J’ai rencontré Eliette Abécassis

eliette J’aurais préféré qu’Eliette Abécassis n’ait jamais à écrire ce livre. Parce qu’il évoque l’antisémitisme de plus en plus présent en France et en Europe, qu’il rappelle l’assassinat d’Ilan Halimi, l’attentat de Toulouse, celui de l’Hyper Casher, où chaque fois des victimes ont été tuées simplement parce qu’elles étaient juives. Parce qu’il parle de la tentation de l’Alyah (départ en Israël) des Juifs de France. De ce matériau lourd, l’auteur a écrit un livre qui claque comme un coup de fusil et qui m’a été droit au coeur. J’ai eu l’occasion de la rencontrer et de lui poser quelques questions.
Eliette Abécassis, Alyah, Albin Michel

Votre livre a-t-il été écrit dans l’urgence après les attentats du mois de janvier?
J’ai commencé à écrire ce livre en août 2014 après les manifestations antisémites à Paris (ndlr: suite à la guerre à Gaza). Il y a eu des commerces brûlés, des cris de Morts aux juifs, la volonté d’attaquer une synagogue. J’ai ressenti à ce moment-là un effet de tension et d’angoisse terrible, je n’arrivais plus à penser à autre. Puis sont venus les événements de janvier et là j’ai repris tout ce que j’avais écrit mais avec une couleur tragique. Je n’ai jamais écrit un livre aussi vite, autant dans l’urgence et dans la nécessité.

En l’écrivant, vous vous faites la voix de la communauté juive?
Je ne pense pas. C’est plutôt la voix de la France, à travers un prisme. C’est un plaidoyer pour la France et en même temps, le constat de la crise terrible que traverse la société française qui se désagrège. Le spectre de l’antisémitisme est toujours le symptôme d’une crise de la société. C’est un livre qui s’adresse à tous parce que depuis le mois de janvier on ressent tous les mêmes angoisses et on se pose les mêmes questions.

Pourquoi avoir écrit un roman et pas un essai?
Je voulais prendre mon lecteur par la main et l’amener à ressentir ce que mon personnage ressent. Je n’avais que des questions, pas de réponses, je ne pouvais donc pas écrire un essai.

Au-delà de la peur, de l’insécurité, on vous devine surtout blessée dans l’amour que vous portez à la France.
C’est vrai. Il y a une déception terrible à cause de cet idéal de la France, de cette idée qu’on a de la France des Lumières, de la patrie des droits de l’homme. Quand on voit ces idéaux se fracasser sur une réalité atroce, on est dans l’effroi, on se demande comment c’est possible. Et là on se rend compte qu’il y a eu vingt ans de laisser-faire du gouvernement, dans la politique, l’éducation, les banlieues laissées dans un vide terrible, qui devient le terreau du radicalisme. Dans certaines classes, on ne peut plus parler de Madame Bovary parce que c’est immoral. On ne peux plus évoquer de questions qui ont trait au judaïsme, encore moins parler de la Shoah, et cela depuis 15 ans.

Aujourd’hui pensez-vous faire votre alyah?
Je me pose la question tous les jours. Partir? Rester dans le contexte actuel? J’aimerais pouvoir rester.

Auteur : Anne Rozenberg

Anne Rozenberg, journaliste et blogueuse

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