Indigo: déception du week-end

Trois écrivains se retrouvent en Inde du Sud pour donner un cycle de conférences organisé par l’Alliance française de Trivendum. Ils sont accueillis sur place par l’organisatrice de l’événement, une jeune Française mariée à un Indien. Apparemment, rien ne les lie, et pourtant… Ils vont tous, d’une manière ou d’une autre, être confrontés à leur passé et s’en trouver inévitablement changés. Il y a des points positifs dans ce livre comme la description des lieux, leur atmosphère, la chaleur et la langueur qui y règnent, mais dans l’ensemble j’ai été déçue par ce dernier roman de Catherine Cusset dont j’ai pourtant lu tous les livres. J’ai trouvé le propos d’Indigo éculé et ai regretté l’absence de force, d’intensité présentes dans La haine de la famille ou un Si brillant avenir.

 

L’autre visage de Catherine II de Russie

Deux adolescents regardent la neige tomber, deux amants rêvent d’un voyage loin de Saint-Pétersbourg…  Ce sont peut-être les plus belles images de cette Femme aimée d’Andreï Makine (Seuil) qui pourtant en foisonne. Jeune réalisateur, Oleg est passionné par Catherine II de Russie, dont il connaît tous les secrets, tous les détails de sa vie. Ma comment réaliser un film avec une telle somme d’informations? Et comment déjouer la sévère censure de l’époque Brejnev? Très vite son scénario lui échappe et le film dont il rêve ne voit pas le jour. On retrouve Oleg 20 ans plus tard. Le mur de Berlin est tombé, la Russie s’est libéralisée à l’extrême, et Oleg accepte la proposition d’un ami de faire de sa Catherine, une série télévisée.  Une fois encore, le personnage n’est pas pas tel qu’il la souhaite. Et surtout au-delà des clichés,  il ne peut montrer en elle, la femme aimée… Ce très beau texte du plus français des écrivains russes, excelle tant dans sa vision de l’impératrice du 18e siècle, que dans les allers-retours entre deux époques tout autant marquées par la violence. Sans oublier les rêveries de Catherine II et d’Oleg qui nous emportent loin de la dureté des jours. Magnifique!

Une fille, qui danse

C’est poussée par la critique et les avis enthousiastes de mes copains libraires chez Filigranes, que je me suis plongée dans la lecture d’Une fille, qui danse de Julian Barnes (Mercure de France). Légèrement décontenancée par la première partie du livre, où Tony, le narrateur raconte ses souvenirs d’une jeunesse passée en Angleterre dans les années 60 – une histoire que j’avais l’impression d’avoir lue cent fois – j’ai été très vite prise au piège de la deuxième partie du roman. On avait laissé Tony à 22 ans, son diplôme en poche, apprenant que Veronica, sa petite amie, était amoureuse de son meilleur ami, Adrian. On le retrouve, 40 ans plus tard. Il s’est marié et a divorcé, a eu une fille et mène une existence calme et sans aspérités. Jusqu’à ce qu’il reçoive un courrier de notaire lui annonçant que la mère de Veronica, lui a légué le journal intime d’Adrian. A partir de là les souvenirs vont remonter à la mémoire de Tony, donnant un tout autre éclairage à la première partie du livre et lui permettant de comprendre enfin ce qui s’est passé… Ce très beau roman joue sur le point de vue du narrateur: on croit –  à tort -Tony lorsqu’il raconte son histoire alors que c’est la présence muette de Veronica qui lui donnera toute son ampleur. Réflexion sur  le temps, la mémoire, et les souvenirs Une fille, qui danse, est un livre mélancolique dont on ne sort pas indemne.

Le roman du mariage

Je n’avais lu ni Virgin Suicide, ni Middlesex, de l’écrivain-culte Jeffery Eugenides, ce qui ne m’a pas empêchée de plonger avec délectation dans son troisième opus Le roman du mariage (Editions de l’Olivier). Années 80, Université de Brown. Dans une atmospère de grande liberté, faite de folles soirées très arrosées et de cours suivis avec plus ou moins de passion. Madeleine, étudiante en littérature, lectrice assidue des romans de Jane Austen, se lie d’amité avec Mitchell et Leonard. Très vite Madelaine tombe amoureuse de Leonard, tandis que Mitchell, lui n’a d’yeux que pour elle. C’est ce chassé-croisé amoureux avec toute la palette des sentiments qui l’accompagnent qui forme la trame du roman. Mais il y a bien plus que cela: Leonard souffre de maniaco-dépression et on le suit dans les affres de sa maladies, tandis que Mitchell, pour oublier Madeleine, part en Inde, travailler comme bénévole auprès de Mère Teresa. Tous trois vont devoir faire les choix qui auront un impact décisif sur leur vie.
Ce gros pavé de plus de 500 pages se lit avec facilité, tant la langue en est fluide. L’atmosphère de l’Université est si bien rendue qu’elle m’a fait penser à mes propres études. Quant à la maladie de Leonard, comment ne pas être sensible aux souffrances par lesquelles passent ce étudiant brillant? Jeffrey Eugenides parvient à nous fait sourire mais aussi ressentir et n’est-ce pas le plus important dans un roman?