Deux romans pour un même thème

Et quel thème, puisqu’il s’agit du nazisme et de ses conséquences aujourd’hui, incarné dans le personnage monstrueux de Martha Friedlander, épouse du riche industriel Gunther Quandt, puis du nazi Jozeph Goebbels.

Le premier roman « Qui a tué Arlozoroff? » est écrit par Tobie Nathan. Arlozoroff était un leader sioniste de Palestine et sa mort mystérieuse sur une plage de Tel Aviv en 1933 n’a jamais été élucidée. Mais quel est donc le point commun qui relie Magda à Victor? Ils se seraient passionnément aimés pendant leur jeunesse et seraient d’ailleurs restés en contact jusqu’en 1933. Quant à Monko, un rescapé des camps de la mort, il est lui aussi assassiné à Tel Aviv, 65 ans plus tard, et le journaliste qui mène l’enquête est persuadé que sa mort est liée à celle d’Arlozoroff. Voilà donc pour le canevas du roman. Mais dire ça, c’est ne rien dire du tout. C’est ne pas parler de la complexité de Magda, mangeuse d’hommes, persuadée que son destin est d’être une déesse  reconnue et admirée de tous. Ni de la fabuleuse description de la montée et de la nature du nazisme. C’est ne rien dire du chantage exercé sur les héritiers de Magda à qui on soutire de l’argent en échange du silence sur le passé nazi de leur famille. Ni de la très belle description du Tel Aviv d’hier et d’aujourd’hui à l’atmosphère si bien rendue. Et vous l’aurez compris, c’est ne pas affirmer que « Qui a tué Arlozoroff » est un roman historique passionnant, foisonnant dont la lecture ne laisse pas indemne.
Le deuxième roman est « Six mois, six jours » de Karine Tuil, basé sur un fait divers réel. Allemagne, années 2000. Juliana, héritière de l’empire industriel Kant et petite-fille de Magda, est une bourgeoise coincée qui s’ennuie dans son mariage. Aussi, le dénommé Braun n’a-t-il aucun mal à la séduire et à devenir son amant. Mais leurs ébats ont été filmés et il exige de l’argent. Si elle refuse, il révélera la participation des entreprises Kant au nazisme et plus particulièrement l’utilisation des déportés dans leurs usines. L’histoire est racontée à un écrivain par le conseiller de la famille Kant. Très différent du roman précédent, le ton de ce livre est intimiste. « Six mois six jours » pose, au-delà de l’histoire même, la question du vrai et du faux, dans la vie comme en littérature.
Je suis sortie hagarde de la lecture de ces deux romans tant leur charge émotionnelle, les questions évoquées sont intenses. Et lire l’un à la suite de l’autre deux livres évoquant, certes très différemment, le même sujet m’a paru particulièrement intéressant.

L’amour envers et contre tout

Sous le titre très romantique de Loving Frank, c’est l’histoire âpre et vraie du célèbre architecte américain Frank Lloyd Wright et de Mamah Cheney qui nous est racontée. 1903. Mamah et Edward, son mari, commandent une maison à Frank. Mamah qui est une brillante intellectuelle s’ennuie dans son rôle d’épouse et de mère. Frank Wright, lui, n’est plus heureux auprès de sa femme. Ces deux-là vont tomber passionnément amoureux. Bravant les diktats d’une société très conservatrice, ils vont quitter mari, femme et enfants pour vivre ensemble, en Europe d’abord, aux Etats-Unis ensuite. Mais l’Amérique ultra-puritaine de l’époque ne les laissera pas tranquilles et le couple sera traîné dans la boue par les journaux en mal de sensations. Au-delà d’une histoire d’amour et d’une peinture sociale, Loving Frank est aussi une très bonne peinture des affres de la création. On y suit tant le travail d’architecte de Frank, que celui de traductrice de Mamah, désireuse d’introduire aux Etats-Unis le travail d’une féministe prônant la liberté individuelle, celle de rester en couple par amour et non par convention. Voilà un roman que j’ai trouvé très riche et que je vous recommande chaudement.
Loving Frank, Nancy Horan, Le Livre de Poche

Le Poète en Points 2

Cela faisait déjà un petit temps qu’ils me tentaient ces nouveaux Points 2. Petits, légers, ils se glissent facilement dans une poche ou un petit sac. Je n’ai eu aucun problème de visibilité avec leur nouveau sens de lecture – de haut en bas comme sur un écran d’ordinateur – mais je n’ai pas tellement aimé leur papier ultra-fin. Il faut avoir la main pour tourner les pages une à une, et non pas quatre ou cinq à la fois. Ceci dit je retenterai certainement l’expérience tant la légèreté est pour moi un atout.
Et le livre? Comment ne pas être séduit par le meilleur opus de Michael Connelly! Il a toutes les qualités qui font un bon polar. Récit haletant, personnages complexes et attachants, surprise totale à la fin de l’enquête, tous les ingrédients du genre y sont. Et puis quand on aime la littérature, difficile de résister à un récit où le meurtrier signe ses actes avec des vers de poèmes d’Edgar Allan Poe.