Idaho

Idaho.jpg En me baladant à Paris et parmi les livres, début juillet, une libraire m’a conseillé de lire Idaho, un premier roman américain à côté duquel j’étais passée.

Habituellement je me réfère aux avis des excellents libraires-amis de la Librairie Filigranes mais en vacances, c’est agréable de bouquiner hors des sentiers battus.

Alors, Idaho. Je préfère vous prévenir, l’atmosphère y est pesante, le silence trop profond et les douleurs terribles. Mais quel livre!

Quand Ann épouse Waze, il a perdu sa femme et ses deux enfants. Ils s’installent ensemble dans sa maison très isolée, sur la montagne, inaccessible quand il neige, et où les seules traces d’êtres vivants sont celles des animaux. Comme tous les hommes de sa famille, Waze perd précocement la mémoire. Il va jusqu’à oublier le jour tragique où les siens ont disparu. Et c’est Anne qui va tenter de rassembler les pièces du puzzle…

L’écriture et la structure du livre sont particulièrement bien maîtrisés pour un premier roman. De nombreux flash-back permettent de percevoir le drame initial dans son ensemble. On passe de la prison où croupit Jenny, la première épouse, à des scènes heureuses de la vie quotidienne avec les enfants, seule clarté dans cet univers aux émotions brutes. Quant à moi, j’ai été emportée et plus que séduite par ce roman très noir.

Idaho, Emily Ruskovich, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Simon Baril, éd. Gallmeister

Un mariage anglais

Un mariage anglais.jpg Dès la première page, c’est la finesse de l’écriture qui frappe et qui m’a littéralement happée. Puis il y a le lieu, une maison proche de la mer, où les piles de livres redessinent la surface habitable. Quant à l’intrigue, elle se focalise sur les aléas d’un mariage difficile.

Gil est un homme épuisé. Un beau jour il croit apercevoir sa femme, Ingrid, disparue onze ans plus tôt. En la poursuivant, il tombe le long d’une paroi rocheuse et se retrouve à l’hôpital. Ses deux filles Nan et Flora accourent à son chevet… Ce n’était bien sûr pas d’Ingrid qu’il s’agissait. Pourtant, celle-ci se manifeste par des lettres laissées au hasard des milliers de livres éparpillés dans la maison et que Gil va relire. Celles-ci évoquent leur histoire d’amour passionnée, leur mariage chaotique – Gil la trompait allègrement dès le début de leur histoire, n’hésitant pas à l’humilier – leurs enfants nés et perdus. Elles égrènent la musique des jours et des sentiments.

Ce livre est un petit bijou à la structure parfaite, à la langue délicate, à l’histoire poignante. Très loin des grosses daubes que l’on consacre livres d’été, il pourra sans hésiter vous servir de compagnon à la plage, à la campagne et au jardin.

Un mariage anglais, Claire Fuller, Stock

Les chemins de la haine

Les-chemins-de-la-haine.jpg D’une façon générale, on peut lire les prix littéraires du magazine Elle, les yeux fermés. Enfin, si l’on peut dire! Aussi ne me suis-je pas fait prier pour me lancer dans leur polar de l’année Les chemins de la haine de l’Anglaise Eva Dolan.

L’intrigue: Jaan Stepulov, un immigré estonien, est retrouvé brûlé dans l’abri de jardin du couple Barlow. Nous sommes à Peterborough, une petite ville sinistrée de l’est de l’Angleterre. L’inspecteur Zigic et la sergent Ferreira de la section des crimes haineux mènent l’enquête. Celle-ci les conduira tant du côté de l’exploitation des femmes que de celle d’un groupe d’Anglais qui soumettent à l’esclavage un groupe d’immigrés polonais, estoniens et chinois. S’ils résistent, ceux-ci disparaissent sans laisser de traces…

Alors que ce sujet est brûlant et gravissime, qu’il méritait de véritables approfondissements, il n’est malheureusement que légèrement effleuré, l’accent étant plutôt mis sur l’enquête elle-même qui prend plusieurs directions. J’ai donc été un peu déçue par ce livre, qui s’il se lit d’une traite, m’a pourtant laissée sur ma faim.

Les chemins de la haine, Eva Dolan, Liana Levi

Du très moyen et un chef d’oeuvre

Le lambeau.jpg Bonjour à tous, cela fait un petit temps que je n’ai pas blogué, mais je n’ai pas arrêté de lire pour autant. C’est juste que je suis tombée sur deux lectures très décevantes. Notamment Maramisa, de Vincent Engel qui ne m’a ni intéressée, ni touchée et que j’ai pourtant lu jusqu’au bout.

Par ailleurs, Une visite à l’Atelier des lumières à Paris où j’ai vu une expo consacrée à Klimt m’a donné envie de lire un roman qui me tentait depuis quelques années: L’extraordinaire histoire de Wheeler Burden par Selden Edwards. Le récit d’un Américain des années 80 qui suite à une mésaventure se retrouve dans la Vienne bouillonnante de 1895. Le pitch est fantastique… mais j’ai trouvé ça plat et mal écrit. Voilà pour les déceptions.

Paradoxalement, c’est dans un extraordinaire récit que j’ai retrouvé tout ce qui fait la grandeur de la littérature. Il s’agit du « Lambeau » de Philippe Lançon. Journaliste chez Libé et Charlie Hebdo, il était à la rédaction lorsqu’a eu lieu l’attentat du 5 janvier 2015. Il en est sorti blessé, une partie du visage arraché. Depuis le sol, il a vu les jambes noires des terroristes, a entendu le bruit des balles et le Allahou Akbar prononcé après chaque victime, il a fait le mort pour espérer rester en vie. Le récit qu’il fait de cette scène initiale est glaçant.

La suite est consacrée à sa reconstruction. Hospitalisé pendant de longs mois, opéré à de multiples reprises – certaines pages sont insoutenables – Philippe Luçon va puiser son énergie dans l’amour de sa famille et de ses amis, la présence bienveillante des infirmières, la relation qu’il noue avec sa chirurgienne.

Et parce que l’auteur est un intellectuel, un fin lettré (il est entre autres critiques livres pour le quotidien français Libération), il va puiser des forces chez Proust et Kafka, entre autres. Au seuil le plus élevé de la douleur, c’est dans la musique de Bach qu’il va trouver l’apaisement. Les écrivains et musiciens vont lui permettre de prendre de la hauteur.

Ce livre, parfaitement bien écrit, aurait pu porter le titre de Capitale de la douleur, le recueil d’Eluard. C’est poignant, ça prend aux tripes, ça révolte parfois, c’est un témoignage indispensable sur l’époque que nous vivons, et c’est pour moi LE grand livre de 2018.

Le Lambeau, Philippe Luçon, Gallimard

Lectures d’été

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Bonjour chers lecteurs, cela faisait longtemps que je voulais ajouter une petite note personnelle à ce blog. D’abord pour vous remercier de me suivre fidèlement mais aussi pour parler lectures de vacances. Habituellement je ne bloggue pas en été mais cette année j’ai décidé de continuer, à un rythme peut-être un peu plus paresseux.

A mon programme, les romans parus en 2018 que je n’ai pas eu le temps de lire:
Un mariage anglais, Claire Fuller, Stock
La saison des feux, Celeste Ng, Sonatine
Bissextile, Eric Russon, Robert Laffont
Le Ministère du bonheur suprême, Arundhati Roy, Gallimard
Les chemins de la haine, Eva Dolan, Liana Levy.

Auquel s’ajoutent Congo, Une histoire de David Van Rijbrouck, Actes Sud et Thera de Zeruya Shalev, Gallimard. Et peut-être un ou deux classiques. Chaque année je me dis que je vais lire Crime et Châtiment de Dostoïevski, mais je ne trouve jamais le temps. Cet été peut-être… Mais il y a aussi les 8 livres du Prix Filigranes (je fais partie du jury). Je serai bien occupée, c’est sûr!

N’hésitez pas à partager vos lectures de vacances, en commentaire de ce post ou sur la page Facebook Les amis de B comme bouquiner. Cela nous permettra d’enrichir nos listes.

En attendant, je vous souhaite de belles vacances, reposantes, ressourçantes, enrichissantes. Profitez des histoires de nos auteurs préférés mais aussi et avant tout des vôtres!
Photo: Telerama