La propriété

Je lis rarement de la Bd mais avec un tel sujet et un prix du Jury à Angoulême, je ne pouvais qu’être interpellée. A la mort de son fils, Regina décide de partir en Pologne avec sa petite-fille Mica. A la veille de la Deuxième Guerre, ses parents,  juifs tous deux, y avaient un appartement et elle en est toujours propriétaire. Petit à petit, on se rend compte que la vieille dame avait un autre but que celui de récupérer son bien. Peu à peu, elle plonge dans la mélancolie et sa petite-fille ne sait comment agir… Si j’ai moyennement été sensible aux dessins de La Propriété que je trouve assez lourds (Si je dis qu’ils me font penser à Bob et Bobette, on va dire que j’exagère, je suppose), j’ai trouvé l’histoire particulièrement émouvante, tendre. Et puis les personnages, du jeune guide polonais, à  l’ancien amoureux de la grand-mère sont particulièrement réussis.
La propriété, Rutu Modan, Actes Sud

Merveilleuse Lettre à Helga

Je n’ai que je sache pas d’ancêtre scandinave. Mais il y a pourtant dans la littérature du nord de l’Europe quelque chose qui me touche profondément. Et il en va ainsi de La lettre à Helga de Bergsveinn Birgison.
Au soir de sa vie, un vieil homme écrit à la femme qu’il a éperdument et jadis brièvement aimée. Pêcheur, éleveur de brebis,  Bjarni Gislason, n’a pas eu la force de quitter son épouse, son village et la nature islandaise pour suivre Helga à la ville et risquer d’y étouffer. Mais la force de l’amour qu’il lui porte l’accompagnera toute sa vie.
Il y a dans ce court roman, de la sensualité, un amour profond pour la terre natale et les animaux qui la peuplent, à l’époque – les années 40 – où la modernité n’avait pas encore atteint les villages les plus reculés. On y trouve aussi une réflexion sur ce que les nouveautés du 20e siècle ont apporté à la terre islandaise quasi inviolée. Mais ce qui compte avant tout c’est la beauté de ce texte et l’émotion qu’il provoque. Je vous préviens: on en pleure!
La Lettre à Helga, Bergsvein Birgisson, Editions Zulma

Dossier 64

Il ne m’a pas fallu trois jours pour avaler cette brique de 600 pages. Mais il faut dire que je lisais tout le temps. Dans le bus, dans la rue, en cuisinant, en m’endormant, en travaillant ou presque. Pas moyen de m’en empêcher.
Le pitch? Au département V qui s’occupe des cold cases ou affaires classées, l’attention de Carl Mock et de ses assistants, Rose et Assad, est attirée par un meurtre vieux de 25 ans. En enquêtant l’équipe va mettre à jour, le destin de Nette, jeune femme qui lors d’un avortement clandestin est stérilisée contre son gré et celui de Curt Wad, médecin aux sombres méthodes désireux d’éradiquer du peuple danois « tout élément douteux ». On l »aura compris, cette quatrième enquête du Département V (après Miséricorde, Profanation et Délivrance tous parus au livre de poche) se base, sur fond d’extrême-droite, sur un fait de société réel qui a bouleversé le Danemark. L’enquête est plutôt classique, on sait très vite qui est le meurtrier. Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui compte vraiment, c’est le destin tragique de ces jeunes filles dont on a brisé la vie pour une idéologie plus que contestable.
Dossier 64, Jussi Adler Osen, Albin Michel

Le legs d’Adam

Depuis qu’il est petit, on dit à Edward qu’il ressemble comme deux gouttes d’eau à son grand-oncle Adam, disparu pendant la Deuxième Guerre mondiale. Et la comparaison ne s’arrête pas là. Comme Adam, Edward grandit à Berlin dans la maison familiale, entouré de personnages fantasques. Mais c’est seulement à la mort de sa grand-mère qu’Edward a accès au mystérieux grenier familial dans lequel il découvre le journal d’Adam. Berlin 1938. Adam a 18 ans lorsqu’il rencontre et tombe amoureux d’Anna. Celle-ci est arrêtée dans les premières rafles et il n’aura de cesse de la retrouver, n’hésitant pas à se glisser dans le ghetto de Varsovie pour tenter de la sauver… Voilà un premier roman, traduit de l’allemand, extrêmement abouti. On hésite sans cesse entre le rire, la fantaisie – on y rencontre un charmeur d’éléphants, une couturière héroïnomane, une grand-mère étudiant le visage des dignitaires nazis pour ne pas en avoir peur – et les larmes – les pages sur le ghetto sont bouleversantes. La forme est étudiée, la langue fluide, le plaisir de lecture garanti.
Le legs d’Adam, Astrid Rosenfeld, Gallimard