Un film-culte

affiche.jpg Je suis loin d’être une spécialiste du cinéma, juste une spectatrice attentive. Mais revoir Le Cercle des Poètes Disparus, m’a donné envie d’en parler. Parce que ce film n’a pas pris une ride. Parce que 27 ans après sa sortie (1989), j’ai été terriblement touchée par sa jeunesse, son appel au carpe diem, son enthousiasme. Je pourrais multiplier les raisons à l’infini. Il y a bien sûr l’époustouflante prestation du très regretté Robin Williams, celle tout en nuances d’Ethan Hawke à ses débuts, etc.

Mais avant tout un petit résumé. 1959 dans un lycée sévère et exigeant des Etats-Unis, un groupe de copains suivent attentivement les cours du nouveau professeur d’anglais, Mr Keating. Celui-ci, bien loin de donner des cours traditionnels, les encourage au contraire à aimer la poésie, à trouver leur propre voie, à briser les règles, à vivre intensément leurs passions…

Mesure-t-on bien aujourd’hui, alors que tout est permis, ce que ces paroles avaient de révolutionnaire dans les terribles années 50, celles où les garçons n’avaient d’autre choix que d’obéir à la terrifiante autorité de leurs pères? Où tout était codifié, tracé d’avance, coincé. On ne sort pas indemne de la vision d’un tel film. Comme lors de la première fois, en 1989, j’ai aujourd’hui une envie vibrante de repousser plus loin les frontières du possible.

Le Cercle des Poètes Disparus de Peter Weir est disponible sur Netflix.

Le prétendant


Waouw, waouw, waouw! J’ai su tout de suite en m’attaquant à la toute grosse brique qu’est Le Prétendant que je le lirais jusqu’au bout et surtout très vite.L’action se passe au Danemark, plus précisément au Château, oui, oui, le même que dans la série télévisée Borgen. Les sociaux-démocrates se sont fait laminer aux dernières élections et Per Vittrup le premier ministre doit quitter sa place. Ses amis et rivaux attendent aussi qu’ils démissionnent de son poste de chef de parti. Certains piaffent d’impatience afin de prendre la relève. Tous les yeux sont tournés sur Gert Jacobsen qui attend son heure depuis longtemps. Gert est un politicien aguerri mais il a un secret: son insupportable violence. S’il a réussi à la dominer en public, sa femme en fait les frais au quotidien. Sa femme, mais aussi son assistante parlementaire d’origine turque…

Ce thriller politique est intéressant en ce qu’il décrit les secrets et petits arrangements des ministres et membres de partis. Mais il devient carrément passionnant quand il aborde la thématique de la violence domestique. Linda, l’épouse de Gert, est bouleversante. Femme à la personnalité fragile, à la jeunesse bousillée, elle tremble de peur devant son mari. Avant que les derniers coups ne viennent tout bouleverser…

Est-il encore nécessaire de vous dire que j’ai adoré et que vous ne pouvez absolument pas passer à côté de ce roman danois?

Hanne-Vibeke Holst, Éditions Héloïse d’Ormesson

Les révolutions de Bella Casey

Bella Casey Dublin, fin du 19e siècle. Bella Casey, l’aînée d’une fratrie nombreuse, se différencie des autres par son goût du savoir et de l’étude. Elle connaît Shakespeare et la grammaire sur le bout des doigts quand elle prend place sur les bancs de l’Ecole Normale, qu’elle réussit brillamment. Les rêves de Bella sont raisonnables: travailler, se marier, et avoir des enfants. Mais ils sont contrecarrés par l’horrible révérend, son supérieur lors de son premier emploi d’institutrice. Ce dernier la met enceinte, ce qui la force à fuir et à épouser le premier venu avant que sa grossesse ne soit visible.
Il est question ici d’amour filial , celui qui lie Bella à Jack, son plus jeune frère. Bella l’élève et Jack la soutient tout au long de sa vie. Mais aussi de violence conjugale, de folie et de terrible pauvreté. Tout ça sur fond des tensions qui mèneront à la révolution irlandaise de 1916. Bella Casey est un personnage magnifique dont on suit avec angoisse et chagrin la déchéance. Quant à Jack, il n’est autre que Sean O’Casey, un des plus grands dramaturges irlandais. Le romanesque repose ici sur des faits réels, sans perdre un instant de sa force.
Mary Morrissy, La Table ronde

Poésies (2)

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Congé au vent

A flancs de coteau du village bivouaquent des champs fournis de mimosas. À l’époque de la cueillette, il arrive que, loin de leur endroit, on fasse la rencontre extrêmement odorante d’une fille dont les bras se sont occupés durant la journée aux fragiles branches. Pareille à une lampe dont l’auréole de clarté serait le parfum, elle s’en va, le dos au soleil couchant.
Il serait sacrilège de lui adresser la parole.
L’espadrille foulant l’herbe, cédez-lui le pas du chemin. Peut-être aurez-vous la chance de distinguer sur ses lèvres la chimère de l’humidité de la Nuit?

René Char, Seuls demeurent, 1945, Gallimard

J’adore René Char, même s’il est hermétique, même si tout n’est pas compréhensible. Toujours est-il que lorsque je lis ce poème je vois devant moi ce champ de mimosa. Je sens son parfum délicieux… et je rêve.

Le Cercle

product_9782070147427_195x320.jpg Après avoir pleuré d’ennui dans une administration, Maé Holland, jeune femme intelligente et ambitieuse est engagée dans l’entreprise de ses rêves. Le Cercle, qui est au départ un fournisseur d’accès à Internet, est un mélange de Facebook et de Google. Tout y est fait pour le bonheur de ses employés. Des chambres luxueuses leur sont proposées s’ils travaillent trop tard, après le travail, ils peuvent, dans l’enceinte de l’entreprise faire du sport, danser, écouter de la musique. Le but étant qu’ils y passent un maximum de temps. Mais ce n’est pas tout. Le Cercle propose à ses employés et à ses abonnés un compte TrueYou, rassemblant absolument toutes les données les concernant, et leur enjoint d’en partager un maximum sur les réseaux sociaux…
On l’aura compris, ce roman d’anticipation met en scène, dans un avenir tout proche l’avènement du totalitarisme via nos chers réseaux sociaux. Plus aucune intimité, plus aucune liberté ne sont possibles dans un monde régi par le partage et la transparence absolue.
En ce qui concerne l’écriture, c’est bof bof. Par contre ça se lit vite et bien. Et on reste fascinés devant les dangers possibles de ce qui est devenu un de nos plus grands moyens de communication.
PS: le film est en cours de réalisation avec Emma Watson, dans le film de Maé.
Dave Eggers, Gallimard

Sorties poches

Voici trois livres, sortis entre septembre et décembre 2014 qui m’ont bouleversée et que j’ai adorés. Je suis contente pour vous, on les trouve désormais à petit prix 😉

9782757854877.jpg Jacob naît dans une famille juive de Constantine. Alors que les femmes n’ont d’autre droit que celui de nettoyer et de cuisiner, les hommes sont durcis par la pauvreté de leurs conditions de vie. Mais pas Jacob. Jacob est le doux, le gentil, celui que tout le monde aime et qui arrondit les angles. En 44 il est appelé et participe au débarquement dans le sud de la France. C’est un bon soldat, un bon camarade, qui manque juste de chance. Valérie Zenatti se glisse véritablement dans la peau de son grand-père, parle pour lui, raconte sa guerre avec émotion. Et touche à l’universel.
Jacob, Jacob, Valérie Zenatti, Points

 

 

9782757850459.jpg Ce qui frappe à la lecture de ce roman, très justement couronné par le Prix Femina 2014, c’est l’extrême misère d’Haïti, l’infinie succession de catastrophes qui y succèdent… Ici deux familles s’affrontent à l’époque des Duvalier. L’une de propriétaires terriens et de pêcheurs pauvres constamment opposée à une famille riche de la même région. Celle-ci n’a de cesse de voler les terres de la première et de rapter ses femmes. Au-delà du récit, narré d’une façon très poétique, c’est l’histoire de l’île qui surgit sur trois générations et dans toute sa désolation.
Bain de lune, Yanick Lahens, Points

 

 

9782253045335-001-T.jpeg Je ne vous dirai pas ce que vient faire l’eau du titre dans cette extraordinaire fresque romanesque, parce qu’elle est le secret, le non-dit d’Annie Oh, la mère de famille, devenue lesbienne sur le tard, et qu’on ne le découvre qu’à la toute fin du livre. Mais je peux vous dire que tous les romans de Wally Lamb sont des livres-mondes si touffus, si humains qu’ils nous font oublier notre propre vie. On y trouve tout ce qui fait l’Amérique d’aujourd’hui et plus largement le monde occidental partagé entre vision idéaliste ou plus individualiste de l’existence. Un auteur, un livre à découvrir de toute urgence.
Nous sommes l’eau, Wally Lamb, Le Livre de Poche

Mémoire de fille

annie ernaux mémoire fille Il manquait une année dans la vie et l’œuvre d’Annie Ernaux: 1958. Celle sur laquelle la grande écrivaine a longtemps tenté de travailler, sans succès. Jusqu’à ce que, cinquante ans après les faits, elle y parvienne et nous offre cet excellent livre.
En 1958, la jeune Annie a 18 ans. L’été, elle quitte son foyer, la mercerie-épicerie de ses parents, pour devenir monitrice dans une colonie. C’est là qu’elle rencontre H. le chef-moniteur, qui très vite la soumet à son désir brutal et la quitte au petit matin venu. Au grand chagrin de la jeune fille qui, pour se consoler, passe de bras en bras. Vite jugée dans la société très puritaine des années 50, elle est considérée comme une putain. Ce n’est qu’un an plus tard, à la lecture du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir qu’Annie sera elle-même choquée et honteuse de son comportement, comprenant qu’elle s’est comportée en simple objet de désir.
Annie Ernaux fait ici un extraordinaire travail de mémoire, se remémorant avec précision ses sensations de jeune fille, mais aussi prenant de la distance: l’Annie de 18 ans, c’est elle. Celle qui écrit aujourd’hui dit je. Et c’est cette distance qui permet la réflexion. Sur elle-même, l’époque et sa condition de femme. La presse ne s’y est pas trompée, saluant avec enthousiasme la sortie de Mémoire de fille. Le public non plus puisque le livre, pas si facile que ça, se situe dans le classement des dix meilleures ventes selon Livres Hebdo.
Annie Ernaux, Gallimard

Jamais sans ma liseuse (et mon ipad)

kobo-glo-hd Cela fait plus de trois ans maintenant que je suis passée à la lecture numérique. Et j’adore ça. Pourquoi?

Parce que ma liseuse est légère comme une plume et que je l’emporte partout avec moi, même dans les plus petits sacs. Alors que je prends tous les jours les transports en commun, le facteur poids a toute son importance. Fini les grosses briques de plus d’1 kg que je traînais avec moi pour lire quelques minutes seulement pendant ma pause de midi.

Parce que la page du livre est extrêmement ‘claire’ (ce qui est dû je pense à la haute définition), la lecture sur liseuse est ultra-confortable. La mienne est rétro-éclairée, et je peux lire discrètement dans le noir tout aussi bien qu’en plein soleil. En plus – et à 50 ans cela a toute son importance, personne ne me contredira – on peut agrandir les caractères.

Parce que – et c’est une des raisons les plus importantes qui m’a finalement convaincue – on trouve désormais 99 % des sorties littéraires en format de lecture numérique.

Parce que je lis beaucoup (environ deux livres par semaine quand je suis en forme, sans oublier les recueils de poésie dans lesquels je pioche, les livres pratiques…) et que j’aime l’idée d’avoir toute ma bibliothèque avec moi.

Parce que les livres numériques sont environ 30 % moins chers que les livres papier. Ce n’est pas assez pour faire exploser le marché, mais ça me fait faire des économies. Notez quand même à ce sujet qu’un Livre de poche reste moins cher qu’un livre numérique sorti récemment.

Parce que depuis que je suis divorcée, je vis dans un petit appartement, et que je n’ai plus la place pour avoir une grande bibliothèque. Cela m’a donc semblé la solution idéale, vu que je dors dans le salon et que je n’avais pas l’intention d’étouffer sous les piles de livres!
Par contre rassurez-vous, je continue à m’offrir de temps en temps un beau Pléiade pour relire mes classiques ou un livre d’art… en papier!

Quel modèle de liseuse ai-je choisi?
A une Kindle qui n’accepte que le format de fichier proposé par Amazon, j’ai préféré une Kobo Glo qui supporte le format epub, plus universel, et sur laquelle je pourrai également lire le nouveau format epub3 encore peu utilisé aujourd’hui. Les liseuses Kobo sont vendues à la Fnac.

Dans quelle librairie en ligne j’achète mes livres?
J’ai choisi la librairie www.numilog.com mais epagine.fr, par exemple, est tout aussi bien. A noter que Numilog a également une app, qui me permet, si j’ai oublié ma liseuse, de poursuivre ma lecture sur mes iphone et ipad.
Mais ce n’est pas tout…

Mes journaux et mes magazines aussi
Toujours pour payer moins et garder mon petit chez-moi net sans papiers superflus, je lis également les journaux et magazines en format numérique. J’ai ainsi un abonnement au Monde qui me revient à environ 17 euros par mois et je lis mon quotidien sur ordi ou ipad, voire même smartphone. Je lorgne également sur un abonnement numérique au Soir, un quotidien belge. Pour les magazines féminins, littéraires, d’art, de déco, d’actualité, j’ai un abonnement au kiosque numérique relay.com. Pour 19,90 euros, j’ai droit à une vingtaine de magazines par mois, bien plus que je n’en peux lire, d’ailleurs. Là aussi, je les lis sur ipad.

Voilà, vous savez tout de mes habitudes numériques. Je ne sais pas si je suis une geekette, mais je sais en tout cas que j’aime utiliser les nouvelles technologies pour me faciliter la vie. Et non le papier ne me manque pas. Ce qui compte pour moi c’est le contenu, et pas le support!

Le lagon noir

lagon Une chose me semble sûre: même si j’adore le ton des livres d’Arnaldur Indridason, ses meilleurs romans policiers sont derrière lui. Si vous le suivez, comme moi, de livre en livre, vous savez desquels je parle: La femme en vert, La voix, La cité des jarres étaient tout bonnement extraordinaires.
Ceci étant dit, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire Le lagon noir, à plonger dans son atmosphère mystérieuse, en demi-teinte, encore renforcée par les épouvantables conditions météorologiques de l’Islande. Il y est si facile de disparaître lors d’une tempête de neige…
Tout commence pourtant par une scène presque idyllique. Une jeune femme atteinte de psoriasis se baigne régulièrement dans un lagon d’eau chaude situé dans un paysage désert. Elle s’y sent merveilleusement bien jusqu’au jour où elle touche du pied un cadavre. C’est Marion et un Erlendur alors trentenaire qui s’emparent de l’affaire et découvrent qu’il s’agit d’un homme travaillant à la base militaire américaine de Keflavik. Et c’est là que se trouve un des intérêts de ce polar. On découvre le pourquoi des relations extrêmement tendues entre la société islandaise et les citoyens de l’Oncle Sam. Parallèlement à cette enquête, Erlendur en mène une deuxième consacrée à la disparition inexpliquée d’une jeune fille 25 ans plus tôt. Si je devais le noter, je lui mettrais un 7,5/10. Parce que j’adore Erlendur, qui jeune avait déjà le petit côté vieillot qu’il gardera toujours. C’est en homme qui souffre et sa douleur lui permet d’avoir de l’empathie, parfois même pour les coupables. Et parce qu’avec lui je découvre des petits morceaux d’Islande.
Le Lagon noir, Arnaldur Indridason, Métailié

La femme sur l’escalier

la-femme-sur-l-escalier-751489-250-400Tout commence par un trio étrange, hanté par un même tableau. Celui d’une femme nue descendant l’escalier. Hélène, la muse, est la femme d’un riche industriel, commanditaire de la toile, avant de devenir la maîtresse du peintre qui veut, lui, absolument récupérer son tableau. Quand un jeune avocat est engagé pour démêler cet imbroglio, il tombe également éperdument amoureux de la belle Hélène qui se joue de lui… Trente-cinq ans plus tard, en voyage d’affaires en Australie, l’avocat tombe sur le tableau dans une galerie de Sydney et n’a de cesse de retrouver Hélène.

Il y a un côté vaudevillesque dans ce roman de Bernard Schlink. Comment ne pas sourire devant ces trois hommes essayant à tout prix d’être le préféré d’Hélène, même à soixante ans passés. Mais ce qui touche surtout, c’est le romantisme des dernières pages, la question qu’il pose – comment rattraper le temps perdu, les occasions manquées – et l’évocation de l’amour vrai et désintéressé décrit dans le troisième tiers du livre. Très beau, même si ça n’a pas la même force que Le Liseur, du même auteur.

Bernard Schlink, Gallimard