Les déchirements d’Israël

Ant_Ber_CinqMinutes_COUV_RVB Entre les écrivains d’Israël et moi, c’est une longue histoire d’amour. Parce qu’ils sont brillants, d’abord. Et aussi et peut-être surtout parce qu’ils sont si loin de l’Israël de Benyamin Netanyahu, de sa politique d’extrême-droite, de son libéralisme à outrance. Et ils donnent de ce pays, si souvent décrié, une image bien plus généreuse et subtile.

Dans Donne-moi encore cinq minutes (un titre qui sonne beaucoup mieux en hébreu qu’en français!), nous suivons le parcours de deux hommes, Bnaya et Yoav, nés tous les deux dans une implantation située au-delà de la ligne verte. Bnaya y vit toujours, mais Yoav l’a quittée après l’armée.

Avec Bnaya, nous sommes confrontés à la vie des nationalistes religieux, dans ce que l’on appelle également les colonies. Une vie centrée sur l’étude des textes sacrés pour les hommes, et sur la famille pour les femmes. Sur le point d’être démantelée, l’implantation connaît des heures graves. De grandes tensions surgissent entre d’un côté le rabbin et un groupe de jeunes violents, désireux de s’accrocher coûte que coûte à cette terre, et de l’autre, les plus pragmatiques dont Bnaya fait partie, prêts à déménager et à s’installer ailleurs, en Galilée ou dans le Néguev.

Yoav, lui, a perdu la foi dans l’adolescence et a quitté ce monde clos, replié sur lui-même, qui l’étouffait. Pendant son service militaire, il a vécu un épisode dramatique qui revient sans cesse le torturer. Avec lui, nous partons en voyage en Inde après l’armée, nous déambulons dans Tel Aviv la laïque, où Yoav est pourtant irrésistiblement attiré par une synagogue.

Quant au rapport avec les voisins palestiniens, il est, chez les deux hommes abordé en filigrane.

On le voit ici, loin des idées toutes faites, c’est un roman tout en subtilité et en finesse, aussi bien dans les thèmes abordés que dans l’écriture. Le présent et le passé sont adroitement mêlés dans des scènes qui glissent les unes dans les autres. Le rapport des deux personnages au couple est également abordé en profondeur.

Que dire de plus? J’ai été aspirée par ce livre au point d’en oublier de boire et de manger. Et c’est tout ce que je vous souhaite.

Donne-moi encore cinq minutes, Yonatan Berg, l’Antilope

Auteur : Anne Rozenberg

Anne Rozenberg, journaliste et blogueuse