Le poète de Gaza

le poète

Je fais un petit détour par un livre paru en 2011 et qui a obtenu le Grand Prix de la littérature policière.

Tel Aviv  fin des années 80, début des années 90. Le héros de Yshaï Sarid occupe un poste important au ministère des Renseignements. Alors que les attentats se multiplient en Israël, il participe aux interrogatoires musclés de l’entourage des suspects. Avant l’attaque, pour tenter à toute force de déjouer les explosions mortelles. Par ailleurs, on lui demande de rencontrer Daphna, un écrivain israélien. Le but de l’opération? S’approcher d’Hani, un ami palestinien très proche d’elle et très malade. Les Renseignements le font venir en Israël pour qu’il se soigne. Pas par bonté d’âme, mais pour se rapprocher du fils de ce dernier, un dangereux terroriste.

Ce qui est intéressant ici c’est la finesse avec laquelle les personnages sont abordés. Que ce soit le narrateur, qui voit sa vie voler en éclat parce qu’il travaille 24 heures sur 24 ou Daphna, l’écrivain, ancienne activiste de gauche, mère d’un fils drogué ou encore d’Hani le Palestinien sans haine, tout est nuancé. L’intrigue est bien menée, on lit le livre d’une traite. Si la situation au Moyen-Orient vous interpelle, c’est parfois intéressant de la découvrir en littérature et non pas uniquement par les journaux.

Le poète de Gaza, Yshaï Sarid, Actes Sud et Babel

 

L’autre qu’on adorait

l-autre-qu-on-adorait J’adore les romans de Catherine Cusset, avec sans doute une préférence pour La haine de la famille. Mais comment ne pas succomber ici au charme fou de Thomas, d’abord amant de l’auteur avant de devenir un ami très proche.
Thomas a toutes les cartes en mains, il est beau, intelligent, brillant, charmant. Il plaît aux femmes et celles-ci le lui rendent bien. Et pourtant il se sabote. Professeur d’université aux Etats-Unis, il voit les postes qui correspondent à ses compétences lui passer sous le nez, les uns après les autres. Ses histoires d’amour capotent, il va de dépression en dépression, jusqu’au drame…
Catherine Cusset met toute sa sensibilité et sa tendresse au service de son personnage qu’elle décrit de façon subtile. Le narrateur-auteur ne dit pas il mais s’adresse directement au personnage en lui disant tu, ce qui donne au texte un ton incantatoire. Le style est resserré, dynamique, et on n’a qu’une envie: suivre Catherine Cusset jusqu’au bout.
L’autre qu’on adorait, Catherine Cusset, Gallimare

Il est comment le prix Filigranes?

Bien, très bien même. Le dernier des nôtres d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre est un roman enlevé, de ceux qu’on n’a pas envie de lâcher avant le mot fin. Une fresque romantique et historique captivante. L’histoire? Rebecca et Werner se rencontrent à New-York dans les années 70 et tombent amoureux l’un de l’autre. Lorsque Werner est invité à dîner chez ses futurs beaux-parents, c’est le drame. La mère de Rebecca, survivante de la Shoah s’évanouit, terrorisée à sa vue. Werner, enfant adopté, fait alors la lumière sur son passé dont les racines plongent dans la Deuxième Guerre mondiale.

Le roman est bien structuré, levant petit à petit des parts d’ombre de la petite est grande histoire. Les personnages principaux et secondaires extrêmement attachants. La fin est peut-être, elle, un peu tarabiscotée. La langue est directe, sans fioritures.

Et le prix dans tout ça? Il couronne un grand roman populaire mais pas la littérature. Et se vendra très bien, à coup sûr. On peut aussi se poser des question sur son organisation. Pas de jury ni d’autres lauréats annoncé avant la proclamation du gagnant, le 17 août. Comme s’il n’y avait eu, finalement, qu’un seul candidat. Bizarre. Pourtant c’est une chouette idée, un Prix Filigranes.

Le dernier des nôtres, Adélaïde de Clermont- Tonnerre, Grasset

A la fin le silence

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Le dernier roman de Laurence Tardieu, A la fin le silence, appartient à la veine de l’auto-fiction dont je ne suis, d’habitude, pas une grande fan. Pourtant ce livre m’a vraiment convaincue.
Les attentats de Charlie Hebdo éclatent alors que l’auteur, enceinte, écrivait un texte (superbe et inondé de lumière) sur la perte de sa maison familiale à Nice. Choquée, le souffle haletant, elle évoque ici la dépossession, la perte de sécurité et de joie intérieure que nous avons ressentis ces derniers mois. Laurence Tardieu a su trouver les mots pour dire sa souffrance et celle de tous. Et heureusement, la vie reprend toujours le dessus.
A la fin le silence, Laurence Tardieu, Seuil

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Et la vie nous emportera

9782226318244-j Le premier livre de la rentrée littéraire que j’ai choisi, une fois n’est pas coutume, est un américain. J’adore la collection Terres d’Amériques d’Albin Michel. Les grands espaces permettent de respirer. Et le souffle romanesque y est toujours présent. David Treuer plante son décor en août 1942 dans la maison d’été de grands bourgeois du Minnesota. Le fils unique, Frankie, y séjourne quelques jours avant de s’enrôler dans l’armée. Il y retrouve Billy, son ami d’enfance indien, avec lequel il entretient une liaison inavouable pour l’époque. Quand un prisonnier allemand s’échappe du camp situé en face de la maison, une battue est organisée à laquelle tous participent. Jusqu’à ce que le drame éclate… Quelle finesse, quelle sensibilité pour aborder le rapport qu’entretiennent les Blancs avec les Indiens, l’agitation des jeunes gens. Sans oublier les années de guerre que Frankie passe dans un bombardier. On est immédiatement pris dans ce tout bon roman, et on le lit quasi d’une traite.

Rentrée littéraire 2016


Eh oui, depuis ce matin c’est reparti! Sortie du magazine Lire en kiosques pour faire son choix et surtout de nouveautés parmi les quelque 550 romans prévus pour cette rentrée 2016. Vous le voyez sur la photo, ma pile est plutôt modeste, mais je n’ai pas eu envie d’avaler des kilomètres de pages à tout prix cet été. J’ai choisi de me reposer et peut-être de lire mieux, plus lentement. Dès demain, je publierai la chronique d’une nouveauté, mais je prendrai aussi des chemins de traverse, parlerai de livres qui m’ont échappé plus tôt dans l’année, voire peut-être même de classiques. On verra où me mèneront mes envies. Belles lectures à vous, chers lecteurs, et n’oubliez pas de venir partager vos choix littéraires dans les commentaires.