Femme d’écrivain

Ernest Hemingway n’a que 21 ans lorsqu’il tombe amoureux d’Hadley Richardson. Ils se marient très vite et quittent les Etats-Unis pour Paris. Pour l’écrivain en devenir qu’est Ernest, rien de mieux que la ville-lumière. Le couple s’y lie d’amitié avec Gertrude Stein, Scott et Zelda Fitzgerald, Ezra Pound… C’est la vraie vie de bohème. La pauvreté y côtoie la fête quasi permanente, l’alcool coule à flots, et Ernest écrit, conforté par la confiance et l’amour qui lui porte sa première femme (Il en aura quatre en tout!). Au-delà de la très belle et tendre histoire d’amour qui lie Hemingway à Hadley, ce livre est intéressant dans la description du fabuleux Paris des années 20, où l’on pouvait croiser des artistes qui on marqué leur temps à chaque coin de rue. Mais aussi dans celle des débuts d’un écrivain, qu’on suit dans ses doutes comme dans ses efforts. Le livre de Paula McLain est passionnant d’un bout à l’autre.

Madame Hemingway, Paula McLain, Le Livre de Poche

Valentin, l’autre Musso

J’ai assisté dans le courant du mois de novembre, chez Filigranes, à la présentation du dernier livre de Valentin Musso, Le murmure de l’ogre (Seuil). Frappée par l’intelligence de ses propos et par sa culture j’ai eu envie de me plonger dans un de ses thrillers et j’ai commencé par Les cendres froides (Points) qu’il m’a d’ailleurs gentiment dédicacé. L’histoire? A la mort de son grand-père médecin, Antoine Cochet découvre, parmi des milliers de bobines, un film le montrant dans les années 40 auprès d’un lieutenant SS et d’une dizaine de femmes enceintes de type aryen. Intrigué et effrayé, Antoine se lance dans des recherches prouvant que son grand-père a travaillé pendant la guerre dans un lebensborn, une clinique spécialisée dans la sélection raciale. Parallèlement à ses découvertes, le meurtre d’une vieille dame est commis tout près de la maison du grand-père. Quant à Antoine, il a également fort à faire avec sa soeur dépressive…
Les deux points forts du livre sont d’une part le thème des lebensborn, peu connus si l’on n’est pas un spécialiste de la Deuxième Guerre mondiale et d’autre part le lourd secret de famille, ressort de l’intrigue. Quant aux personnages, je les ai trouvés trop froids et distanciés pour m’émouvoir de leur sort, mais c’est à mon avis le seul défaut de ce livre avec lequel j’ai passé un bon moment.
N.B.: Valentin est bien le frère de Guillaume Musso, mais leurs livres n’ont absolument rien à voir les uns avec les autres. Et c’est Valentin qui sort largement gagnant de la comparaison!

Cent ans

Cent ans séparent Sara-Suzanne, l’arrière-grand-mère, de la petite Herbjorg née en 1942. Dans ce texte, mi-autobiographie, mi-fiction, quatre générations de femmes passionnées se battent, pour leur survie et celle de leurs enfants, pour leur amour parfois. C’est que la vie dans les villages de pêcheurs du nord de la Norvège, est d’une rudesse infinie. Les conditions climatiques sont extrêmes, les enfants nombreux, faisant de leur mère une presque esclave. La voix d’Herbjorg racontant l’histoire, fait peser sur le récit une sourde angoisse. Petite fille solitaire, elle devait se cacher de Lui, ne trouvant le repos que dans l’écriture de ses petits carnets, à qui elle confiait sa honte… De sa terreur, de la vie de ses aïeules, Herbjorg Wassmo a écrit une saga poignante et charnelle qui m’a été droit au cœur.
Cent ans, Herbjorg Wassmo (10/18)

Les dessous de Millénium

 J’avais adoré Millénium, la célèbre triologie policière de Stieg Larsson, vendue dans la monde à 40 millions d’exemplaires (notez que le troisième tôme vient enfin de sortir en poche chez Babel).  Je me suis délectée du petit livre de sa compagne, Eva Gabrielsson, Millenium, Stieg et moi (Babel également). Elle y raconte les petits et grands secrets de fabrication de l’oeuvre et j’ai trouvé ça passionnant. Comment tel ou tel élément de leur vie ou de leur pensée s’est retrouvé dans le livre, mais aussi qui était l’homme qui se cachait derrière l’auteur, ce qu’il avait en commun avec son héros Michaël Bloomqvist. La partie la plus sombre est consacrée à l’héritage de Stieg, qui, malgré leurs trente ans de vie commune, n’est pas revenu à sa compagne puisqu’ils n’étaient pas mariés mais à son père et à son frère. Aujourd’hui, Eva se bat pour obtenir au moins l’héritage moral de l’oeuvre de Stieg.

Le nouveau Yasmina Reza

J’ai commencé à piocher dans la rentrée de janvier et le premier livre que j’ai lu est Heureux les heureux, le nouveau roman de Yasmina Reza (Flammarion). Composé de chapitres brefs, où l’on retrouve des personnages récurrents, placés chaque fois sous un éclairage différent,  il se fait l’écho de scènes de la vie quotidienne. Trois hommes à une table de jeu un soir, un couple se disputant dans un supermarché pour un sachet de gruyère, un chauffeur essayant de draguer une actrice qu’il doit conduire à droite et à gauche pendant le tournage d’un film, un fils jetant les cendres de son père dans un cours d’eau… L’écriture est simple (peut-être trop?), l’humour est bien présent, tentant de dédramatiser les siutations… Amour, mort, viellesse, il est question ici de l’essentiel, pourtant, ce texte ne m’a pas touchée. Place au suivant, donc.