Les porteurs d’eau

Je l’aurais écouté parler pendant des heures, Atiq Rahimi, mercredi soir à la librairie Filigranes, à Bruxelles. Sa voix, le rythme de ses phrases, ses réflexions, tout concourait à mon bonheur. Et j’étais si fière de pouvoir l’interroger!

Pour ceux qui ne le connaissent pas – mais vous l’avez peut-être vu à La Grande Librairie – Atiq Rahimi est un écrivain franco-afghan que j’ai découvert en 2008, lorsqu’il a obtenu le Prix Goncourt pour le sublime Syngué Sabour (Vous le trouverez en Folio).

Aujourd’hui, il publie Les Porteurs d’eau dont l’action se déroule le 11 mars 2001,  le jour où les Talibans détruisent les célèbres Bouddhas de Bamiyan. L’Occident s’indigne pour les statues, alors que des hommes meurent en Afghanistan dans l’indifférence générale.

Deux hommes, un à Paris, l’autre à Kaboul. Le premier, Tamine rebaptisé Tom, exilé afghan en France, décide de quitter sa femme et de rejoindre sa maîtresse à Amsterdam. Histoire banale, en apparence seulement.

Le second, Yusuf, est un pauvre porteur d’eau de Kaboul. Amoureux de sa belle-sœur sans en être vraiment conscient, puisant l’eau devenue rare pour tous, il subit moqueries et avanies des Talibans, ne pensant qu’à elle.

Deux styles pour deux histoires, la première décrite dans un réalisme très français, alors que la seconde est un véritable conte oriental. Et partant deux mondes où tout est différent, y compris et surtout la façon de vivre l’amour. Et tout cela forme un tout à la fois, beau, harmonieux et empreint de gravité.

J’ai aimé voyager avec Atiq Rahimi dans ce double univers qui quelques jours après que j’ai terminé le livre n’en finit pas de m’interroger. Quant à l’écriture, elle ressemble à la voix de l’auteur, rythmée, lyrique, m’emmenant ailleurs…

Atiq Rahimi, Les porteurs d’eau, Editions POL