Secret de rentrée littéraire (1)

byJohannesJansson-Norden-org-CC-BY-2-5-viaWikimediaCommons 589. Tel est le nombre de romans qui paraîtront à partir du 20 août prochain jusqu’aux prix littéraires du mois de novembre. Soit 3 % de moins que l’an passé. Et une baisse constante de parutions depuis quelques années. L’occasion pour les éditeurs de mieux se concentrer sur les auteurs et les livres qui sortent sur le marché.

Ça aussi, ça passera: entre Eros et Thanatos

ca passera Je ne comprends pas tout à fait le foin qu’on a fait autour de ce livre, mais bon, comme j’ai fait l’effort de le lire jusqu’au bout, je vous donne mes impressions. Le pitch – largement autobiographique – d’abord. Bianca a quarante ans et vient de perdre sa mère. Ecrasée par le chagrin, elle quitte Barcelone, pour la maison familiale de Cadaques, avec ses enfants, ses ex-maris, son amant et ses meilleures amies. Le séjour se transforme très vite en une grande fête du sexe, et de fumette collective…
Il y a de l’émotion et de la vitalité dans ce livre haletant, celle qui permet de surmonter les deuils, et qui est à mon avis sa plus grande qualité. Mais il y a aussi de l’impudeur, qui me dérange et me fait dire que définitivement, l’auto-fiction ce n’est pas pour moi.

Citation 

  
“La lecture d’un roman jette sur la vie une lumière.” Aragon

Ma vie de pingouin: tendresse et légèreté

maviedepingouin Comme beaucoup de monde, j’avais lu et beaucoup aimé, il y a quelques années, Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti. Confortablement installée à la piscine, pendant ma semaine de vacances, je me suis plongée dans Ma vie de pingouin du même auteur et je ne l’ai pas lâché de la journée. Le pitch: un groupe de Suédois part en croisière en Antarctique. Parmi eux, Thomas, trentenaire séparé de ses enfants, qui veut en finir avec la vie. C’est compter sans l’optimisme à toute épreuve de Wilma, qui cache sa maladie sous ses sourires. Et puis il y a la merveilleuse Alba, très jeune septuagénaire, qui dans ses carnets compare les éléphants de mer et autres pingouins avec les êtres humains. Tout est là pour nous faire sourire, pleurer ou les deux à la fois. Mais sous cette apparente facilité, sous la légèreté, on trouve une vraie subtilité et c’est ce qui fait tout le charme et l’intérêt de ce roman.
Ma vie de pingouin, Katarina Mazetti, Editions Gaïa

Mystérieuse maison de poupées

miniaturiste Encore un roman que j’ai dévoré. Si vous avez aimé La Jeune fille à la perle ou d’autres romans de Tracy Chevalier, vous risquez de craquer également. On y retrouve la même atmosphère.
Nella Oortman a 18 ans et est une fille de la campagne, quand elle quitte son village pour rejoindre son mari à Amsterdam. Celui-ci est un des commerçants les plus riches de la ville. Pourtant, Johannes Brandt n’est pas là pour l’accueillir à son arrivée, ni les jours suivants. Nella ne trouve sur place que Marin, sa sœur extrêmement antipathique et deux serviteurs. Nuit après nuit Nella attend Johannes, et ce dernier ne vient jamais, se réfugiant dans son bureau. Pour l’occuper il lui offre une superbe maison de poupées qu’elle va remplir petit à petit à l’aide d’une étrange miniaturiste. Ses poupées minuscules, semblent , en effet, prédire l’avenir. Et quand Nella découvre le secret de son mari, loin de se démonter, elle se révèle aux autres et à elle-même dans toute sa force.
Miniaturiste est une très belle évocation d’Amsterdam à la fin du 17 e siècle, où le pouvoir des guildes s’appuie sur la religion réformée et où la plus grande rigueur morale est exigée de ses habitants. Malheur à ceux qui y dérogent…
Miniaturiste, Jessie Burton, Gallimard

Formidable Prix Pulitzer 2015

lumière Est-ce un roman historique? Un roman d’aventures? J’y ai longuement réfléchi avant d’écrire cette rubrique. Un peu des deux certainement. Toujours est-il que c’est une merveille à laquelle je pense souvent depuis que je l’ai terminée.
A la fin des années 30, Marie-Laure vit à Paris avec son père, serrurier au Musée des sciences naturelles. Depuis qu’elle a 6 ans, la petite fille est aveugle et grâce à d’astucieuses maquettes, son père lui a appris à se déplacer chez elle, puis à l’extérieur.
Werner, lui est un orphelin allemand aux cheveux blancs, petit génie des radios. Depuis tout jeune, il les démonte et les remonte avec une facilité déconcertante et sera enrôlé pour ses talents dans une école qui forme l’élite de la future armée allemande.
En 1940, Marie Laure fuit avec son père sur les routes de l’exode pour rejoindre, à Saint-Malo, un grand-oncle un peu étrange. Elle passera toute la guerre dans la cité malouine, participant à sa manière à la Résistance. Quant à Werner, son don pour les transmissions électro-magnétiques sera utilisé par les nazis.
Enfin, n’oublions pas non plus la course-poursuite qu’entame un officier allemand pour retrouver un fabuleux diamant…
Ce roman est si foisonnant qu’il est très difficile à résumer en quelques lignes. L’essentiel est ailleurs. Dans les atmosphères un peu fantastiques que l’auteur excelle à décrire. Dans la richesse de ses personnages, à la personnalité fouillée, et aux occupations plutôt originales. Dans la réécriture d’un épisode de la Deuxième Guerre mondiale qui ne nous ennuie pas une minute. Pour cela Anthony Doerr a choisi la structure des thrillers: une succession de chapitres courts qu’on a envie de dévorer les uns après les autres. Et ça fonctionne parfaitement!
Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr, Albin Michel