En attendant Bojangles

bojangles Sous les yeux de leur fils ébloui, un couple danse, amoureusement, langoureusement sur Mister Bojangles de Nina Simone. Ces deux-là s’aiment d’amour fou et se sont créés un univers à leur mesure, fait de fêtes où des cocktails multicolores se boivent comme de la limonade, où on fait valser les importuns dans la piscine. Quant au printemps, il se célèbre dans leur propre château en Espagne… Mais de la folie douce, on bascule vite dans la folie pure…
Ce premier roman d’un inconnu, Olivier Bourdeaut, caracole en tête des meilleures ventes (on en est à 80.000 environ). Il s’est fait connaître par le bouche-à-oreille, plaît autant au public qu’aux critiques. Pourquoi? Comment peut-on résister à une si belle histoire écrite dans une langue à la fois classique et poétique. Aux amandiers en fleurs d’Espagne. A un récit dont la fantaisie rappelle celle de Boris Vian. Un exemple? Lorsqu’il est puni, le petit garçon est obligé de regarder la télévision. Un adorable pied de nez à notre époque, où les enfants même très jeunes ne peuvent vivre sans écran. C’est un roman court, 150 pages, et il se lit quasi d’une traite. L’image d’une jeune femme en chemise blanche nageant dans un lac bleu profond ne nous quittera plus, et c’est le cœur serré qu’on range le livre dans sa bibliothèque ou qu’on le prête vite aux amis!

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, Finitudes

Poésies (1)

Robert Desnos

J’ai tant rêvé de toi 

Robert Desnos (1900-1945)
J’ai tant rêvé de toi
J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser
sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère?

J’ai tant rêvé de toi
que mes bras habitués en étreignant ton ombre
à se croiser sur ma poitrine
ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne
depuis des jours et des années,
je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi
qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi,
la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes
lèvres que les premières lèvres et le premier front venu.

J’ai tant rêvé de toi,
tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
qu’il ne me reste plus peut-être,
et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

Desnos, Oeuvres, Quarto Gallimard

J’adore la poésie. Pour l’alliance des sons qui se répondent et des sentiments les plus extrêmes. A l’époque de ma cinquième secondaire, on allait vraiment au fond des choses et je me souviens de mon éblouissement devant les poèmes de Baudelaire, Rimbaud, Verlaine… Ce texte-ci je l’ai découvert par hasard. J’avais 20 ans, j’étais extrêmement timide avec les garçons. Et cette idée de rêver plus que de vivre m’était très familière. Je le relis souvent et j’avais envie de le partager avec vous.

En plus Robert Desnos était un type bien. Surréaliste, résistant, il a été arrêté par la Gestapo et est mort jeune au camp de Theresienstadt.

 

 

Réflexions livresques

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« Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. » Jules Renard

Dans ma pile de livres des prochains jour il y a En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, qui caracole en tête des ventes  de romans (chiffres Livres Hebdo), Envoyée spéciale de Jean Echenoz, Le Mariage de plaisir de Thahar Ben Jelloun. Et parce que j’aime varier les plaisirs , également ce qu’on appelle aujourd’hui un Feelgood book (un livre dont on ressort heureux et le sourire aux lèvres), La bibliothèque des coeurs cabossés. J’y ajouterai certainement aussi quelques chapitres de l’Esprit du Judaïsme  de Bernard Henry Lévy. Eh oui j’aime mélanger les genres. Je prends parfois autant de plaisir à lire un livre léger comme une série télévisée que ce qu’on appelle la grande littérature. A l’heure où d’après les chiffres et les enquêtes, les gens lisent de moins en moins, peut-être que le message qu’on devrait leur faire passer c’est justement: lisez n’importe quoi, mais lisez. Mélangez les genres, commencez par un bon polar (j’adore), n’ayez pas peur de choisir de la littérature à l’eau de rose, laissez-vous conseiller ensuite par un libraire pout tenter quelque chose de plus difficile. Mais n’abandonnez pas. Sur papier, liseuse, ou tablette, plongez-vous dans une bonne histoire pour atteindre ce bonheur dont parle Jules Renard. cette envie de vous pelotonner sous un plaid et de vous fermer au monde qui vous entoure, pour vous ouvrir à un autre… Tout cela me fait penser aux sacs que la Librairie Filigranes à Bruxelles vient de faire fabriquer. Sur fond blanc, une injonction: Lisez, nom de Dieu! Je ne serai peut-être pas aussi brutale… mais disons que je n’en pense pas moins.