Americanah: mon livre coup de coeur

C’est un roman foisonnant, un roman-monde où se croisent et se décroisent une foule de personnages attachants. Ifemelu, la narratrice, vit une enfance paisible au Nigeria. Dès le lycée, elle y rencontre Obinze. Ils vont s’aimer, rêver ensemble d’Amérique et d’Europe où ils finiront par partir chacun de leur côté, vivant une expérience radicalement différente. Quand Ifemelu arrive aux Etats-Unis, elle va pour la première fois, se sentir noire et être confrontée à la question de son identité.  De cette expérience elle nourrira son blog « Sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les nègres) par une Noire non américaine ». Des extraits en parsèment le roman, constituant la partie théorique du texte. Pour le reste, ça part dans tous les sens, ça oscille entre les différentes périodes de la vie d’Ifemelu, ça parcourt la vie de dizaines de personnages, c’est sensible, nuancé… un vrai bonheur!  Quinze ans après son départ,  Ifemelu finira par revenir au Nigeria, le seul endroit où elle est vraiment elle-même, et par retrouver Obinze. Americanah est mon coup de cœur absolu en cette rentrée de janvier!
Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie, Gallimard

Trompe-la-mort

Depuis toujours, Tom Larch oscille entre deux cultures. Sa mère est indienne, son père anglais. A huit ans il quitte avec sa famille l’Inde adorée pour Londres qu’il déteste. A 18 ans, orphelin, il s’engage dans les Royal Marines où il vit de conflit armé en conflit armé, de bagarres en aventures jusqu’à un grave accident d’hélicoptère auquel il survit miraculeusement. Une journaliste l’interroge sur son expérience? Voilà qu’il devient par hasard Trompe-la mort, le héros d’un documentaire qui lui vaut une véritable gloire médiatique. Jusqu’à son retour en Inde où il part sur les traces de l’héritier d’un milliardaire mystérieusement disparu… On devine le plaisir que Jean-Michel Guenassia a dû éprouver en racontant les aventures rocambolesques et parfois improbables de son héros contemporain. Si on lui reconnaît un véritable talent de conteur, digne des feuilletonistes du 19e siècle, on a préféré ses deux romans précédents, Le cercle des incorrigibles optimistes et La vie rêvée d’Ernesto G. dans lesquels on a trouvé plus de profondeur et de surprises. Ce Trompe-la-mort reste pourtant très agréable à lire, ne boudons pas notre plaisir.
Trompe-la-mort, Jean-Michel Guenassia, Albin Michel

L’avortement n’est jamais banal!

C’est un texte court, écrit après avoir lu dans une interview une phrase d’Annie Ernaux qui a fait écho en elle: « Rien n’est jamais acquis pour les femmes. Si vous ne dites pas que vous avez avorté, vous prenez le risque que ce droit disparaisse. » Alors plus de trente ans après les faits, Colombe Schnek, écrivain, journaliste a pris la plume pour raconter. Elle avait dix-sept ans, était une jeune fille insouciante, élevée librement par ses parents. Elle avait un petit ami, était sur le point de passer son bac et… c’est arrivé. Alors qu’elle prenait irrégulièrement la pilule, elle est tombée enceinte. Colombe a eu de la chance, soutenue par son père, elle a pu avorter. C’était en 1984, la loi Veil avait dix ans. Aujourd’hui, elle le dit, même dans les meilleures conditions, un avortement n’est ni banal, ni confortable. « Ca vous hante toute votre vie. » Mais alors qu’ici et là on le conteste, il reste et doit rester un droit inaliénable pour toutes les femmes.
Dix-sept ans, Colombe Schnek, Grasset

Actes libres

Difficile d’écrire après la tuerie de Charlie Hebdo qui nous laisse tous stupéfiés. Pourtant hasard ou pas, je viens de terminer la lecture du Consul de Salim Bachi. Un homme extraordinaire, ce consul du Portugal à Bordeaux, Aristides de Sousa Mendes. Nous sommes en 1939, et la France vient de capituler. Alors qu’une foule de réfugiés, désireuse de quitter le pays se presse à sa porte pour obtenir un visa, il va prendre fait et cause pour eux, n’écoutant que sa conscience, se positionnant contre sa hiérarchie et les ordres de Salazar. Pendant trois jours, il va signer sans relâche, sauvant ainsi d’une mort certaine 10.000 Juifs. Au total ce sont près de 30.000 personnes qui pourront grâce à lui fuir l’Europe et le nazisme. Le prix à payer pour lui sera terrible. Déchu de ses fonctions, il mourra dans la solitude et le dénuement, oublié de tous.
Le roman a la forme d’un monologue lyrique, à travers lequel Aristides se raconte. Il y parle de sa foi, de son épouse et de ses quatorze enfants, de sa maîtresse qu’il aime malgré sa culpabilité de grand catholique, et de son geste. Il n’y voyait pas de courage, juste du coeur. Des années plus tard, l’Etat d’Israël lui a octroyé le titre de Juste parmi les nations.

Le Consul, Salim Bachi, Gallimard

Fausse gaieté

Et voilà c’est reparti pour la rentrée littéraire de janvier, qui propose cette année plus de 500 romans. Le premier que j’ai choisi dans la pile est La gaieté de Justine Lévy. Parce que cette fille me touche profondément, parce que certaines de ses douleurs sont les miennes. Un petit avertissement cependant: malgré le titre optimiste, mieux vaut ne pas lire ce livre, si vous êtes déprimé. La gaieté c’est celle qu’en toute conscience la jeune femme décide d’arborer comme une fleur à la boutonnière, pour ses enfants. C’est sa volonté de refuser la dépression, la tristesse. Car comme elle le dit si bien: « Je sais juste qu’une maman malheureuse vous refile toujours un bout de son malheur, sans le faire exprès et sans le savoir, c’est comme ça. (…) C’est pour ça que moi j’ai décidé d’arrêter la contagion, pour eux, pour mes enfants. » Mais bien sûr ce n’est pas si facile que ça, et on ne se remet pas, par la seule force de sa pensée, d’une enfance dévastée. Justine Lévy creuse au plus profond des sentiments et des souvenirs pour dire le plus justement possible les montagnes russes du chagrin. Son père, Bernard-Henri Lévy, par sa présence, son attention et son amour pour elle est la figure lumineuse de ce texte beau et poignant.