Je vous écris dans le noir

4161gePV+5L._SX195_.jpg Je n’avais pas remarqué ce livre lorsqu’il est sorti en 2015, et c’est le Prix des lectrices Elle qu’il vient d’obtenir qui a finalement attiré mon attention sur lui. Bien m’en a pris! C’est d’un tout bon roman dont il est question ici. Le sujet? Jean-Luc Seigle prend ici la voix de Pauline Dubuisson, une jeune femme d’une vingtaine d’années qui a été jugée pour l’assassinant de son fiancé, Félix. Très belle, elle a tant fasciné qu’elle a même inspiré à Clouzot, le film La Vérité. C’est justement en le voyant au cinéma, alors qu’elle venait de sortir de la prison où elle avait purgé sa peine, que Pauline décide de définitivement quitter la France et qu’elle s’installe au Maroc, à Essaouira, sous un nouveau nom. Là, elle se confie à des carnets retraçant sa vie. On y découvre d’abord qu’elle est la victime d’une étrange configuration familiale, son père n’hésitant pas à la pousser dans les bras d’un médecin allemand pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les conséquences seront terribles et influenceront sa vie entière… Dans une langue belle et élégante, Jean-Luc Seigle redonne son humanité à Pauline, nous brutalise avec une scène insoutenable mais essentielle pour comprendre le personnage. On sort secoués de cette lecture passionnante, bouleversés par la double, voire triple peine de Pauline.
Jean-Luc Seigle, Flammarion, J’ai Lu

Chaque seconde est un murmure

cadéo.jpg Ce roman d’Alain Cadéo est une histoire mais peut-être avant tout un livre sur le langage, où les mots sont égrenés comme des pierres précieuses et dont les lettres sont comptées…
Iwill a dix-neuf ans et il marche sans but sur les routes, au gré du vent. Il marche parce que la personne dont il était le plus proche, Catherine, est morte dans un accident de voiture, il marche aussi pour fuir la dépression de son père qui pèse comme une chape de plomb sur toute la maison. Iwill a toujours eu un lien particulier avec le langage, il s’est mis à bégayer et s’est aperçu que seul le murmure l’en empêchait. On suit son monologue libérateur et incandescent jusqu’à ce que sa route s’arrête à Luzimbapar où il est accueilli par Sarah et Laston, un couple étrange, qui vit isolé de tout, entouré par une meute de chiens. Là Iwill va confier son histoire à un grand cahier noir…
Il est presque difficile de décrire la beauté de ce court roman. Les phrases sont de dentelle et sonnent si justes qu’elles m’ont parfois laissée bouleversée. C’est un livre-bijou, un livre-poésie qui va bien au-delà de l’histoire d’Iwill et qui touche à l’universel.
Alain Cadéo, Mercure de France