Poésies (2)

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Congé au vent

A flancs de coteau du village bivouaquent des champs fournis de mimosas. À l’époque de la cueillette, il arrive que, loin de leur endroit, on fasse la rencontre extrêmement odorante d’une fille dont les bras se sont occupés durant la journée aux fragiles branches. Pareille à une lampe dont l’auréole de clarté serait le parfum, elle s’en va, le dos au soleil couchant.
Il serait sacrilège de lui adresser la parole.
L’espadrille foulant l’herbe, cédez-lui le pas du chemin. Peut-être aurez-vous la chance de distinguer sur ses lèvres la chimère de l’humidité de la Nuit?

René Char, Seuls demeurent, 1945, Gallimard

J’adore René Char, même s’il est hermétique, même si tout n’est pas compréhensible. Toujours est-il que lorsque je lis ce poème je vois devant moi ce champ de mimosa. Je sens son parfum délicieux… et je rêve.