Esclavage


J’ai choisi un peu au hasard le premier livre de la rentrée littéraire, mais quel choix!

Bakhita, dite ironiquement la Chanceuse, est une petite fille de sept ans, enlevée dans son village du Darfour pour être vendue comme esclave. Véronique Olmi lui a donné sa voix pour raconter son périple, de malheur et de solitude, de souffrance et de torture. Les marches forcées jusqu’au Soudan, la mort arbitraire des plus faibles, les maîtres plus ou moins fous, avides de violence, les interminables séances de fouet, pour un oui ou un non, elle a tout vu, tout vécu. Et c’est son corps, violemment scarifié, qui en parle le mieux. A 19 ans, Bakhita est enfin rachetée par un consul d’Italie qui voudrait la ramener dans son village natal. Sans succès car elle ne connaît même plus son nom. La jeune fille  le suit alors en Italie, où elle est convertie au christianisme et devient religieuse. Un état qui convient bien à l’idéal d’absolu et de beauté qui lui a permis de survivre.

Avec cette biographie romancée, cruelle, vraie, poignante, Véronique Olmi est entrée dans la cour des grands.

Véronique Olmi, Bakhita, Albin Michel

Un mystère

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Je connaissais et j’appréciais déjà beaucoup Marcel Sel comme blogueur. Il est depuis devenu rédacteur en chef de la revue satirique Pan et je viens de le découvrir comme romancier. Son roman Rosa, est une pépite, un livre prenant duquel on ne peut se détacher.

Bruxelles, années 2000. Maurice est un glandeur professionnel et son père lui verse une pension chaque mois. Jusqu’au jour où il propose un marché à son fils. Maurice écrira un roman et son père lui paiera 30 € la page. Le fils accepte et se prend au jeu, il va raconter l’histoire que lui a confiée son grand-père, celle de Rosa, sa grand-mère paternelle, une belle Italienne, trop tôt disparue. Faisant cela, il nous entraîne dans un village d’Italie, et nous fait revivre les tragiques années mussoliniennes…

Ce livre dans le livre est une réussite, tant ceux qui l’habitent sont incarnés, profondément humains, profondément touchants. Et puis comment résister à l’atmosphère des rues de Bruxelles dans lesquelles Maurice aime se promener…

Rosa, Marcel Sel, On lit

Au cœur de Daesh

CVT_La-veuve-noire_8970.jpgLorsqu’on est auteur de romans d’espionnage, connaître la réalité du Proche-Orient et les dangers de Daesh est un must. De là à prévoir, avant qu’il n’ait eu lieu, un attentat de grande envergure à Paris, causé entre autres par un djihadiste vivant à Molenbeek… il y a un monde. C’est pourtant ce qui est arrivé au très doué Daniel Silva.
Son personnage récurrent, le célèbre espion israélien, Gabriel Allon, s’apprête à diriger le « Bureau » de Tel Aviv lorsque qu’un attentat à la bombe a lieu à Paris, au Centre pour la recherche sur l’antisémitisme en France. Hannah Weinberg, son amie, y est tuée. Cette affaire est assez grave pour que Gabriel retourne sur le terrain. Il est chargé de retrouver Saladin, l’organisateur de cette attaque, et surtout d’empêcher que d’autres carnages n’aient lieu en Occident. Pour cela, il va envoyer Natalie, une jeune femme juive incarnant une Palestinienne, en Syrie, au cœur même du dispositif de Daesh. Mais rien ne se passe comme prévu…
J’ai adoré ce livre qui se dévore littéralement. L’enquête, passionnante, n’est malheureusement pas si éloignée de la vérité que ça. Mais ce qui m’a scotchée – et que j’avais pourtant déjà lu ailleurs – c’est le mode de fonctionnement des djihadistes, leurs connaissances informatiques, leur art de la transparence pour se déplacer d’un coin à l’autre du monde. Quant à la Syrie de Daesh, elle est à la fois terrifiante et déprimante. Dans cet univers très dur, l’émotion pointe ça et là et ça fait du bien!

La veuve noire, Daniel Silva, Harpers & Collins