Le bal mécanique

le-bal-mecanique Le personnage principal de ce roman foisonnant c’est l’art. Celui de l’avant-garde de l’entre-deux-guerres, celui du Bauhaus. Chaque chapitre commence d’ailleurs par l’énoncé d’un tableau, formidable grille de lecture.
Le sujet: celui d’une famille juive, vivant par et pour l’art, déchirée par la guerre. Ses membres sont éparpillés dans le temps – un siècle – et ont quitté l’Europe pour les Etats-Unis ou même l’URSS.
Leur douleur fondatrice: l’abandon d’un enfant et leur ignorance les uns des autres.
Il y a chez Yannick Grannec une immense générosité, un sens de la structure impeccable, un jeu avec le réel et le lecteur. Son Bal mécanique – vous découvrirez le sens du titre au fil du roman – aurait largement mérité un prix littéraire.

Le bal mécanique, Yannick Grannec, Anne Carrière

Laetitia

 

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Ce texte hybride, à cheval sur le roman et le document, évoque les plus lourdes peines subies par les femmes. Humiliées, violemment battues, violées, assassinées. Mais aussi le milieu dans lequel certaines ont la malchance de grandir. D’une enfance dévastée – abandon, orphelinat, placement en famille d’accueil – d’un effroyable fait divers, Yvan Jablonka a fait un livre extraordinaire. Laëtitia Perrais, une jeune fille de l’Assistance, belle et lumineuse, est assassinée dans des conditions atroces en janvier 2011. L’auteur lui redonne vie, retrace son parcours avec empathie. Ce faisant, il analyse, en historien et sociologue, ce qui a conduit au crime comme le fonctionnement de la justice, manquant cruellement de moyens. Nicolas Sarkozy, alors président de la République, n’est pas épargné, lui qui a récupéré le drame à des fins politiques. Au-delà des enseignements, c’est le visage aux yeux brillants de vie de Laëtitia, sa présence qui dominent l’extraordinaire récit, Prix littéraire Le Monde et Prix Médicis 2016.

Laëtitia ou la fin des hommes, Yvan Jablonka, Seuil

Petit pays

Livre - Petit pays.jpeg Comment les enfants vivent-ils, à distance, les drames les plus terribles, ici le génocide rwandais? Avec naïveté, avec des questions, mais sans jugement. Gaby, 11 ans, tout occupé à ses jeux, vit à Bujumbura lorsque la population tutsie est massacrée au Rwanda tout proche. Sa mère, qui appartient à cette ethnie, part y rechercher ses proches et revient avec des cendres dans le regard. Ana, la petite sœur, et Gaby sont, finalement exilés en France… On passe, dans ce très beau roman, du paradis de l’enfance à l’enfer des catastrophes humaines, trop humaines. Et on a le cœur broyé de tristesse à la lecture, comme celui de Gaby devenu un homme. Les lycéens ne s’y sont pas trompés décernant leur Prix Goncourt à ce formidable roman.

Gaël Faye, Grasset

Continuer

mauvigner Parce que son fils Samuel part à la dérive, Sybille l’emmène passer quelques mois à cheval au Kirghiztan. Les paysages de montagnes et de plaines désolées défilent, Sybille passe sa vie en revue: son premier amour détruit, son ambition déçue de devenir chirurgien, son roman jamais publié. L’adolescent, perdu dans ses peurs, de l’autre et de lui-même, se réfugie derrière sa mère, mais sans prendre la main qu’elle lui tend. Il faudra un drame pour qu’enfin la situation bascule… Impossible, quand on est parent d’ado difficile, de résister à cette histoire. Impossible pour les autres de résister à ce voyage qui met l’âme à nu.

Continuer, Laurent Mauvigner, Editions de Minuit

Rattrapage

derniers-jours-zweig Visionnaire, il a fui sa Vienne tant aimée pour Londres, quatre ans avant l’Anschluss. Puis pour New York et enfin pour Persépolis au Brésil. Dans son lointain exil, Stefan Zweig emmène avec lui sa jeune femme Charlotte Altman. Mais être juif en 1942 signifie emmener partout avec soi la nostalgie de son lieu de vie et l’effroyable inquiétude pour les proches restés en Europe occupée. D’autant plus que les mauvaises nouvelles pleuvent. Et que filtre peu à peu la terrible réalité de l’extermination. En pensant à Vienne, à la foisonnante Mittel Europa du début du 20e siècle, Zweig écrit. Son célèbre ‘joueur d’échecs’ notamment. Rencontre des écrivains, en exil, comme lui. Mais se laisse entraîner dans le désespoir et finit par se donner la mort aux côtés de sa femme.
C’est un roman fiévreux, qui suit les méandres du désespoir de Stefan Zweig, et qui nous laisse à bout de souffle, tant on souffre avec lui. Un livre excellent, pas seulement parce qu’il est consacré à l’écrivain tant aimé, mais parce que Laurent Seksik, donne, avec passion, vie à ses personnages.
Le livre est paru en 2010. Depuis il y a eu le théâtre, la BD qui s’en est inspirée. Mais le roman est toujours le plus fort.
Les derniers jours de Stefan Zweig, Laurent Seksik, Flammarion et J’ai Lu