Liat et Halmi

51rtUVyyaYL._SX195_.jpg Dès le début, on sait que les dés sont pipés. En Israël comme en Palestine, c’est un tabou absolu. Liat est israélienne, Hilmi est palestinien. Ils se rencontrent à New York où ils vivent quelques mois ou un peu plus. Malgré tout ce qui les oppose – leur famille, la politique, la « situation » (terme décrivant pudiquement les relations israélo-palestiniennes sur le terrain), ils vont s’aimer d’un amour fou. Ce qui n’empêche pas Liat de tenir Hilmi à distance lorsqu’elle parle à sa famille, ou de cacher son couple à ses amis israéliens. Ni le frère d’Hilmi d’agresser verbalement Liat lors de discussions sur cette brûlante région du monde. Il y a toutes ces frictions et compromissions, ressenties douloureusement par l’une et par l’autre, mais aussi la réalité de leur couple qui tente de tenir bon, même dans une ville littéralement glacée par l’hiver.

Ce résumé de quelques lignes ne tient pas compte de l’absolue beauté du roman autobiographique de Dorit Rabynian, écrivain israélien. C’est beau à en pleurer, beau à en mourir. Aucune mièvrerie ici, on est plutôt dans le registre tragique des vraies histoires d’amour. Il y a eu Héloïse et Abélard, Tristan et Yseult, des centaines d’autres, il y a aujourd’hui Sous la même étoile. Malheureusement, comme on pouvait s’y attendre, le roman a été retiré des listes de lecture dans les écoles israéliennes… ce qui n’a fait qu’accroître son succès.
Sous la même étoile, Dorit Rabynian, Escales

Passionnant et passionné

A19697 (1).jpg Quand le roman commence, nous sommes en 1967, et Odelle, une jeune fille de Trinidad, venue s’installer à Londres, travaille depuis cinq ans comme vendeuse dans un magasin de chaussures. Fraîchement engagée comme secrétaire dans une grande galerie d’art, Odelle, qui se rêve écrivain, tombe, presque par hasard, sur un mystérieux tableau. La composition – deux jeunes filles, un lion – en est étrange, les couleurs, la facture tellement vibrantes qu’on ne peut en détacher le regard. L’héroïne fera tout pour découvrir qui en est l’auteur.

Trente ans plus tôt, dans un autre espace spatio-temporel, Olive, 19 ans, vient d’arriver dans un village du sud de l’Espagne, avec ses parents. Son père est marchand d’art, découvreur de talents, et Olive peint, dans le plus grand secret, à l’abri de tous les regards, sauf de ceux de Teresa, la jeune bonne espagnole. Très vite on comprend que les deux histoires sont mêlées…

C’est passionnant d’un bout à l’autre, il se passe tout le temps quelque chose, et puis nous sommes ici au cœur des mystères de la création. Soulignons encore l’architecture du roman, à la fois complexe et parfaite, les couleurs magnifiques de la nature espagnole qui s’opposent à la grisaille de Londres, et l’arrière-plan historique: 1936, c’est la veille de la guerre d’Espagne et de ses horreurs. Comment ne pas succomber à l’histoire d’Odelle et Olive? D’autant plus qu’elle est écrite par Jessie Burton à qui l’on devait déjà l’excellent Miniaturiste.
Les jeunes filles au lion, Jessie Burton, Gallimard