Spotlight

Spotlight.jpg Par manque de temps et parce que je n’aime pas trop y aller seule, je vais peu au cinéma, me rattrapant souvent en louant des films sur Itunes. Mais là j’ai fait exception, et je ne l’ai pas regretté.
Spotlight, c’est le nom d’une équipe d’investigation du quotidien le Boston Globe, qui enquête sur des sujets de grande envergure. Et ici c’est le moins que l’on puisse dire. Nous sommes en 2002 et l’équipe d’excellents journalistes tombent sur une affaire de prêtres pédophiles. Pensant au départ qu’il s’agit de cas isolés, ils vont découvrir l’ampleur du scandale de ces prêtres protégés pendant des années par la hiérarchie de l’Eglise.
Le film est parfait, rapide, sans aucun temps mort, les acteurs tous excellents dans leur rôle. On a le coeur déchiré face aux témoignages des victimes, soulevé de dégoût, lorsqu’un prêtre avoue sans fausse honte ses actes. Les victimes sont la plupart du temps issues de familles pauvres, sans père. Dans la – toujours – très catholique Boston, on reçoit le prêtre presque à l’égale de Dieu, ce qui explique la facilité avec laquelle ils ont approché et détruit leurs victimes.
L’Académie des Oscars ne s’y est pas trompée, puisque elle a décerné à Spotlight celui du meilleur film 2016.
Sachez enfin que le film est basé sur des faits réels, l’enquête des journalistes ayant déjà obtenu le Prix Pulitzer.

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Celeste-Ng-Tout-ce-qu-on-ne-s-est-jamais-dit-240x377.jpg Ah la famille! Elle peut être notre plus grand réconfort comme notre plus grand ennemi. Et c’est ce qu’illustre ici ce roman de Céleste Ng.
Lydie, 16 ans, a disparu. A-t-elle été enlevée, a-t-elle fugué? Très vite la police découvre son corps dans le lac tout proche de la maison familiale. Tous les membres de la famille tentent de comprendre, chacun à leur manière, ce qui s’est passé. La petite soeur l’a entendue fuir la nuit, le grand frère est persuadé que la vérité est à chercher du côté d’un garçon qu’elle fréquentait. Petit à petit, j’ai presque envie de dire, strate par strate, on en sait en peu plus. On découvre le couple de ses parents, par qui tout a commencé. Le père d’origine chinoise, la mère américaine. Les pressions qu’ils ont exercé sur leur fille, inconsciemment…

Il n’est pas nécessaire de dévoiler plus de l’histoire pour comprendre que c’est un roman excellent. Sachez juste qu’il l ne s’agit pas ici d’un thriller, comme la couverture voudrait nous le faire croie, mais d’un roman psychologique, à la finesse et à la profondeur extrêmes. Si bien écrit que je l’ai dévoré en deux jours.
Céleste Ng, Sonatine

Etre ici est une splendeur

1896547070C’est en tombant par hasard sur un tableau de Paula M. Becker, une maternité alanguie que Marie Darrieussecq « rencontra » cette peintre allemande du début du 20e siècle, peu connue en France. A partir de ses lettres, de son journal et de son intime proximité avec l’artiste, elle en a conçu une biographie habitée. Très tôt, Paula ne voulut qu’une chose: peindre. En dépit des injonctions de son milieu, et même de son mariage avec un homme qu’elle aimait, cette amie très proche de Rilke, ne pensait qu’à fuir loin de toutes les contingences pour travailler. Seule femme dans un monde d’hommes. C’est ainsi qu’elle fit plusieurs séjours solitaires à Paris, travaillant, admirant les tableaux de ses contemporains: Cézanne, le Douanier Rousseau, etc. Pourtant la vie, la vraie, faite de sang et de larmes la rattrapera. Enceinte, sans qu’on sache très bien si elle désira cet enfant, Paula meurt à 31 ans des suites de son accouchement. Heureusement son oeuvre, qui se rattache à celle des expressionnistes allemands est aujourd’hui visible au Musée d’Art Moderne de Paris jusqu’au mois d’août. Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir cette exposition mais j’ai lu le livre avec à côté de moi, son catalogue (disponible entre autres chez Filigranes). Une alliance très belle des tableaux et des mots de Marie Darrieussecq.
Etre ici est une splendeur, Marie Darrieussecq, POL

La jeune épouse

la-jeune-epouse_baricco.jpgItalie du Nord, début des années 20. Une jeune fille de 18 ans débarque dans la maison d’une grande famille. Elle doit épouser le Fils. Seul problème, le Fils vit à Londres et on ne sait quand ni s’il reviendra. Commence alors une attente éprouvante parmi des personnages fantasques. La mère, une ancienne prostituée, l’Oncle atteint de narcolepsie qui dort presque 24 heures sur 24, sans oublier le fidèle serviteur, qui fait passer ses messages par des quintes de toux d’intensité différente. Quant à l’héroïne, elle reçoit là une éducation sexuelle assez particulière. On le voit, le dernier roman d’Alessandro Baricco a des allures d’étrange conte de fée.

Les plus littéraires d’entre vous aimeront que ce livre prenne aussi la forme d’une charte romanesque de l’auteur. En effet, tout au long du récit, il y a un jeu avec le narrateur, qui n’est plus omniscient (c’est à dire qu’il connaît tout des pensées de ses personnages). Au contraire, il passe, sans qu’on ne soit prévenu – et l’effet est très surprenant – la parole à l’un ou l’autre des personnages qui exprime ainsi son ressenti. En glissant des réflexions entre les lignes de l’histoire, Alessandro Baricco, nous parle de littérature, de ses ambitions et de ses limites. Et c’est vraiment intéressant. Mais ça perturbe peut-être un peu le plaisir de l’histoire. A vous de voir.

Alessandro Baricco, Gallimard