Mirage: le flop de Douglas Kennedy

mirage J’ai tellement aimé Douglas Kennedy, celui de La Poursuite du bonheur surtout, des Désarrois de Ned Allen et même encore celui de Quitter le monde. Mais là je dis stop. Je me suis forcée à terminer Mirage, c’est dire. L’histoire? Celle de Robyn, une expert-comptable américaine, mariée à Paul, un artiste dépensier et menteur invétéré. Ces deux-là décident de partir en vacances au Maroc et s’installent un mois dans un petit hôtel d’Essaouira. Si au début tout est idyllique – beaucoup trop, on sent très vite, que la situation va basculer – ce bonheur tranquille vole en éclats quand Robyn apprend par hasard que son mari vient de subir une vasectomie, alors qu’il lui jure ses grands dieux vouloir un enfant avec elle. S’en suit – et je vous passe bien des détails censés être aventureux et qui m’ont paru ridicules – une course-poursuite dans tout le Maroc. Où l’on croise un méchant Parrain obèse, des gentils berbères et un bijoutier juif intègre, entre autres. Où la généreuse Américaine donne la moitié de sa fortune à son chauffeur, sauvant la vie d’un homme à défaut de sauver le Maroc tout entier. Tout ça ne serait pas trop grave s’il n’y avait les explications psychologisantes d’un simplisme à faire pleurer, la mauvaise traduction… Le tout étant ennuyeux, bourré de poncifs, tirant en longueur, en un mot très mauvais. Voilà c’est dit. Même si François Busnel de La Grande Librairie a, lui, aimé le livre. (Voir sa chronique dans l’Express)
Mirage, Douglas Kennedy, Belfond

De l’amour

9782709649339-G Depuis que je les ai rencontrés, lui et son humour pince-sans-rire, j’aime beaucoup Grégoire Delacourt. Et son dernier livre Les quatre saisons de l’été m’a beaucoup touché. Nous sommes sur la plage du Touquet le 14 juillet 1999. En cette année de fin du monde, quatre femmes de 15, 35, 55 et 75 ans vont se croiser sans se connaître, parfois influer sans le savoir sur l’existence des autres. Le récit de leurs vies évoque tour à tour une facette différente de l’amour, celle du tout premier, celle du chagrin, celle de la renaissance ou de la plénitude désespérée. Sous le propos léger en apparence, se révèle une réflexion sur cet amour qui sans cesse chavire les coeurs. La construction du roman est très réussie, le ton doucement mélancolique, et on souhaite aux Quatre saisons de l’été de se retrouver dans de très nombreux sacs de plage. Une bien jolie lecture d’été.
Les Quatre saisons de l’été, Grégoire Delacourt, JC Lattès

Citation

Les femmes de leurs rêves nagent dans le fond de leurs verres. 

Grégoire Delacourt, Les quatres saisons de l’été. Chronique à venir d’ici un jour ou deux. 

Mazal Tov!

Chani Kaufman Londres, 2008. Chani Kaufman, a 18 ans. Juive orthodoxe, elle est sur le point de se marier avec Baruch, un jeune homme qui l’a choisie contre l’avis de ses parents. C’est que même si Chani est jolie, intelligente, vive et très pieuse, elle est pauvre, ou du moins son père, rabbin d’une minuscule synagogue, n’a pas un sou. En parallèle à l’histoire du jeune couple, le roman nous invite à découvrir le parcours de l’épouse du rabbin qui initie Chani aux lois du mariages, et ça, c’est nettement moins banal…
Ce qui est intéressant dans ce roman c’est l’invitation qu’il nous adresse à pénétrer un monde fermé. Et il n’hésite pas à en dessiner certains travers. L’épuisement des femmes notamment qui croulent sous les tâches ménagères et l’éducation de leurs très nombreux enfants – la mère de Chani en a 8! L’ignorance totale des jeunes gens en matière de sexualité qui fait de leur nuit de noces une véritable catastrophe. Il dénonce avec humour –ah la scène magistrale des deux familles qui se rencontrent avant le mariage! – l’argent qui trace une frontière chez les Juifs orthodoxes comme dans l’ensemble de la population. Quant au jeune couple, il est très attachant, ruant –doucement – dans les brancards des multiples codes auxquels il est soumis. Par contre, rien à signaler du côté du style. C’est simple et propre mais on est assez loin de la grande littérature.
Comment marier Chani Kaufman, Eve Harris, Plon

Exercices de style

Barrico

C’est à un exercice de style, un étrange jeu sur la littérature que nous convie, l’écrivain italien Alessandro Baricco. Trois fois dès l’aube, ce sont trois courtes nouvelles à l’atmosphère énigmatique qui sont liées entre elles par leurs deux personnages principaux. Dans la première, un homme, client d’un hôtel, aide une femme en détresse… qui le fera finalement arrêter. Dans la deuxième, le concierge d’un hôtel sauve une jeune fille d’un compagnon violent. Et enfin dans la dernière, un inspecteur de police emmène avec elle un jeune garçon, qui a vu brûler sa maison et ses parents sans faire un geste… Sans qu’il n’y ait de lien logique, ni temporel, l’homme et la femme, sont toujours les mêmes, endossant chaque fois un rôle différent. Sachez encore que cet ouvrage est un livre dans le livre. Il est en effet mentionné, dans Mr Gwyn, le roman précédent d’Alessandro Baricco et nous entraîne ainsi dans une mise en abîme réussie.
Trois fois dès l’aube, Alessandro Baricco, Gallimard

Un chiffre réconfortant

15 à 20 % du total des lecteurs se disent encore de gros lecteurs (entre 15 et 25 livres lus par an!). Un chiffre plutôt réconfortant. (Dans le magazine Books du mois d’avril)