Le magazine qui aime les livres

J’ai acheté le magazine Books (l’actualité par les livres du monde) il y a quelques jours, et je l’ai dévoré de la première à la dernière page, ce qui est plutôt rare. Il faut dire que son thème – Tout sur la mère – était plus qu’interpellant. Qu’est-ce qui fait une bonne mère? Le fait de pousser ses enfants à être toujours les premiers de classe, ou celui de vouloir leur épanouissement et leur bonheur? Comment résister aux multiples pressions qui veulent faire de nous des femmes parfaites aux multiples casquettes? Y a-t-il un salut hors de l’allaitement? Telles sont quelques-unes des multiples questions de société que pose le numéro de juillet-août. Qui y répond par des argumentations extrêmement nuancées. Bien loin des magazines aux articles courts, vite pensés et vite écrits, Books va au fond des choses, propose de vraies réflexions. Et c’est ça qui fait sa richesse et son intérêt.

Françoise

C’est une femme que j’ai toujours admirée. Pour ses articles engagés dans la cause des femmes au magazine Elle. Pour son travail à l’Express qu’elle a créé avec Jean-Jacques Servan-Shreiber et où elle a incarné le journalisme moderne. Et pour ses chroniques au Nouvel Observateur dont j’appréciais la finesse, son livre sur Alma Mahler et ses Journaux… La très bonne biographie que lui consacre aujourd’hui Laure Adler est aussi vivante, aussi passionnante que son sujet. Pourtant, ce qu’elle dévoile et qui était inconnu du grand public, je crois que j’aurais préféré l’ignorer. Parce que ce sont les zones d’ombre du personnage dont il est question ici.    Son judaïsme refoulé, les lettres antisémites qu’elle envoie à Jean-Jacques Servan Shreiber lorsqu’il la quitte pour une autre. Tout cela égratigne la statue et en montre la face sombre, tristement humaine. Sans rien enlever, bien sûr,  au talent de Françoise Giroud.
Françoise, Laure Adler, Grasset

Des gens très bien

Rencontre exceptionnelle hier soir à la librairie Filigranes. Avec un Alexandre Jardin tout en âpreté et colère contenue. C’est que son dernier livre, Des gens très bien, n’a plus rien de la légèreté (Je pense entre autres à Fanfanle Zèbrele Zubial) qui a fait son succès.
On est ici dans l’univers des secrets de famille, du tabou de la collaboration française pendant la Deuxième Guerre mondiale. Jean Jardin, le grand-père de l’auteur, fut d’avril 42 à octobre 43, directeur de cabinet de Laval, et, à ce titre, très certainement au fait de la Rafle du Vel d’hiv. Il ne fut jamais inquiété après la guerre et garda intacte sa fidélité à Pierre Laval. Plus qu’un livre d’Histoire avec un grand H, Des gens très bien conte la découverte par Alexandre Jardin de son histoire, de la lignée à laquelle il appartient. C’est un livre de souffance et de colère: « Il était vital pour moi de l’écrire. Parce qu’à mes yeux, la complicité d’une famille, qui continue à se raconter après les faits, qu’elle est composée de gens bien, est un double déshonneur. » En France, où le sujet est toujours très sensible, la polémique gronde (on reproche entre autres à l’auteur de ne pas avoir étayé son propos par des preuves, des documents). Même s’il est controversé et s’il ne manque pas d’excès, j’ai été très touchée par ce livre, par sa force, par l’angoisse palpable d’Alexandre Jardin. Et puis, au-delà de la polémique, c’est un texte très bien construit et écrit.
Des gens très bien, Alexandre Jardin, Grasset

Wiera Gran l’accusée

Wiera Gran l’accusée (Grasset) fait revivre les jours sombres de la Deuxième Guerre mondiale. Son héroïne, femme d’une beauté exceptionnelle, à la voix chaude et grave, a été la chanteuse du ghetto de Varsovie (où son accompagnateur au piano n’était autre que Wlasyslaw Szpilman le célèbre Pianiste de Polanski). Fait rare, elle parvint à fuir le ghetto en 1942. Comment et pourquoi? Wiera, comme on l’en a accusée, a-t-elle vraiment collaboré avec les Allemands? On reste dans l’incertitude après lecture de ce livre fiévreux, haletant. Pour l’écrire, Agata Tuszynska, a rencontré Wiera pendant de nombreuses années, jusqu’à sa mort en 2007. Il en ressort un portrait tout en nuances de ce personnage, ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir.
Ne manquez pas demain la venue à Bruxelles, à la librairie Filigranes, de l’auteur Agata Tuszynska, dès 18 h. La rencontre risque d’être aussi passionnante que le sujet.

Relisez Sagan

J’ai eu l’occasion de rencontrer il y a deux jours, à la librairie Filligranes, Genevière Moll, auteur d’un merveilleux Françoise Sagan. Intarissable sur le sujet (c’est le deuxième livre qu’elle lui consacre), son enthousiasme, sa passion pour celle qu’on a appelée « le charmant petit monstre » m’ont beaucoup touchée et beaucoup appris. Et le livre? C’est un album illustré de magnifiques photos, une biographie qui se lit comme un roman où l’on retrouve une Françoise Sagan éprise d’absolue liberté, faisant les 400 coups avec sa bande de copains, dépensant sans compter, buvant, se droguant… et travaillant sans relâche à ses livres. L’ouvrage nous invite à relire l’auteur de Bonjour tristesse, pour son incroyable modernité, et aussi parce qu’elle a su à merveille décrire les affres de l’intime, la jalousie, les crises de couple… des sujets qui seront toujours d’actualité. En tout cas, moi, c’est décidé, je vais m’y remettre!
Françoise Sagan, Geneviève Moll, Editions de La Martinière