J’ai lu Fifty Shades of Grey

… ou en français Cinquante nuances de Grey. Et… j’ai été abasourdie par l’exécrable qualité de la langue, sa pauvreté, l’incroyable nunucherie de l’histoire. Si ça m’a donné des idées? Comme je ne fantasme ni sur la soumission, ni sur la fessée ni sur les coups de cravache, non pas vraiment. Et puis on a compris, Christian Grey, est beau, mais est-il bien nécessaire de répéter toutes les trois pages, qu’il sent le frais? N’y a-t-il pas plus érotique comme argument? Bon je sais ce n’est pas érotique, c’est du porno soft. Mais cela justifie-t-il la bêtise? Et cette épouvantable image de la femme que donne le livre? Si vous cherchez des idées et des émotions, lisez plutôt de vrais auteurs de littérature érotique, comme Régine Desforges par exemple. Ou faites vous conseiller. Chez Filigranes, cela fait longtemps qu’il y a un rayon entier consacré au sujet.

Des Japonaises aux Etats-Unis

C’est un petit bijou de poésie et de sensibilité. L’histoire, poignante, de femmes dont certaines, très jeunes, venues aux Etats-Unis épouser des compatriotes déjà installés sur-place. Alors qu’elles croient y mener une vie aisée, elles sont trompées sur toute la ligne. Leur nuit de noces s’apparente à un viol et leur existence est uniquement vouée au travail le plus dur, celui de la terre. L’originalité du récit tient au fait que le sujet est un nous pluriel, évoquant tour à tour toutes ces femmes. L’effet, lancinant, rend encore plus palpable la douleur de ces presque esclaves. Dont la vie s’aggravera encore lors de l’attaque des Etats-Unis par le Japon. Certaines n’avaient jamais vu la mer a remporté le prix Fémina étranger, un prix plus que mérité.

Ouragan

De Laurent Gaudé, toujours, vient de sortir chez Babel, en édition de poche, Ouragan. Sans qu’il ne soit jamais nommé, c’est de l’ouragan Katerina qu’il s’agit et de ses répercussions sur une dizaine de personnages. Tandis que la plupart des habitants fuient La Nouvelle Orléans inondée et dévastée, certains décident de rester. Il y a Joséphine, la vieille « négresse » presque centenaire qui incarne à elle seule la douleur et la fierté des Noirs, Rose et son petit garçon qu’elle ne parvient pas à aimer, Keanu qui décide de rejoindre la ville pour la retrouver, un groupe de prisonniers évadés et un Révérend complètement illuminé. Plutôt que d’observer l’ouragan de haut, Laurent Gaudé s’attache à décrire la part, ô combien humaine, de chacun, alors que les éléments se déchaînent. Pascal parlait hier de poésie pour décrire le style de l’auteur, je lui ajouterais aujourd’hui le terme de chant. Car s’est d’un roman choral qui s’agit, les voix des personnages s’entremêlant, sans que jamais la clarté du propos ne se perde. On est ici face à un des plus beaux rôles de la littérature, celui de donner à voir, à saisir, bien mieux que mille reportage, un fait réel.   
Ouragan, Laurent Gaudé, Babel

Deux soeurs

Je suis Judith Glass depuis ses débuts et j’avais adoré son bouleversant premier roman, Jours de juin, qui dépeignait un couple homosexuel aux prises avec le sida. On est loin de ce sujet mais peut-être encore plus près de l’intime dans Louisa et Clem, l’histoire de deux sœurs qu’en apparence tout sépare. L’une est céramiste, passionnée d’art et vit à New-York, l’autre consacre sa vie aux animaux en voie de disparition et pour cela voyage aux quatre coins de la planète. Sur une période de 20 ans, elles prennent la parole l’une après l’autre, évoluant chacune à leur façon et évoquant leurs rapports aux parents et aux hommes, leurs accidents et changements de vie. Les deux femmes qui se retrouvent à chaque tournant, sont décrites avec finesse dans toute leur complexité. Si j’ai eu un peu de mal à vraiment entrer dans le roman, la fin, dramatique, m’a prise par surprise et… prise à la gorge.
Louisa et Clem, Judith Glass, Editions des Deux Terres et J’ai Lu

Les règles du jeu

Si je ne devais vous conseiller qu’un seul livre à lire pendant ce beau week-end ensoleillé, ce serait celui-là. Parce que Les règles du jeu d’Amor Towles est peut-être un premier roman, mais ce n’en est pas moins le plus abouti que j’ai lu depuis longtemps.
New York, années 30. Kathey Kontent est dactylo dans un grand cabinet d’avocats. Fille d’émmigrés russes, elle fait tout ce qu’elle peut pour faire oublier ses origines et rêve de pénétrer les hautes sphères de Manhattan. La rencontre de Tinker Grey, un jeune banquier, lui permet de se rapprocher de son projet… jusqu’à un brutal retournement de situation.
Ce que j’ai aimé: la grande complexité des personnages qui ne se retrouvent jamais où on les attend. Et puis l’atmosphère unique de New-York, baignée dans les accents du jazz, et où l’on noie ses angoisses dans les volutes des Martini. Ma-gni-fi-que!
Chez Albin Michel

Alors la liseuse électronique?

J’ai reçu pour mon anniversaire une tablette Cybook Opus. Cela faisait longtemps que j’en avais envie… et je ne n’ai – presque – pas été déçue. Mettons d’abord les choses au clair: non je n’arrêterai pas d’acheter des livres. Parce que l’offre éléctronique n’est pas encore très variée et que les livres vendus en format éléctroniques sont à peine moins chers que leurs équivalents papier. Et puis la liseuse éléctronique telle qu’elle existe aujourd’hui (en noir et blanc) ne rend vraiment pas hommage au livre d’art par exemple. Pour le moment, je me contente de classiques de la littérature que je télécharge gratuitement, j’en découvre certains, j’en redécouvre d’autres. Ceux-ci sont très faciles à trouver – entre autres sur le Project Guttenberg – se téléchargent en quelques secondes et se transfèrent de l’ordinateur à la  tablette tout aussi rapidement.
Les réels avantages à mes yeux de la liseuses électronique? Sa petite taille, sa légèreté et sa capacité de stockage. Je me déplace en transports en commun, je transporte déjà dans mon (grand) sac à main mon ordinateur portable, y glisser en plus une tablette est beaucoup plus facile qu’un tout gros livre. En plus, celle-ci rentre sans problème dans les tout petits sacs que j’utilise le week-end, et je trouve ça génial. Autre point fort: on peut changer la taille du texte. Le modèle que j’ai choisi n’est pas tactile, je tourne les pages en poussant sur un bouton, mais ça c’est une question de choix.

La lecture est – presque – pareille à celle d’un livre papier. On peut lire en plein soleil puisque l’écran n’est pas rétro-éclairé comme celui d’un iPad par exemple, et c’est important. Je l’utiliserai certainement en vacances, libérant ainsi ma valise de la pile de livres que j’emporte.
Alors pourquoi ne suis-je pas plus enthousiaste? Parce que, toute geekette que je suis, adorant mon smartphone et les produits Apple de toute sorte… eh bien, je trouve que la liseuse, ce n’est pas tout à fait comme un livre! Pourtant, je vous jure, je ne suis pas une nostalgique du papier, mais tenir en mains une mini-tablette au lieu d’un bon gros livre… ça me fait bizarre et je ne pourrais même pas vous dire exactement pourquoi. Je me rends bien compte que c’est une impression subjective, mais après deux semaines d’usage, c’est ainsi que je vois les choses. Conclusion: je pense que son utiilisation restera complémentaire aux livres. Je l’emmène avec moi dans tous les déplacements et pour le reste… je continuerai à acheter des livres!

L’amour envers et contre tout

Sous le titre très romantique de Loving Frank, c’est l’histoire âpre et vraie du célèbre architecte américain Frank Lloyd Wright et de Mamah Cheney qui nous est racontée. 1903. Mamah et Edward, son mari, commandent une maison à Frank. Mamah qui est une brillante intellectuelle s’ennuie dans son rôle d’épouse et de mère. Frank Wright, lui, n’est plus heureux auprès de sa femme. Ces deux-là vont tomber passionnément amoureux. Bravant les diktats d’une société très conservatrice, ils vont quitter mari, femme et enfants pour vivre ensemble, en Europe d’abord, aux Etats-Unis ensuite. Mais l’Amérique ultra-puritaine de l’époque ne les laissera pas tranquilles et le couple sera traîné dans la boue par les journaux en mal de sensations. Au-delà d’une histoire d’amour et d’une peinture sociale, Loving Frank est aussi une très bonne peinture des affres de la création. On y suit tant le travail d’architecte de Frank, que celui de traductrice de Mamah, désireuse d’introduire aux Etats-Unis le travail d’une féministe prônant la liberté individuelle, celle de rester en couple par amour et non par convention. Voilà un roman que j’ai trouvé très riche et que je vous recommande chaudement.
Loving Frank, Nancy Horan, Le Livre de Poche