La vie rêvée d’Ernesto G

Vous avez aimé Le Cercle des incorrigibles optimistes? La vie rêvée d’Ernesto G vous plaira tout autant. D’ailleurs on retrouve même des personnages du premier dans le second roman. Joseph K, son héros, traverse le 20e siècle en aimant la vie et en la subissant tout autant. L’itinéraire de ce héros malgré lui, le conduit de Prague où il naît, à Paris et sa bohème où il poursuit ses études de médecine puis à Alger dans les années 30 où il accepte un poste de biologiste à l’Institut Pasteur. Il y rencontre Maurice qui lui ouvre les portes de la ville blanche et deux femmes, féministes libérées qui compteront dans sa vie. Quand vient la guerre, Joseph qui est juif doit se cacher dans le djebel. Après quatre interminables années, sans nouvelles de son père, il retourne à Prague et s’enferme sans le savoir derrière le rideau de fer… Tout cela suffirait déjà à faire un très bon roman, et pourtant l’essentiel reste à venir. Sa rencontre avec le mystérieux Ernesto G, qu’il doit soigner, va bouleverser sa vie et celle de ses proches.
La vie rêvée d’Ernesto G, Jean-Michel Guenassia, Albin Michel

La Réparation

 J’ai lu La Réparation alors que j’étais couchée avec un mauvais rhume, accablée par des problèmes familiaux prenant leur source dans la Shoah qui, plus de 60 ans après les faits, m’écrase encore de tout son poids. C’est dire si ce livre de Colombe Schneck, faisant revivre l’histoire de sa famille, a su trouver un écho en moi, j’avais presque l’impression qu’elle me le chuchotait à l’oreille.
Lorsqu’elle prénomme sa fille Salomé, Colombe se souvient que sa mère lui avait demandé, des années plus tôt, de l’appeler ainsi, du nom d’une petite cousine disparue pendant la guerre. Réalisant qu’elle ne sait rien de cette première Salomé,  dont elle n’a qu’une photo, l’auteur va alors reconstituer son histoire, faire revivre trois sœurs (dont l’une est sa grand-mère) au tempérament bien trempé, partir sur leurs traces en Lituanie, enquêter sur le ghetto de Kovno, interroger les derniers témoins d’Amérique ou d’Israël.  Il y a un peu du Choix de Sophie dans ce récit dont la démarche m’a aussi rappelé, mais dans une moindre mesure, l’extraordinaire Les Disparus de Daniel Mendelshonn. Mais ce qui m’a frappée en plein cœur, ce sont les personnages des grandes-tantes de l’auteur, qui survivant à la déportation, y ayant chacune laissé un mari et un enfant, ont choisi la vie, vécu une nouvelle histoire d’amour, recréé une famille, profité de tout ce qui leur était donné.  Une formidable leçon, un livre vrai, beau et bouleversant.
La Réparation, Colombe Schneck, Grasset

Les Lisières: dur et incandescent

Coup de chance ou choix judicieux, pour le moment je ne lis que de tout bons livres. Eh bien j’ai franchi un pas de plus avec Les Lisières d’Olivier Adam, parce qu’au-delà de l’excellence de ce roman, il a su me gifler, me secouer, m’interpeler. Il faut entendre son auteur le présenter à la Librairie Filigranes  (voir la vidéo plus bas) pour encore mieux réaliser l’incandescence de son propos.
Paul Steiner, son héros, son double, est romancier. Installé en Bretagne, il est séparé de sa femme dont il est toujours amoureux et a deux enfants qu’il ne voit plus que les week-ends. Parce que sa mère se retrouve à l’hôpital, il retourne à V., la ville de banlieue qu’il a fuie. C’est l’occasion de creuser dans ses jeunes années, de tenter de comprendre la colère permanente de son père, la tristesse de sa mère. De celles qui l’ont plombé pour toujours. Retourner dans les lisières, c’est aussi revoir ses amis. Il y a ceux qui s’en sont sortis et qui ont quitté depuis longtemps V. et son manque de perspectives. Et les autres. Ceux à qui leur classe sociale et leur condition d’enfants d’ouvriers n’ont pas su donner des ailes. Paul Steiner va se faire leur porte-voix, c’est à lui qu’ils hurleront leur vie d’employés humiliés, sans cesse renvoyés, leurs salaires de misère, les conditions de vie de plus en plus pénibles d’une classe moyenne qui tend à disparaître. En vous tordant les tripes, Olivier Adam donne à voir des situations sur lesquelles peu d’auteurs français, Annie Ernaux excepté, s’attardent. Son livre est dense, son accès peut sembler difficile, mais il est indispensable.
Olivier Adam, Les Lisières, Flammamrion

Voici le lien de la vidéo: http://vimeo.com/51610425