupés durant la journée aux fragiles branches. Pareille à une lampe dont l’auréole de clarté serait le parfum, elle s’en va, le dos au soleil couchant.
Il serait sacrilège de lui adresser la parole.
L’espadrille foulant l’herbe, cédez-lui le pas du chemin. Peut-être aurez-vous la chance de distinguer sur ses lèvres la chimère de l’humidité de la Nuit?

René Char, Seuls demeurent, 1945, Gallimard

J’adore René Char, même s’il est hermétique, même si tout n’est pas compréhensible. Toujours est-il que lorsque je lis ce poème je vois devant moi ce champ de mimosa. Je sens son parfum délicieux… et je rêve.

Le Cercle

product_9782070147427_195x320.jpg Après avoir pleuré d’ennui dans une administration, Maé Holland, jeune femme intelligente et ambitieuse est engagée dans l’entreprise de ses rêves. Le Cercle, qui est au départ un fournisseur d’accès à Internet, est un mélange de Facebook et de Google. Tout y est fait pour le bonheur de ses employés. Des chambres luxueuses leur sont proposées s’ils travaillent trop tard, après le travail, ils peuvent, dans l’enceinte de l’entreprise faire du sport, danser, écouter de la musique. Le but étant qu’ils y passent un maximum de temps. Mais ce n’est pas tout. Le Cercle propose à ses employés et à ses abonnés un compte TrueYou, rassemblant absolument toutes les données les concernant, et leur enjoint d’en partager un maximum sur les réseaux sociaux…
On l’aura compris, ce roman d’anticipation met en scène, dans un avenir tout proche l’avènement du totalitarisme via nos chers réseaux sociaux. Plus aucune intimité, plus aucune liberté ne sont possibles dans un monde régi par le partage et la transparence absolue.
En ce qui concerne l’écriture, c’est bof bof. Par contre ça se lit vite et bien. Et on reste fascinés devant les dangers possibles de ce qui est devenu un de nos plus grands moyens de communication.
PS: le film est en cours de réalisation avec Emma Watson, dans le film de Maé.
Dave Eggers, Gallimard

Sorties poches

Voici trois livres, sortis entre septembre et décembre 2014 qui m’ont bouleversée et que j’ai adorés. Je suis contente pour vous, on les trouve désormais à petit prix 😉

9782757854877.jpg Jacob naît dans une famille juive de Constantine. Alors que les femmes n’ont d’autre droit que celui de nettoyer et de cuisiner, les hommes sont durcis par la pauvreté de leurs conditions de vie. Mais pas Jacob. Jacob est le doux, le gentil, celui que tout le monde aime et qui arrondit les angles. En 44 il est appelé et participe au débarquement dans le sud de la France. C’est un bon soldat, un bon camarade, qui manque juste de chance. Valérie Zenatti se glisse véritablement dans la peau de son grand-père, parle pour lui, raconte sa guerre avec émotion. Et touche à l’universel.
Jacob, Jacob, Valérie Zenatti, Points

 

 

9782757850459.jpg Ce qui frappe à la lecture de ce roman, très justement couronné par le Prix Femina 2014, c’est l’extrême misère d’Haïti, l’infinie succession de catastrophes qui y succèdent… Ici deux familles s’affrontent à l’époque des Duvalier. L’une de propriétaires terriens et de pêcheurs pauvres constamment opposée à une famille riche de la même région. Celle-ci n’a de cesse de voler les terres de la première et de rapter ses femmes. Au-delà du récit, narré d’une façon très poétique, c’est l’histoire de l’île qui surgit sur trois générations et dans toute sa désolation.
Bain de lune, Yanick Lahens, Points

 

 

9782253045335-001-T.jpeg Je ne vous dirai pas ce que vient faire l’eau du titre dans cette extraordinaire fresque romanesque, parce qu’elle est le secret, le non-dit d’Annie Oh, la mère de famille, devenue lesbienne sur le tard, et qu’on ne le découvre qu’à la toute fin du livre. Mais je peux vous dire que tous les romans de Wally Lamb sont des livres-mondes si touffus, si humains qu’ils nous font oublier notre propre vie. On y trouve tout ce qui fait l’Amérique d’aujourd’hui et plus largement le monde occidental partagé entre vision idéaliste ou plus individualiste de l’existence. Un auteur, un livre à découvrir de toute urgence.
Nous sommes l’eau, Wally Lamb, Le Livre de Poche

Mémoire de fille

annie ernaux mémoire fille Il manquait une année dans la vie et l’œuvre d’Annie Ernaux: 1958. Celle sur laquelle la grande écrivaine a longtemps tenté de travailler, sans succès. Jusqu’à ce que, cinquante ans après les faits, elle y parvienne et nous offre cet excellent livre.
En 1958, la jeune Annie a 18 ans. L’été, elle quitte son foyer, la mercerie-épicerie de ses parents, pour devenir monitrice dans une colonie. C’est là qu’elle rencontre H. le chef-moniteur, qui très vite la soumet à son désir brutal et la quitte au petit matin venu. Au grand chagrin de la jeune fille qui, pour se consoler, passe de bras en bras. Vite jugée dans la société très puritaine des années 50, elle est considérée comme une putain. Ce n’est qu’un an plus tard, à la lecture du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir qu’Annie sera elle-même choquée et honteuse de son comportement, comprenant qu’elle s’est comportée en simple objet de désir.
Annie Ernaux fait ici un extraordinaire travail de mémoire, se remémorant avec précision ses sensations de jeune fille, mais aussi prenant de la distance: l’Annie de 18 ans, c’est elle. Celle qui écrit aujourd’hui dit je. Et c’est cette distance qui permet la réflexion. Sur elle-même, l’époque et sa condition de femme. La presse ne s’y est pas trompée, saluant avec enthousiasme la sortie de Mémoire de fille. Le public non plus puisque le livre, pas si facile que ça, se situe dans le classement des dix meilleures ventes selon Livres Hebdo.
Annie Ernaux, Gallimard

Jamais sans ma liseuse (et mon ipad)

kobo-glo-hd Cela fait plus de trois ans maintenant que je suis passée à la lecture numérique. Et j’adore ça. Pourquoi?

Parce que ma liseuse est légère comme une plume et que je l’emporte partout avec moi, même dans les plus petits sacs. Alors que je prends tous les jours les transports en commun, le facteur poids a toute son importance. Fini les grosses briques de plus d’1 kg que je traînais avec moi pour lire quelques minutes seulement pendant ma pause de midi.

Parce que la page du livre est extrêmement ‘claire’ (ce qui est dû je pense à la haute définition), la lecture sur liseuse est ultra-confortable. La mienne est rétro-éclairée, et je peux lire discrètement dans le noir tout aussi bien qu’en plein soleil. En plus – et à 50 ans cela a toute son importance, personne ne me contredira – on peut agrandir les caractères.

Parce que – et c’est une des raisons les plus importantes qui m’a finalement convaincue – on trouve désormais 99 % des sorties littéraires en format de lecture numérique.

Parce que je lis beaucoup (environ deux livres par semaine quand je suis en forme, sans oublier les recueils de poésie dans lesquels je pioche, les livres pratiques…) et que j’aime l’idée d’avoir toute ma bibliothèque avec moi.

Parce que les livres numériques sont environ 30 % moins chers que les livres papier. Ce n’est pas assez pour faire exploser le marché, mais ça me fait faire des économies. Notez quand même à ce sujet qu’un Livre de poche reste moins cher qu’un livre numérique sorti récemment.

Parce que depuis que je suis divorcée, je vis dans un petit appartement, et que je n’ai plus la place pour avoir une grande bibliothèque. Cela m’a donc semblé la solution idéale, vu que je dors dans le salon et que je n’avais pas l’intention d’étouffer sous les piles de livres!
Par contre rassurez-vous, je continue à m’offrir de temps en temps un beau Pléiade pour relire mes classiques ou un livre d’art… en papier!

Quel modèle de liseuse ai-je choisi?
A une Kindle qui n’accepte que le format de fichier proposé par Amazon, j’ai préféré une Kobo Glo qui supporte le format epub, plus universel, et sur laquelle je pourrai également lire le nouveau format epub3 encore peu utilisé aujourd’hui. Les liseuses Kobo sont vendues à la Fnac.

Dans quelle librairie en ligne j’achète mes livres?
J’ai choisi la librairie www.numilog.com mais epagine.fr, par exemple, est tout aussi bien. A noter que Numilog a également une app, qui me permet, si j’ai oublié ma liseuse, de poursuivre ma lecture sur mes iphone et ipad.
Mais ce n’est pas tout…

Mes journaux et mes magazines aussi
Toujours pour payer moins et garder mon petit chez-moi net sans papiers superflus, je lis également les journaux et magazines en format numérique. J’ai ainsi un abonnement au Monde qui me revient à environ 17 euros par mois et je lis mon quotidien sur ordi ou ipad, voire même smartphone. Je lorgne également sur un abonnement numérique au Soir, un quotidien belge. Pour les magazines féminins, littéraires, d’art, de déco, d’actualité, j’ai un abonnement au kiosque numérique relay.com. Pour 19,90 euros, j’ai droit à une vingtaine de magazines par mois, bien plus que je n’en peux lire, d’ailleurs. Là aussi, je les lis sur ipad.

Voilà, vous savez tout de mes habitudes numériques. Je ne sais pas si je suis une geekette, mais je sais en tout cas que j’aime utiliser les nouvelles technologies pour me faciliter la vie. Et non le papier ne me manque pas. Ce qui compte pour moi c’est le contenu, et pas le support!