D’après une histoire vraie

Daprès-une-histoire-vraieIl y quelque chose dans cette rentrée littéraire 2015 qui m’enthousiasme. Chaque livre que je commence me plaît ou me passionne. Et D’après une histoire vraie est mon préféré absolu! Parce qu’on y parle de littérature, parce qu’on y flirte entre vérité absolue et romanesque bien sûr, mais aussi parce que Delphine de Vigan parle de l’amitié, de la féminité d’une façon qui m’ont été droit au coeur.
Tout commence d’une façon qui nous fait penser qu’on est dans le réel. Delphine est épuisée après le succès retentissant de son dernier livre, celui où elle évoque le suicide de sa mère (Rien ne s’oppose à la nuit jamais nommé).Elle est la compagne de François (Busnel), a deux jumeaux comme dans la vie. Petit à petit on glisse dans un autre domaine… Delphine, rencontre une jeune femme, L, nègre de son état, dont elle devient l’amie. Petit à petit, et parce qu’elle bénéficie d’un remarquable don d’empathie, L s’impose dans la vie de l’écrivain, répond à ses mails, lui impose sa vision du livre: celle où tout est vrai, où rien n’est imaginé. Et sans qu’elle s’en rende compte, Delphine passe sous l’emprise de L et surtout, ne parvient plus à écrire un mot…
Il y a des ficelles de thriller dans ce livre, Delphine de Vigan plaçant d’ailleurs son roman sous les auspices de Stefen King. C’est absolument passionnant, intelligent, diabolique. Je ne peux que très chaudement vous le recommander.
D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, Jean-Claude Lattès

Citation

  
Toute écriture de soi est un roman.

Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie. 

Millenium 4: J’ai aimé!

Millenium D’un point de vue moral, j’avoue c’est pas top! Faire écrire la suite des trois romans noirs exceptionnels de Stieg Larsson par l’obscur David Lagercrantz, jusque-là auteur d’une biographie de Zlatan, ça ressemble juste à une juteuse affaire commerciale. Et pourtant… Ce Millenium 4, Ce qui ne tue pas est réussi… et se vend par ailleurs déjà très, très bien.
L’intrigue. Alors que le magazine Millenium se voit obligé de publier des articles plus glamour (ce que vivent beaucoup de titres de la presse écrite, malheureusement) et qu’une cabale est lancée à l’encontre de Mickael Blomqvist, un savant suédois est assassiné. Auprès de lui, son fils de 8 ans, autiste, qui a vu le meurtrier. Heureusement Lisbeth Salander, toujours hackeuse de génie, veille sur le petit garçon…
Mon verdict. Ce quatrième tome est passionnant et se lit quasi d’une traite. Au-delà de l’intrigue, le thème d’actualité, traite d’intelligence artificielle et de collusion entre le monde politique, de l’industrie et la mafia. L’écriture est un peu plate, mais ce n’est pas trop grave, tant on a envie de tourner les pages. Contrairement aux trois tomes écrits par Larsson, il n’est plus question ici des travers de la société suédoise et c’est peut-être un peu dommage. On est dans le domaine du pur roman noir, et l’intrigue est peut-être un peu moins subtile que dans les livres précédents. Mais ça fonctionne très bien, et ne boudons pas notre plaisir.
Millenium 4, Ce qui ne tue pas, David Lagercrantz, Actes Sud

La dernière nuit du raïs: dans la peau de Khadafi

La-Dernière-Nuit-du-Raïs-librairie-Despontin-Wavre A quoi pouvait bien penser Kadhafi, pendant les heures qui ont précédé sa mort, alors qu’il est encerclé par les rebelle à Syrte? Nous sommes dans la nuit du 19 au 20 octobre 2011. Khadafi s’est réfugié dans une école, avec à ses côtés, le dernier rang de ses fidèles. Alors que sa défaite est certaine, il s’emporte, les insulte, en condamne certains, en récompense d’autres, dans les crises de mégalomanie dont il a le secret. On est face au tyran absolu. A celui qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat, qui a su réformer la Lybie mais qui l’a aussi écrasée dans le sang, qui abusait de toutes les femmes de son royaume.
Mais puisque tout s’explique et que même les dictateurs ont des secrets, l’auteur nous révèle ceux de Khadafi et nous le montre orphelin issu d’une tribu pauvre du désert, brimé à l’armée, construisant sa trajectoire sur cette blessure. Jusqu’à l’assaut final. « Les plus grands écrivains se seraient intéressés à Khadafi. Tolstoï aurait aimé, Homère ou Shakespeare aussi. » Yasmina Khadra lui a, lui, prêté sa voix, et l’exercice est réussi.
La dernière nuit du raïs, Yasmina Khadra, Julliard

Intérieur nuit: l’intelligence au service de la peur

Marisha-Pessl-Intérieur-nuit-GallimardC’est rare, mais j’ai eu peur en lisant ce livre. C’est dire si l’atmosphère de malaise qui règne pendant toute l’histoire est finement rendue…

L’histoire? Celle d’une jeune femme de 24 ans, Ashley Cordoba, retrouvée morte dans un entrepôt désaffecté de New York. Suicide ou pas? Comme la victime est la fille de Stanislas Cordoba, un mystérieux réalisateur-culte, auteur de films d’horreur, Scott McGrath, journaliste d’investigation, ne peut s’empêcher de se poser la question. Accompagné d’Hopper, autrefois amoureux d’Ashley, et de Nora, passionnée par le cinéma de Cordova, il mène l’enquête. De témoin, en témoin, d’un asile psychiatrique à l’antre d’une praticienne de la magie noire… l’angoisse monte.

Mon verdict: on a ici un vrai roman noir, qui utilise tous les codes du thriller. Sa construction est redoutablement intelligente, l’auteur glissant carrément de vrais-faux extraits de journaux ou de pages web au gré de l’enquête, ce qui étoffe son propos et donne aux lecteurs l’impression de participer à l’enquête. En ce qui concerne les personnages, ils sont denses, fouillés, on y croit vraiment. Et c’est d’autant plus vrai pour celui du réalisateur dont la noirceur n’est pas sans rappeler celle de David Lynch.

Au final, cela donne un tout gros bouquine, qu’on ne peut lâcher et qu’on lit très, très, très vite.

Intérieur nuit, Marisha Pessl, Gallimard

Douceur

  
Ce soir on célèbre la nouvelle année juive en trempant une pomme dans le miel, pour plus de douceur. Jadis on enseignait aux petits garçons des écoles juives l’alphabet hébraïque en trempant les lettres dans le miel pour que l’apprentissage se fasse en douceur. Joli symbole. 

Un chiffre

La Grande Librairie presente par François Busnel sur France 5. Paris - FRANCE, le 04/09/14

65. C’est le nombre de programmes qui abordent le livre sous diverses formes sur les 18 principales chaînes de TV et de radio françaises.
(Chiffre: Livres Hebdo, photo: La grande librairie sur France 5)

Délivrances

Délivrances L’entrée dans la vie de Lula Ann est loin de se faire en fanfare. D’emblée sa mère ne l’aime pas. Métisse à la peau presque blanche, elle vient d’accoucher d’une petite fille « noire comme la nuit, noire comme le Soudan ». Lula Ann n’aura pas assez de toute son enfance pour se faire pardonner sa couleur, allant jusqu’à injustement dénoncer une institutrice de pédophilie pour que sa mère lui prenne la main. Cette culpabilité-là, elle la traînera, comme un boulet. Malgré tout, elle parvient à s’affranchir de ces jours sombres, devenant directrice d’une société de cosmétiques, rencontrant Brooker un homme lui aussi marqué par une enfance dévastée. Lorsqu’il la quitte, en lui disant qu’elle n’est pas la femme qu’il lui faut, tout s’effondre… Il y a une immense dureté dans ce onzième roman de Toni Morrison, mais heureusement une capacité de rédemption également. Le récit, poignant, oscille entre réalisme et conte. Du tout grand art.

Profession du père

Sorj-Chalandon-Profession-du-père-Grasset Sorj Chalendon, je l’aime… d’un amour tout littéraire. Que ce soit Mon traître, Le Quatrième Mur, ou ce Profession du père, tous ses romans me parlent et me bouleversent. Très différent de ses livres ancrés dans l’actualité – que ce soit celle de l’Irlande ou du Liban – c’est dans l’intimité d’une famille qu’on entre ici. La sienne, mais revisitée par la voix de son héros, Emile. Emile a 12 ans et vit très isolé du reste du monde avec ses parents. La mère est soumise et effacée, et le père, quel père… complètement fou. Pourtant Emile ne le juge pas – il n’a pas les armes pour le faire – et entre dans son jeu. Le père se dit agent secret? Les voilà tous deux faisant des courses folles dans Paris, se parlant par talkie-walky interposé. Il décide pour sauver l’Algérie de tuer De Gaule? Voilà Emile écrivant à la craie des slogans pro-OAS dans la cour de l’école, et embrigadant un de ses camarades dans un faux projet d’attentat. Tout cela pourrait être un jeu, un peu douteux mais grandeur nature, s’il n’y avait la violence du père. Emile est battu, enfermé dans la Maison de correction – une armoire – sans manger, ni dormir. A 20 ans il est purement et simplement renvoyé de chez lui. C’est terrifiant, poignant, et ce Emile-là on a envie de le serrer dans ses bras.
Profession du père, Sorj Chalendon, Grasset

Otages intimes

Otages intimes On a si souvent vu ces scènes à la télévision. Ces otages, venus du Liban, d’Irak ou d’ailleurs, qui hagards, descendent de la passerelle de l’avion, impatiemment attendus par leurs proches. Le héros de Jeanne Benameur s’appelle Etienne. Photographe, désireux de témoigner de toutes les horreurs des guerres, il a été capturé par un groupe, qui a fait de lui une monnaie d’échange. La peur, désormais tatouée au corps, il revient en France, dans son village natal, là où patiemment l’ont attendu sa mère et son ami d’enfance, Enzo. A leur contact, à celui de la nature réconfortante, il va devoir se reconstruire et apprivoiser sa part d’otage intime… L’écriture se déploie comme une délicate dentelle, l’émotion est là, frontale. J’ai adoré ce roman de Jeanne Benameur et je compte bientôt me plonger dans ses autres livres.
Otages intimes, Jeanne Benameur, Actes Sud