Et puis, Paulette…

Et puis Paulette de Barbara Constantine m’a fait penser au célèbre Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda.  Un livre qui tient chaud au cœur, où l’entraide n’est pas un vain mot, dont les personnages  sont extrêmement attachants. Mais jugez-en plutôt… Ferdinand vit seul dans une grande ferme.  Un jour de tempête et d’inondation, il découvre que le toit de la maison de sa voisine n’a pas tenu. Il l’invite donc à habiter chez lui le temps des travaux. Il y a aussi Guy leur ami commun, qui se laisse mourir après le décès de sa femme. Ce dernier les rejoint bientôt. Aux trois amis, vont s’ajouter deux vieilles dames, puis deux jeunes gens, sans oublier Les Lulu’s, les petits-enfants de Ferdinand qui vont et viennent… Cette étrange communauté va s’entraider, chacun mettant ses compétences au profit de tous.  Un peu guimauve, un rien eau de rose? Peut-être. Mais ils ne sont pas si fréquents les livres fait avec des bons sentiments, et puis ici, il n’y a pas de vrai happy-end!
Et puis Paulette…, Barbara Constantine, Calmann-Lévy

Syrie: de l’actu au roman

Alors que la Syrie n’en finit pas de faire les grands titres de l’actualité, Kamal Jann, le roman de Dominique Eddé nous permet de vivre ses contradictions de l’intérieur. Kamal, le héros principal, est un brillant avocat d’affaires new-yorkais. Son oncle, chef des renseignements syriens, qui l’a forcé à une relation incestueuse, a fait tuer ses parents lors du massacre de Hama. Mais c’est lui aussi qui a financé ses études aux Etats-Unis, lui permettant de quitter l’enfer syrien… Approché par la CIA pour déjouer un attentat dans lequel est impliqué son frère terroriste, Kamal accepte leur marché pour sauver Mourad. Marché qui s’avèrera un jeu de dupes…
Il y a de la tragédie grecque dans ce roman passionnant, extrêmement fouillé. Ce sont les monologues et dialogues des personnages, qui comme au théâtre, font avancer l’intrigue. Leur complexité psychologique est telle qu’ils existent vraiment. Avec une mention spéciale pour les femmes, oscillant entre séduction et force. Et puis il y a la fin, en bouquet final, qui met à jour les faiblesses de Kamal et qui m’a bouleversée. Attention, Kamal Jann est un roman difficile, mais si vous vous accrochez, vous ne le regretterez pas!
Kamal Jann, Dominique Eddé, Albin Michel

Une femme, un destin

Elle a inventé la cosmétique moderne, introduit le maquillage, conquis le monde avec ses produits.  Travailleuse acharnée, collectionneuse d’art passionnée, elle a fréquenté les plus grands artistes de son temps. Elle c’est Helena Rubinstein. Rien ne destinait cette jeune fille juive, née en Pologne, en 1872, à un tel destin. Et pourtant… Etouffant dans une vie trop étroite pour elle, refusant un à un les prétendants qu’on lui destine, Helena a 24 ans quand elle part à l’autre bout du monde, en Australie.  Ses seuls vrais bagages: des pots de crème que sa mère utilisait pour protéger ses huit filles des rigueurs de l’hiver polonais.  Et une peau magnifique que les Australiennes, tannées par le soleil lui envient.  En véritable visionnaire, Helena Rubinstein, va créer un institut de beauté qui connaît un succès foudroyant, puis, deux, puis trois, avant de conquérir Londres, Paris et New-York.  Michèle Fitoussi raconte, dans un récit enlevé, le destin hors normes de cette femme qui l’est tout autant. Et qui s’ajoute à celui de l’appropriation de leur corps et de leur visage par les femmes. Passionnant!
Helena Rubinstein, Michèle Fitoussi, Le Livre de Poche

En un monde parfait

Ça commence comme un conte de fée.  Jiselle, hôtesse de l’air, épouse le très beau commandant de bord Mark Dorn. Celui-ci est veuf et a trois enfants dont elle décide de s’occuper à plein temps. Mais très vite, la situation dérape, Mark est absent la plupart du temps, et  ses deux filles aînées sont infectes avec Jiselle, qui les supporte pourtant avec stoïcisme. Et comme si ce n’était pas assez, une étrange maladie frappe les Etats-Unis. La grippe de Phoenix tue, et très vite le pays est mis en quarantaine par les autres nations: plus question d’en sortir, ni d’y entrer. Peu à peu une ambiance de fin du monde prend le pas sur l’apparente normalité des choses: les coupures de courant sont de plus en plus longues, l’essence manque, les supermarchés sont dévalisés puis fermés…
Eh bien, moi qui pensais choisir un petit livre tranquille pour le week-end, je me suis retrouvée avec une histoire onirique, angoissante à souhait, où les personnages se révèlent peu à peu sous leur vrai jour. Et ce n’était pas pour me déplaire! On peut toujours compter sur Laura Kasischke pour mettre un grain de sable dans les mécaniques bien huilées des petites vies ordinaires.

Adieu Jérusalem

C’est d’abord le titre et le thème de ce livre qui m’ont attirée: un roman de politique-fiction (bien plus qu’un thriller ou qu’un policier d’ailleurs) qui prévoit la chute de Jérusalem, diantre, rien que ça. Et puis la quatrième de couverture était bien alléchante: trois pélerins russes introduisent la peste à La Mecque, les malades et leurs proches hurlent au complot juif, ce qui , en cascade, occasionne des troubles graves en Israël. Ce que j’ai aimé: le livre  m’a fait penser aux écrits de Lapierre et Collins: une multitude de personnages et de lieux, au même moment, des chapitres courts qui retiennent l’attention, tout cela fonctionne très bien. L’auteur connaît  bien Israël, et ses personnages du vieux président démocrate, du mafieux russe, et de l’intellectuel de gauche sont très ressemblants.(On reconnaît d’ailleurs sans trop de problème Shimon Peres, Avigdor Lieberman,et Zeev Sternhel.) Le commissaire de police, un Arabe israélien, est, lui, très émouvant. Ce qui m’a moins plu: la situation décrite, comme les personnages sont très intéressants et méritaient d’être plus développés. J’ai eu l’impression que tout n’était qu’effleuré… Bon, je ne bouderai pas mon plaisir, j’ai passé un bon moment, mais quand même, je suis restée sur ma faim.
Adieu Jérusalem, Alexandra Schwartzbrod, Le Livre de Poche