La vie parfaite

la vie parfaite.jpg Il y a de la rudesse, de la détresse et du désespoir dans ce roman de l’Italienne Siliva Avallone. Qui a deux thèmes principaux.

La vie dans la banlieue pauvre de Bologne, les hommes absents, souvent en prison, les mères qui ont baissé les bras, les jeunes sans horizon. Et la maternité, celle subie d’Adele, 17 ans, celle refusée à Dora, 30 ans, la plongeant dans des accès de folie.

Tous les personnages du roman se connaissent ou se sont connus, sont liées par de petits fils, ceux de l’école, ou de la barre de tours dans lesquels ils vivent. Et dans cette noirceur, il y a l’espoir incarné par Zinio, le voisin d’Adele. Il est brillant et fréquente une école loin de la Cité. Et tente de sauver la jeune fille d’elle-même…

Les personnages se dévoilent peu à peu, révélant au fur et à mesure des parts de leur passé. Le roman accroche et retient ses lecteurs. Une belle découverte, en tout cas!

La vie parfaite, Silvia Avallone, Liana Levi

Le cauchemar de la colonisation

Il est à toi.jpg J’avais déjà vaguement entendu dire que la colonisation de l’Afrique et principalement du Congo avait été une immense boucherie mais avant cette lecture je ne me doutais pas à quel point. Dans un vaste roman, extrêmement bien documenté, Jennifer Richard nous emmène au cœur du Congo, à la suite des explorateurs Livingstone et Stanley, défricheurs d’immenses territoires.

Elle nous offre une entrée au Palais de Laeken chez Léopold II, roi de Belgique et du cynisme, désireux avant tout d’agrandir son territoire, nous ouvre les coulisses de la conférence de Berlin où les Européens (Belges, Français, Anglais, Portugais, Allemands) se sont partagés à la règle le continent noir – il n’y a qu’à regarder une carte pour s’en convaincre.

Sous prétexte de faire disparaître l’esclavage et d’apporter la civilisation européenne en Afrique, la colonisation fut au contraire une course à l’ivoire, au caoutchouc, au diamant, sans aucunement se soucier des tribus vivant sur place, les dressant les unes contre les autres dans des massacres sans fin.

Les personnages principaux et secondaires de ce roman sont finement décrits, le contexte historique clairement raconté, le récit est tellement passionnant qu’on avale le plus vite possible les 800 pages de cet excellent roman. Une histoire qu’on devrait enseigner dans toutes les écoles de Belgique, pour remettre les choses à leur place.

Il est à toi ce beau pays, Jennifer Richard, Albin Michel

Douces déroutes

Douces-deroutes J’avais adoré Bain de Lune, Prix Femina 2014, roman narrant l’histoire d’Haïti à travers des générations de femmes. Rétrécissant sa focale, Yannick Lahens, situe Douces déroutes à Port-au- Prince, entre la faim, la misère, la richesse et la corruption du pouvoir.

La personnalité d’un juge intègre, tué pour avoir trop parlé, plane sur tout le roman. Autour de Pierre, son beau-frère qui veut connaître la vérité, se rassemblent Brune, sa fille, chanteuse émouvante et magnifique, Ezéchiel le révolutionnaire crève-la faim, Francis le journaliste, et d’autres. Que faire dans un pays aussi déglingué, aussi corrompu qu’Haiti. Fuir? Rester?

Le propos est poignant. Car même lorsque le tueur de la mafia sera découvert, personne n’osera parler, aucune justice ne sera envisagée. La seule douceur de l’histoire émanant des liens d’amitié et d’amour qui lient les protagonistes. Le style de Yannick Lahens, magnifique, mêle à la prose poésie, chansons et musique, nous confrontant à la terrible réalité de son lieu de vie
Douces déroutes, Yannick Lahens, Editions Sabine Wespieser

Le Tonneau magique

Le-tonneau-magique Ils s’appellent Finkle, Sobel, Rosen, Feld et les sonorités de leur nom yddish rappellent le monde d’autrefois… Ils sont cordonnier, tailleur, étudiant, et leurs difficultés, leur pauvreté, évoquent la dureté de la vie dans l’Amérique du début des années 50. Et plus particulièrement dans Brooklin la juive.

Le Tonneau Magique, écrit par Bernard Malamud – un des plus grands écrivains juis américains aux côtés de Saul Bellow et Philip Roth – entre 1950 et 1958, vient de se voir offrir une nouvelle traduction. Et ces treize nouvelles sont un régal. Perfection de l’écriture d’abord, chaque texte, longuement retravaillé par l’auteur, absurde ou tragique, est un pur bonheur.

Qu’il s’agisse de Sobel dans Les sept premières années, qui travaille sept ans chez un cordonnier par amour pour la fille de son patron ou de Levin, dans La Dame du lac, qui gâche par ses mensonges une chance de bonheur ou encore des onze autres nouvelles, on est avant tout frappé par la grande économie de moyens utilisés par Bernard Malamud. En quelques pages, un destin est raconté et nous devient tout aussi proche que ceux qui nous entourent. L’auteur témoigne de tant de tendresse et de bienveillance pour ses héros malchanceux qu’on n’a plus envie de les quitter. Certains sont de magnifiques « schlemazel », littéralement des malchanceux, en yddish La Shoah dont ils sont tous des survivants est présente mais seulement en filigrane.

Je n’avais jamais rien lu de Bernard Malamud et je suis très heureuse d’avoir réparé cet oubli. Son tonneau magique est devenu un de mes livres de chevet.

Le Tonneau magique, Bernard Malamud, traduction de Josée Kamoun, Editions Rivages

Les Inséparables

Les inés Robbie et Emily, deux inséparables, qui après plus de 40 ans de vie commune, s’aiment comme au premier jour. Cela pourrait être une histoire d’amour banale et pourtant… Ils ne se sont jamais mariés, ont dû adopter leur fils, sont en rupture totale avec leur famille d’origine. Et tous ces mystères ne seront résolus qu’à la toute fin du livre, au début de leur histoire, puisque les Inséparables a une particularité: commencer par la fin, justement.

Cela pourrait être un procédé artificiel, mais l’auteur, Julie Cohen, l’a tellement bien intégré, que la narration est extrêmement fluide. Ses personnages sont authentiques, ont de la profondeur. La présence de l’Océan sur le leur lieu de vue l’accentuant encore. Le sujet interpelle. Voilà tout ce qui fait le charme et l’originalité des Inséparables. Si vous avez commencé à préparer la pile de vos livres de vacances, je vous conseille de l’y glisser.

Lu d’une traite, approuvé et beaucoup aimé!

Les Inséparables, Julie Cohen, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josette Chicheportiche, Mercure de France

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Vengeance!

pierre-lemaitre-couleurs-incendie.jpg C’est avec le nouveau livre de Pierre Lemaître, Couleurs de l’incendie, que je commence mes chroniques de la rentrée de janvier 2018.

Un roman qui a tout du feuilleton du 19e siècle: une suite  du Goncourt 2013 Au revoir là-haut, une histoire qui nous tient en haleine jusqu’au bout, de la connivence créée avec le lecteur, un ton jubilatoire – on s’amuse des pires horreurs –, des personnages truculents, un récit qui doit beaucoup au Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas.
L’héroïne en est Madeleine Péricourt, la très discrète soeur d’Edouard, le poilu d’Au revoir là-haut. Lorsqu’on la retrouve en 1927, son père, Marcel,  vient de mourir. Et lors de son enterrement, Paul, son petit garçon de sept ans, saute du deuxième étage de la maison familiale et atterrit disloqué sur le cercueil de son grand-père. Il en sort paralysé à vie. Quant à Madeleine, elle plonge dans une profonde dépression. C’est ce moment que choisissent ses proches – tous sans exception – pour comploter contre elle et la dépouiller de sa fortune. Se retrouvant sans le sou, Madeleine n’aura de cesse de se venger d’eux, un à un, et de retrouver son argent et son rang.
Il est aussi question ici de politique, de moteurs d’avion à réaction, de fraude fiscale et de pédophilie – des maux présents de tout temps – d’opéra, de publicité et de la montée du nazisme. C’est passionnant, foisonnant et bonne nouvelle, Pierre Lemaître projette d’écrire un troisième tome. à son histoire
Couleurs d’incendie, Pierre Lemaître, Albin Michel

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Amour et folie

CVT_La-salle-de-bal_8190.jpg Jusque dans la première moitié du 20e siècle, en Angleterre on trouvait beaucoup de monde dans les asiles de fous. Aussi bien des mélancoliques que des jeunes filles révoltées dont on ne savait que faire. A condition, bien sûr, qu’ils soient pauvres. On réfléchissait aussi beaucoup à la façon dont lesdits pauvres devaient cesser de se reproduire. Séparation au sein des asiles des hommes et des femmes ou carrément eugénisme et stérilisation, une théorie soutenue un temps par Churchill, alors ministre de l’Intérieur (nous sommes en 1911). C’est sur ce arrière-plan historique et dramatique qu’est construit La salle de bal.

Internée de force à Shartston, un asile du Yorkshire, parce qu’elle a cassé une vitre de la filature où elle travaillait, Ella y rencontre John. Dans ce monde très dur, où les malades côtoient les sains d’esprit, où tout n’est qu’ordres et obligations, où un médecin, « savant fou » joue avec ses patients pour confirmer ses théories, leur relation va apporter un peu de lumière. Chaque vendredi, ils se retrouvent dans la salle de bal de l’asile, une merveille architecturale, ou une fois par semaine hommes et femmes peuvent enfin se rencontrer…

J’ai lu ce roman le coeur serré par l’émotion tant la situation décrite est profondément injuste. Les personnages principaux – Ella, John, mais aussi Clem qui se réfugie dans la lecture pour oublier ce qui l’entoure – leurs sentiments, sont racontés tout en pudeur et en délicatesse. La romancière britannique Anna Hope, nous avait déjà enchantés avec Le chagrin des vivants (Folio).  Elle joint ici ce qu’il faut de drame pour nous emporter, et ce qu’il faut de talent pour nous retenir.

Les prix d’automne 2017

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Je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais de L’ordre du jour d’Eric Vuillard (Actes Sud), prix Goncourt 2017, mais il y a tous les autres prix. Je n’ai pas lu la plupart d’entre eux mais j’en ai entendu beaucoup de bien. Petit récap.

Prix Le Monde, décerné au mois de septembre: L’art de perdre, d’Alice Zeniter, Gallimard. Lu, approuvé, adoré. Une fresque qui court sur trois générations et qui raconte le destin d’une famille de harkis. Je lui consacrerai tout bientôt une chronique.

Prix Renaudot: La disparition de Joseph Mengele d’Olivier Guez, Grasset. Extraordinaire récit des années de fuite du nazi Joseph Mengele en Amérique du Sud. Précision et distance sont les outils utilisés pour reconstituer l’itinéraire d’un monstre. Voir ma chronique.

Prix Fémina: La serpe de Philippe Jeanada, Julliard. Une toute grosse brique (mieux vaut prévenir) qui revient sur l’affaire Henri Girard, accusé d’un triple meurtre. Une fois acquitté, ce dernier écrira sous le pseudonyme Georges Arnaud, le génial Salaire de la peur. En plus d’être un roman de procès, La Serpe, est aussi celui de l’amour filial. Beau, sombre et tendre.

Prix Femina étranger: Ecrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till de John Edgar Wideman, Gallimard. Le mot de l’éditeur: En 1955, Emmett Till prend le train à Chicago pour rendre visite à sa famille dans le Mississippi. Accusé d’avoir sifflé une femme blanche, l’adolescent noir est kidnappé et assassiné. Ses meurtriers, blancs, seront acquittés. Habité par ce fait divers qui a marqué l’Amérique, l’auteur décide d’enquêter sur les circonstances douteuses de cette exécution.

Prix Médicis: Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel, Gallimard. Le mot de l’éditeur: Un homme a écrit un scénario sur la vie de Herman Melville : The Great Melville, dont aucun producteur ne veut. Un jour, on lui procure le numéro de téléphone du grand cinéaste américain Michael Cimino, le réalisateur mythique de Voyage au bout de l’enfer et de La Porte du paradis. Une rencontre a lieu à New York: Cimino lit le manuscrit. S’ensuivent une série d’aventures rocambolesques… Un roman complètement fou.

Prix Médicis étranger: Les huit montagnes de Paolo Cognetti, Stock. Le mot de l’éditeur: Pietro est un garçon de la ville, Bruno un enfant des montagnes.  Ils ont 11 ans et tout les sépare. Dès leur rencontre au coeur du val d’Aoste, Bruno initie Pietro aux secrets de la  montagne.Vingt ans plus tard, c’est là et auprès  de ce même ami que Pietro tentera de se réconcilier avec son  passé – et son avenir. Paolo Cognetti mêle  l’intime à l’universel et signe un grand roman d’apprentissage.

Prix de l’Académie française: Daniel Rondeau, la mécanique du chaos, Grasset. Le mot de l’éditeur: Et si la fiction était le meilleur moyen pour raconter un monde où l’argent sale et le terrorisme mènent la danse? Mécaniques du chaos est un roman polyphonique d’une extraordinaire maîtrise qui se lit comme un thriller. Il nous emporte des capitales de l’Orient compliqué aux friches urbaines d’une France déboussolée, des confins du désert libyen au cœur du pouvoir parisien, dans le mouvement d’une Histoire qui ne s’arrête jamais.

Lettres à Anne

BLA_Mitterrand_Lettres_CV.indd On peut aimer ou pas François Mitterrand, sa politique, sa personnalité complexe, ses mensonges et son mystère. Mais on ne peut pas lui enlever ses qualités d’écrivain. Et quand on est soi-même amateur de belles lettres et romantique, on ne peut qu’admirer les lettres qu’il a écrites à Anne Pingeot, son amour, la femme de sa vie, sa maîtresse cachée. Je m’y suis plongée avec délices (Je vous l’avoue je n’ai lu que quatre cents des mille deux cents pages que compte le volume), admirant, m’émouvant. On y découvre une autre facette de l’homme public, dépendant du regard et de la présence de la femme aimée. Et on suit également le parcours de l’homme politique, régénéré par l’amour après le scandale de l’Observatoire, et poursuivant la course qui le mènera à la présidence. Ces lettres sont aussi belles qu’intéressantes et c’est bien dommage que l’on n’écrive plus comme cela aujourd’hui.
Fançois Mitterrand, Gallimard

Rentrée littéraire 2016


Eh oui, depuis ce matin c’est reparti! Sortie du magazine Lire en kiosques pour faire son choix et surtout de nouveautés parmi les quelque 550 romans prévus pour cette rentrée 2016. Vous le voyez sur la photo, ma pile est plutôt modeste, mais je n’ai pas eu envie d’avaler des kilomètres de pages à tout prix cet été. J’ai choisi de me reposer et peut-être de lire mieux, plus lentement. Dès demain, je publierai la chronique d’une nouveauté, mais je prendrai aussi des chemins de traverse, parlerai de livres qui m’ont échappé plus tôt dans l’année, voire peut-être même de classiques. On verra où me mèneront mes envies. Belles lectures à vous, chers lecteurs, et n’oubliez pas de venir partager vos choix littéraires dans les commentaires.