Amour et folie

CVT_La-salle-de-bal_8190.jpg Jusque dans la première moitié du 20e siècle, en Angleterre on trouvait beaucoup de monde dans les asiles de fous. Aussi bien des mélancoliques que des jeunes filles révoltées dont on ne savait que faire. A condition, bien sûr, qu’ils soient pauvres. On réfléchissait aussi beaucoup à la façon dont lesdits pauvres devaient cesser de se reproduire. Séparation au sein des asiles des hommes et des femmes ou carrément eugénisme et stérilisation, une théorie soutenue un temps par Churchill, alors ministre de l’Intérieur (nous sommes en 1911). C’est sur ce arrière-plan historique et dramatique qu’est construit La salle de bal.

Internée de force à Shartston, un asile du Yorkshire, parce qu’elle a cassé une vitre de la filature où elle travaillait, Ella y rencontre John. Dans ce monde très dur, où les malades côtoient les sains d’esprit, où tout n’est qu’ordres et obligations, où un médecin, « savant fou » joue avec ses patients pour confirmer ses théories, leur relation va apporter un peu de lumière. Chaque vendredi, ils se retrouvent dans la salle de bal de l’asile, une merveille architecturale, ou une fois par semaine hommes et femmes peuvent enfin se rencontrer…

J’ai lu ce roman le coeur serré par l’émotion tant la situation décrite est profondément injuste. Les personnages principaux – Ella, John, mais aussi Clem qui se réfugie dans la lecture pour oublier ce qui l’entoure – leurs sentiments, sont racontés tout en pudeur et en délicatesse. La romancière britannique Anna Hope, nous avait déjà enchantés avec Le chagrin des vivants (Folio).  Elle joint ici ce qu’il faut de drame pour nous emporter, et ce qu’il faut de talent pour nous retenir.

Auteur : Anne Rozenberg

Anne Rozenberg, journaliste et blogueuse