La jeune épouse

Italie du Nord, début des années 20. Une jeune fille de 18 ans débarque dans la maison d’une grande famille. Elle doit épouser le Fils. Seul problème, le Fils vit à Londres et on ne sait quand ni s’il reviendra. Commence alors une attente éprouvante parmi des personnages fantasques. La mère, une ancienne prostituée, l’Oncle atteint de narcolepsie qui dort presque 24 heures sur 24, sans oublier le fidèle serviteur, qui fait passer ses messages par des quintes de toux d’intensité différente. Quant à l’héroïne, elle reçoit là une éducation sexuelle assez particulière. On le voit, le dernier roman d’Alessandro Baricco a des allures d’étrange conte de fée.

Les plus littéraires d’entre vous aimeront que ce livre prenne aussi la forme d’une charte romanesque de l’auteur. En effet, tout au long du récit, il y a un jeu avec le narrateur, qui n’est plus omniscient (c’est à dire qu’il connaît tout des pensées de ses personnages). Au contraire, il passe, sans qu’on ne soit prévenu – et l’effet est très surprenant – la parole à l’un ou l’autre des personnages qui exprime ainsi son ressenti. En glissant des réflexions entre les lignes de l’histoire, Alessandro Baricco, nous parle de littérature, de ses ambitions et de ses limites. Et c’est vraiment intéressant. Mais ça perturbe peut-être un peu le plaisir de l’histoire. A vous de voir.

Alessandro Baricco, Gallimard

Le prétendant


Waouw, waouw, waouw! J’ai su tout de suite en m’attaquant à la toute grosse brique qu’est Le Prétendant que je le lirais jusqu’au bout et surtout très vite.L’action se passe au Danemark, plus précisément au Château, oui, oui, le même que dans la série télévisée Borgen. Les sociaux-démocrates se sont fait laminer aux dernières élections et Per Vittrup le premier ministre doit quitter sa place. Ses amis et rivaux attendent aussi qu’ils démissionnent de son poste de chef de parti. Certains piaffent d’impatience afin de prendre la relève. Tous les yeux sont tournés sur Gert Jacobsen qui attend son heure depuis longtemps. Gert est un politicien aguerri mais il a un secret: son insupportable violence. S’il a réussi à la dominer en public, sa femme en fait les frais au quotidien. Sa femme, mais aussi son assistante parlementaire d’origine turque…

Ce thriller politique est intéressant en ce qu’il décrit les secrets et petits arrangements des ministres et membres de partis. Mais il devient carrément passionnant quand il aborde la thématique de la violence domestique. Linda, l’épouse de Gert, est bouleversante. Femme à la personnalité fragile, à la jeunesse bousillée, elle tremble de peur devant son mari. Avant que les derniers coups ne viennent tout bouleverser…

Est-il encore nécessaire de vous dire que j’ai adoré et que vous ne pouvez absolument pas passer à côté de ce roman danois?

Hanne-Vibeke Holst, Éditions Héloïse d’Ormesson

Poésies (2)

Congé au vent

A flancs de coteau du village bivouaquent des champs fournis de mimosas. À l’époque de la cueillette, il arrive que, loin de leur endroit, on fasse la rencontre extrêmement odorante d’une fille dont les bras se sont occupés durant la journée aux fragiles branches. Pareille à une lampe dont l’auréole de clarté serait le parfum, elle s’en va, le dos au soleil couchant.
Il serait sacrilège de lui adresser la parole.
L’espadrille foulant l’herbe, cédez-lui le pas du chemin. Peut-être aurez-vous la chance de distinguer sur ses lèvres la chimère de l’humidité de la Nuit?

René Char, Seuls demeurent, 1945, Gallimard

J’adore René Char, même s’il est hermétique, même si tout n’est pas compréhensible. Toujours est-il que lorsque je lis ce poème je vois devant moi ce champ de mimosa. Je sens son parfum délicieux… et je rêve.

Le Cercle

Après avoir pleuré d’ennui dans une administration, Maé Holland, jeune femme intelligente et ambitieuse est engagée dans l’entreprise de ses rêves. Le Cercle, qui est au départ un fournisseur d’accès à Internet, est un mélange de Facebook et de Google. Tout y est fait pour le bonheur de ses employés. Des chambres luxueuses leur sont proposées s’ils travaillent trop tard, après le travail, ils peuvent, dans l’enceinte de l’entreprise faire du sport, danser, écouter de la musique. Le but étant qu’ils y passent un maximum de temps. Mais ce n’est pas tout. Le Cercle propose à ses employés et à ses abonnés un compte TrueYou, rassemblant absolument toutes les données les concernant, et leur enjoint d’en partager un maximum sur les réseaux sociaux…
On l’aura compris, ce roman d’anticipation met en scène, dans un avenir tout proche l’avènement du totalitarisme via nos chers réseaux sociaux. Plus aucune intimité, plus aucune liberté ne sont possibles dans un monde régi par le partage et la transparence absolue.
En ce qui concerne l’écriture, c’est bof bof. Par contre ça se lit vite et bien. Et on reste fascinés devant les dangers possibles de ce qui est devenu un de nos plus grands moyens de communication.
PS: le film est en cours de réalisation avec Emma Watson, dans le film de Maé.
Dave Eggers, Gallimard

Sorties poches

Voici trois livres, sortis entre septembre et décembre 2014 qui m’ont bouleversée et que j’ai adorés. Je suis contente pour vous, on les trouve désormais à petit prix 😉

Jacob naît dans une famille juive de Constantine. Alors que les femmes n’ont d’autre droit que celui de nettoyer et de cuisiner, les hommes sont durcis par la pauvreté de leurs conditions de vie. Mais pas Jacob. Jacob est le doux, le gentil, celui que tout le monde aime et qui arrondit les angles. En 44 il est appelé et participe au débarquement dans le sud de la France. C’est un bon soldat, un bon camarade, qui manque juste de chance. Valérie Zenatti se glisse véritablement dans la peau de son grand-père, parle pour lui, raconte sa guerre avec émotion. Et touche à l’universel.
Jacob, Jacob, Valérie Zenatti, Points

 

 

Ce qui frappe à la lecture de ce roman, très justement couronné par le Prix Femina 2014, c’est l’extrême misère d’Haïti, l’infinie succession de catastrophes qui y succèdent… Ici deux familles s’affrontent à l’époque des Duvalier. L’une de propriétaires terriens et de pêcheurs pauvres constamment opposée à une famille riche de la même région. Celle-ci n’a de cesse de voler les terres de la première et de rapter ses femmes. Au-delà du récit, narré d’une façon très poétique, c’est l’histoire de l’île qui surgit sur trois générations et dans toute sa désolation.
Bain de lune, Yanick Lahens, Points

 

 

Je ne vous dirai pas ce que vient faire l’eau du titre dans cette extraordinaire fresque romanesque, parce qu’elle est le secret, le non-dit d’Annie Oh, la mère de famille, devenue lesbienne sur le tard, et qu’on ne le découvre qu’à la toute fin du livre. Mais je peux vous dire que tous les romans de Wally Lamb sont des livres-mondes si touffus, si humains qu’ils nous font oublier notre propre vie. On y trouve tout ce qui fait l’Amérique d’aujourd’hui et plus largement le monde occidental partagé entre vision idéaliste ou plus individualiste de l’existence. Un auteur, un livre à découvrir de toute urgence.
Nous sommes l’eau, Wally Lamb, Le Livre de Poche

Mémoire de fille

Il manquait une année dans la vie et l’œuvre d’Annie Ernaux: 1958. Celle sur laquelle la grande écrivaine a longtemps tenté de travailler, sans succès. Jusqu’à ce que, cinquante ans après les faits, elle y parvienne et nous offre cet excellent livre.
En 1958, la jeune Annie a 18 ans. L’été, elle quitte son foyer, la mercerie-épicerie de ses parents, pour devenir monitrice dans une colonie. C’est là qu’elle rencontre H. le chef-moniteur, qui très vite la soumet à son désir brutal et la quitte au petit matin venu. Au grand chagrin de la jeune fille qui, pour se consoler, passe de bras en bras. Vite jugée dans la société très puritaine des années 50, elle est considérée comme une putain. Ce n’est qu’un an plus tard, à la lecture du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir qu’Annie sera elle-même choquée et honteuse de son comportement, comprenant qu’elle s’est comportée en simple objet de désir.
Annie Ernaux fait ici un extraordinaire travail de mémoire, se remémorant avec précision ses sensations de jeune fille, mais aussi prenant de la distance: l’Annie de 18 ans, c’est elle. Celle qui écrit aujourd’hui dit je. Et c’est cette distance qui permet la réflexion. Sur elle-même, l’époque et sa condition de femme. La presse ne s’y est pas trompée, saluant avec enthousiasme la sortie de Mémoire de fille. Le public non plus puisque le livre, pas si facile que ça, se situe dans le classement des dix meilleures ventes selon Livres Hebdo.
Annie Ernaux, Gallimard

Jamais sans ma liseuse (et mon ipad)

Cela fait plus de trois ans maintenant que je suis passée à la lecture numérique. Et j’adore ça. Pourquoi?

Parce que ma liseuse est légère comme une plume et que je l’emporte partout avec moi, même dans les plus petits sacs. Alors que je prends tous les jours les transports en commun, le facteur poids a toute son importance. Fini les grosses briques de plus d’1 kg que je traînais avec moi pour lire quelques minutes seulement pendant ma pause de midi.

Parce que la page du livre est extrêmement ‘claire’ (ce qui est dû je pense à la haute définition), la lecture sur liseuse est ultra-confortable. La mienne est rétro-éclairée, et je peux lire discrètement dans le noir tout aussi bien qu’en plein soleil. En plus – et à 50 ans cela a toute son importance, personne ne me contredira – on peut agrandir les caractères.

Parce que – et c’est une des raisons les plus importantes qui m’a finalement convaincue – on trouve désormais 99 % des sorties littéraires en format de lecture numérique.

Parce que je lis beaucoup (environ deux livres par semaine quand je suis en forme, sans oublier les recueils de poésie dans lesquels je pioche, les livres pratiques…) et que j’aime l’idée d’avoir toute ma bibliothèque avec moi.

Parce que les livres numériques sont environ 30 % moins chers que les livres papier. Ce n’est pas assez pour faire exploser le marché, mais ça me fait faire des économies. Notez quand même à ce sujet qu’un Livre de poche reste moins cher qu’un livre numérique sorti récemment.

Parce que depuis que je suis divorcée, je vis dans un petit appartement, et que je n’ai plus la place pour avoir une grande bibliothèque. Cela m’a donc semblé la solution idéale, vu que je dors dans le salon et que je n’avais pas l’intention d’étouffer sous les piles de livres!
Par contre rassurez-vous, je continue à m’offrir de temps en temps un beau Pléiade pour relire mes classiques ou un livre d’art… en papier!

Quel modèle de liseuse ai-je choisi?
A une Kindle qui n’accepte que le format de fichier proposé par Amazon, j’ai préféré une Kobo Glo qui supporte le format epub, plus universel, et sur laquelle je pourrai également lire le nouveau format epub3 encore peu utilisé aujourd’hui. Les liseuses Kobo sont vendues à la Fnac.

Dans quelle librairie en ligne j’achète mes livres?
J’ai choisi la librairie www.numilog.com mais epagine.fr, par exemple, est tout aussi bien. A noter que Numilog a également une app, qui me permet, si j’ai oublié ma liseuse, de poursuivre ma lecture sur mes iphone et ipad.
Mais ce n’est pas tout…

Mes journaux et mes magazines aussi
Toujours pour payer moins et garder mon petit chez-moi net sans papiers superflus, je lis également les journaux et magazines en format numérique. J’ai ainsi un abonnement au Monde qui me revient à environ 17 euros par mois et je lis mon quotidien sur ordi ou ipad, voire même smartphone. Je lorgne également sur un abonnement numérique au Soir, un quotidien belge. Pour les magazines féminins, littéraires, d’art, de déco, d’actualité, j’ai un abonnement au kiosque numérique relay.com. Pour 19,90 euros, j’ai droit à une vingtaine de magazines par mois, bien plus que je n’en peux lire, d’ailleurs. Là aussi, je les lis sur ipad.

Voilà, vous savez tout de mes habitudes numériques. Je ne sais pas si je suis une geekette, mais je sais en tout cas que j’aime utiliser les nouvelles technologies pour me faciliter la vie. Et non le papier ne me manque pas. Ce qui compte pour moi c’est le contenu, et pas le support!

En attendant Bojangles

Sous les yeux de leur fils ébloui, un couple danse, amoureusement, langoureusement sur Mister Bojangles de Nina Simone. Ces deux-là s’aiment d’amour fou et se sont créés un univers à leur mesure, fait de fêtes où des cocktails multicolores se boivent comme de la limonade, où on fait valser les importuns dans la piscine. Quant au printemps, il se célèbre dans leur propre château en Espagne… Mais de la folie douce, on bascule vite dans la folie pure…
Ce premier roman d’un inconnu, Olivier Bourdeaut, caracole en tête des meilleures ventes (on en est à 80.000 environ). Il s’est fait connaître par le bouche-à-oreille, plaît autant au public qu’aux critiques. Pourquoi? Comment peut-on résister à une si belle histoire écrite dans une langue à la fois classique et poétique. Aux amandiers en fleurs d’Espagne. A un récit dont la fantaisie rappelle celle de Boris Vian. Un exemple? Lorsqu’il est puni, le petit garçon est obligé de regarder la télévision. Un adorable pied de nez à notre époque, où les enfants même très jeunes ne peuvent vivre sans écran. C’est un roman court, 150 pages, et il se lit quasi d’une traite. L’image d’une jeune femme en chemise blanche nageant dans un lac bleu profond ne nous quittera plus, et c’est le cœur serré qu’on range le livre dans sa bibliothèque ou qu’on le prête vite aux amis!

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, Finitudes

Poésies (1)

J’ai tant rêvé de toi 

Robert Desnos (1900-1945)
J’ai tant rêvé de toi
J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser
sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère?

J’ai tant rêvé de toi
que mes bras habitués en étreignant ton ombre
à se croiser sur ma poitrine
ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne
depuis des jours et des années,
je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi
qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi,
la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes
lèvres que les premières lèvres et le premier front venu.

J’ai tant rêvé de toi,
tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
qu’il ne me reste plus peut-être,
et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

Desnos, Oeuvres, Quarto Gallimard

J’adore la poésie. Pour l’alliance des sons qui se répondent et des sentiments les plus extrêmes. A l’époque de ma cinquième secondaire, on allait vraiment au fond des choses et je me souviens de mon éblouissement devant les poèmes de Baudelaire, Rimbaud, Verlaine… Ce texte-ci je l’ai découvert par hasard. J’avais 20 ans, j’étais extrêmement timide avec les garçons. Et cette idée de rêver plus que de vivre m’était très familière. Je le relis souvent et j’avais envie de le partager avec vous.

En plus Robert Desnos était un type bien. Surréaliste, résistant, il a été arrêté par la Gestapo et est mort jeune au camp de Theresienstadt.

 

 

Réflexions livresques

« Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. » Jules Renard

Dans ma pile de livres des prochains jour il y a En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, qui caracole en tête des ventes  de romans (chiffres Livres Hebdo), Envoyée spéciale de Jean Echenoz, Le Mariage de plaisir de Thahar Ben Jelloun. Et parce que j’aime varier les plaisirs , également ce qu’on appelle aujourd’hui un Feelgood book (un livre dont on ressort heureux et le sourire aux lèvres), La bibliothèque des coeurs cabossés. J’y ajouterai certainement aussi quelques chapitres de l’Esprit du Judaïsme  de Bernard Henry Lévy. Eh oui j’aime mélanger les genres. Je prends parfois autant de plaisir à lire un livre léger comme une série télévisée que ce qu’on appelle la grande littérature. A l’heure où d’après les chiffres et les enquêtes, les gens lisent de moins en moins, peut-être que le message qu’on devrait leur faire passer c’est justement: lisez n’importe quoi, mais lisez. Mélangez les genres, commencez par un bon polar (j’adore), n’ayez pas peur de choisir de la littérature à l’eau de rose, laissez-vous conseiller ensuite par un libraire pout tenter quelque chose de plus difficile. Mais n’abandonnez pas. Sur papier, liseuse, ou tablette, plongez-vous dans une bonne histoire pour atteindre ce bonheur dont parle Jules Renard. cette envie de vous pelotonner sous un plaid et de vous fermer au monde qui vous entoure, pour vous ouvrir à un autre… Tout cela me fait penser aux sacs que la Librairie Filigranes à Bruxelles vient de faire fabriquer. Sur fond blanc, une injonction: Lisez, nom de Dieu! Je ne serai peut-être pas aussi brutale… mais disons que je n’en pense pas moins.