Du très moyen et un chef d’oeuvre

Le lambeau.jpg Bonjour à tous, cela fait un petit temps que je n’ai pas blogué, mais je n’ai pas arrêté de lire pour autant. C’est juste que je suis tombée sur deux lectures très décevantes. Notamment Maramisa, de Vincent Engel qui ne m’a ni intéressée, ni touchée et que j’ai pourtant lu jusqu’au bout.

Par ailleurs, Une visite à l’Atelier des lumières à Paris où j’ai vu une expo consacrée à Klimt m’a donné envie de lire un roman qui me tentait depuis quelques années: L’extraordinaire histoire de Wheeler Burden par Selden Edwards. Le récit d’un Américain des années 80 qui suite à une mésaventure se retrouve dans la Vienne bouillonnante de 1895. Le pitch est fantastique… mais j’ai trouvé ça plat et mal écrit. Voilà pour les déceptions.

Paradoxalement, c’est dans un extraordinaire récit que j’ai retrouvé tout ce qui fait la grandeur de la littérature. Il s’agit du « Lambeau » de Philippe Lançon. Journaliste chez Libé et Charlie Hebdo, il était à la rédaction lorsqu’a eu lieu l’attentat du 5 janvier 2015. Il en est sorti blessé, une partie du visage arraché. Depuis le sol, il a vu les jambes noires des terroristes, a entendu le bruit des balles et le Allahou Akbar prononcé après chaque victime, il a fait le mort pour espérer rester en vie. Le récit qu’il fait de cette scène initiale est glaçant.

La suite est consacrée à sa reconstruction. Hospitalisé pendant de longs mois, opéré à de multiples reprises – certaines pages sont insoutenables – Philippe Luçon va puiser son énergie dans l’amour de sa famille et de ses amis, la présence bienveillante des infirmières, la relation qu’il noue avec sa chirurgienne.

Et parce que l’auteur est un intellectuel, un fin lettré (il est entre autres critiques livres pour le quotidien français Libération), il va puiser des forces chez Proust et Kafka, entre autres. Au seuil le plus élevé de la douleur, c’est dans la musique de Bach qu’il va trouver l’apaisement. Les écrivains et musiciens vont lui permettre de prendre de la hauteur.

Ce livre, parfaitement bien écrit, aurait pu porter le titre de Capitale de la douleur, le recueil d’Eluard. C’est poignant, ça prend aux tripes, ça révolte parfois, c’est un témoignage indispensable sur l’époque que nous vivons, et c’est pour moi LE grand livre de 2018.

Le Lambeau, Philippe Luçon, Gallimard