Italie, 1979

product_9782070139453_195x320Paolo et Luisa embarquent sur un ferry pour visiter leurs proches incarcérés sur une île dans une prison de haute sécurité. Le fils de Paolo, membre des brigades rouges a assassiné par conviction de parfaits innocents. Le mari de Luisa est « simplement » violent et a tué deux personnes à mains nues. La beauté de l’île, ses couleurs, ses odeurs, les assaillent brutalement, contraste cruel avec l’emprisonnement de leurs proches. Une fois leurs visites achevées, Paolo et Luisa sont coincés sur l’île par une tempête. Un gardien, homme bon transformé par sa confrontation quotidienne avec les prisonniers, ne les lâche pas d’une semelle. Dans ce huis-clos se produit un âpre rendez-vous avec la douleur et la renaissance. Ces deux parents murés dans leur chagrin vont s’ouvrir l’un à l’autre, se raconter leurs souffrances et en partager le poids. Une petite lumière qui les aidera désormais à vivre. Plus haut que la mer, roman de l’Italienne Francesca Melandri est à la fois, beau, sensible, et déploie une grande force de suggestion. L’arrière-plan historique est juste suggéré, laissant toute la place à la rencontre des personnages.
Plus haut que la mer, Francesca Melandri, Gallimard

Sorties poches

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Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre, Le Livre de Poche: J’ai adoré ce formidable Prix Goncourt 2013. Il met en scène deux gueules cassées de la Grande Guerre, qui a force de ne pas être réinsérés dans la société civile mettent au point une gigantesque arnaque au monument funéraire. C’est passionnant, si bien écrit que certaines scènes me restent en tête un an et demi après sa lecture.

Les deux suivants, je ne les ai pas encore lus, mais je suis très, très tentée.

Sagan 1954, Anne Berest, Le Livre de Poche: En 1954, Françoise Sagan est une jeune fille de 18 ans comme toutes les autres… jusqu’au 15 mars, date à laquelle elle publie son mythique Bonjour tristesse. Anne Berest mêle sa vie à celle du grand écrivain français dans une autofiction dont on dit qu’elle est très réussie.

Les joies éphémères de Percy Darling, Julia Glass, J’ai Lu: J’ai lu tous les livres de Julia Glass, un auteur américain que j’affectionne et qui soigne particulièrement la psychologie de ses personnages. Ici elle met en scène un vieil homme solitaire qui voit s’installer une école près de chez lui… ce qui changera sa vie.

Un tout bon polar israélien

la violence en embuscade

Fragilisé par sa dernière enquête (Une disparition inquiétante, Seuil), l’inspecteur Avraham Avraham, revient à Tel Aviv après trois mois passés à Bruxelles. Alors qu’il a encore quelques jours de congé, on fait appel à lui. Une valise contenant une bombe factice ayant été déposée à la porte d’une crèche. La directrice a apparemment la main leste avec les enfants, ce qui entraîne inévitablement des conflits avec les parents… Très vite l’attention d’Avraham se porte su Chaïm, modeste traiteur un peu décalé, père de deux jeunes enfants. Son malaise pendant l’interrogatoire et l’absence de sa femme sèment le doute dans l’esprit de notre enquêteur…
Dès le début de l’histoire l’angoisse monte sans que la situation ne soit trop inquiétante et je me suis très vite demandé pourquoi. C’est que les personnages de Dror Mishani sont tellement désespérés, que ce soit Avraham en raison de l’absence de sa femme, ou Chaïm dont on sent qu’il n’a connu que des échecs, qu’ils ne peuvent que nous toucher. On l’aura compris, il s’agit ici d’un polar psychologique, l’auteur plantant de vrais personnages, à la personnalité fouillée. L’enquête que j’ai trouvée réussie, même si elle n’est pas haletante, en devient presque secondaire. Une bonne lecture pour ce week-end en tout cas!

La violence en embuscade, Dror Mishani, Seuil

Quand Héloïse parle joliment de Jean

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Etre éditrice, c’est évidemment psychanalytique. A travers les auteurs que je publie, que j’entoure d’affection et d’attention, c’est mon père que j’aime, j’en suis parfaitement consciente.

Héloïse d’Ormesson dans le numéro d’Elle France de cette semaine

Le livre, un objet de pub comme un autre

J’ai passé quatre jours à Paris dernièrement et quelque chose m’a frappée: on y voyait un peu partout affichées dans la ville, des publicités pour le dernier livre de Jean-Christophe Rufin, Check-point. Cela me gênait, me le rendait moins désirable et je me suis demandé pourquoi. J’adore passer dans le métro parisien, parce que l’on y voit des publicités pour des expositions et des pièces de théâtre. Alors qu’est-ce qui clochait avec un livre? La raison m’a sauté aux yeux d’un coup. La relation avec un livre tient tellement de l’intime, est si associée pour moi aux délicieux moments de lecture passés au lit notamment, que je n’ai pas envie de voir ces livres-là, mes précieux, étalés aux yeux de tous. Et vous, qu’en pensez-vous?

Faut-il encore lire les classiques?

A cette question un peu provocante je réponds oui, trois fois oui.

Les classiques on les lit généralement très jeunes, entre quinze et dix-huit ans. Et je me suis demandé quel effet ils feraient sur moi aujourd’hui.

Inspirée par la jolie affiche du film portant le même nom, j’ai commencé mes retrouvailles avec le 19e siècle par la lecture du Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau… et j’ai adoré!

La langue d’abord, fluide et très raffinée. L’histoire ensuite, celle de Célestine R, jeune femme délurée, qui entre comme femme de chambre dans une maison de Mesnil-Roy, petite ville de province. Ses talents d’observatrice sont sans pareils pour témoigner d’une société fermée sur elle- même, d’une maîtresse acariâtre, d’un maître libidineux, de  Joseph le jardinier antisémite. Sans oublier les autres femmes de chambre du lieu, chez qui on ne trouve que laideur, roueries et caractères odieux. Céleste raconte aussi ce qu’elle a vécu dans ses anciennes places et notamment celle où elle s’est occupée de Georges, un jeune homme atteint d’une maladie incurable qu’elle a tenté de soigner… d’une façon très particulière!

Ce qui frappe à la lecture, c’est la peinture de la société du 19e siècle (on est en pleine affaire Dreyfus) où les jeunes filles pauvres n’avaient d’autres choix qu’être paysanne, prostituée ou femme de chambre, les limites entre les deux dernières catégories étant parfois floues. Et puis et surtout, il y a les personnages criants de vérité, vivants, faits de chair et de sang, de sexe aussi bien que la langue de l’époque le couvre souvent d’un voile pudique.

A votre tour de le lire maintenant. Ce Journal d’une femme de chambre est bien mieux que nombreux romans contemporains.

Incipit

Aujourd’hui, 14 septembre, à trois heures de l’après-midi, par un temps doux, gris et pluvieux, je suis entrée dans ma nouvelle place (…) Ah! Je puis me vanter que j’en ai vu des intérieurs et des visages, et de sales âmes… Le journal d’une femme de chambre, Octave Mirbeau, Le livre de poche La chronique suit demain

Une vie presque sans fin

J’ai terminé ce formidable roman (merci Marianne de la Librairie Filigranes) il y a quelques jours déjà mais ses personnages viennent encore régulièrement me rendre visite. Et surtout Ursula Todd la première d’entre eux. Qui naît un onze février 1910 et meurt aussitôt le cordon enroulé autour du cou. Qui renaît et parvient à survivre grâce au coup de ciseau du docteur. Et puis meurt noyée sous les hautes vagues quatre ans plus tard, avant de revivre…

Kate Atkinson, écrivain anglais que je suis et apprécie depuis Dans les coulisses du musée, a su tirer toutes les innombrables possibilités de ce procédé romanesque et a doté Ursula Todd, d’un don de prescience et de déjà vu, ce qui lui permet d’avancer et d’éviter certaines erreurs. Ainsi suite à un voyage dans l’Allemagne hitlérienne, Ursula comprend qu’il vaut mieux tuer Hitler et courageuse passe à l’acte. Mais les plus extraordinaires pages de ce roman sont pour moi celles qui se passent pendant la guerre dans Londres bombardée. Où l’on vit dans les caves avec les habitants, où l’on respire poussière et gravats, où l’on découvre également les cadavres suite à chaque attaque de Londres, Ursula faisant cette fois, par un tour de passe-passe littéraire réussi, partie de la défense civile.Une vie après l’autre est un roman sur le temps, sur les possibilités qu’offre la vie, sur ce que les expériences nous apportent et nous enseignent. Mais nous offre avant tout des heures de lecture heureuses.

Une vie après l’autre, Kate Atkinson, Grasset

Poème chinois

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Eloge du Saule, He Zhizhang
Une belle jeune fille maquillée en grand arbre;
Rubans verts d’une jupe: ses dix mille rameaux.
On ignore qui a découpé ces petites feuilles;
Le vent printanier de mars est comme des ciseaux.

Ce poème magnifique écrit au 8e siècle me fait un peu penser à René Char sans qu’il n’y ait aucun rapport entre les deux auteurs. Il est extrait de l’Anthologie de la poésie chinoise récemment publiée dans la Bibliothèque de La Pléiade.