Les Inséparables

Les inés Robbie et Emily, deux inséparables, qui après plus de 40 ans de vie commune, s’aiment comme au premier jour. Cela pourrait être une histoire d’amour banale et pourtant… Ils ne se sont jamais mariés, ont dû adopter leur fils, sont en rupture totale avec leur famille d’origine. Et tous ces mystères ne seront résolus qu’à la toute fin du livre, au début de leur histoire, puisque les Inséparables a une particularité: commencer par la fin, justement.

Cela pourrait être un procédé artificiel, mais l’auteur, Julie Cohen, l’a tellement bien intégré, que la narration est extrêmement fluide. Ses personnages sont authentiques, ont de la profondeur. La présence de l’Océan sur le leur lieu de vue l’accentuant encore. Le sujet interpelle. Voilà tout ce qui fait le charme et l’originalité des Inséparables. Si vous avez commencé à préparer la pile de vos livres de vacances, je vous conseille de l’y glisser.

Lu d’une traite, approuvé et beaucoup aimé!

Les Inséparables, Julie Cohen, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josette Chicheportiche, Mercure de France

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Vie de David Hockney

David Hockney.jpg Tous les faits sont vrais mais les pensées, les dialogues sont inventés. C’est en ces termes que Catherine Cusset, auteur notamment de L’autre qu’on adorait, parle de son roman consacré au peintre David Hockney.

Né en 1937, en Angleterre, dans un milieu modeste, son talent évident lui permit de briser tous les plafonds de verre, de fréquenter les meilleures écoles d’art, et de vendre très vite ses œuvres. David Hockney a su très tôt qu’il était homosexuel dans une Angleterre où c’était encore considéré comme une maladie. Le roman fait la part belle à sa vie amoureuse et raconte également les années sida. Sans compter son amour pour la Californie dont il a largement emprunté les couleurs. Mais au-delà, ce qui est vraiment intéressant, c’est la puissance de sa vision artistique, les étapes de son cheminement, des piscine aux énormes peintures d’arbres, très récentes.

Le livre est à lire avec une tablette ou un livre d’art à ses côtés, bien sûr, pour mieux se rendre compte. Il peut servir de bonne introduction à l’œuvre d’Hockney. Moi, il m’a fait l’effet d’un très intéressant cours d’histoire de l’art.

Vie de David Hockney, Catherine Cusset, Gallimard

Coup de coeur: Etre en vie

Etre en vie.jpg Il m’a fallu seulement deux pages pour être accrochée à ce récit. Celui de Caterina, une petite Italienne paralysée, née dans une famille très pauvre. Qui vit tout au niveau du sol. Complètement livrée à elle-même la journée, elle n’a pour seul horizon qu’une masure sale, comme seul ami, un chien. Elle a six ans quand sa maison brûle. Seule survivante du drame, elle est adoptée et doit tout réapprendre: parler, marcher, se fondre dans son nouvel univers. Quand on la retrouve à l’âge adulte, elle est appelée en Grèce où sa mère a été découverte morte à l’hôtel auprès de son compagnon. Avec Daniele, le fils de ce dernier, elle va devoir comprendre.

Une des plus grandes qualités de Cristina Comencini, c’est la puissance de sa force d’évocation. Pas de mièvrerie, ni de bons sentiments, rien que du « vrai », des personnages qui vibrent de vie. On ne s’identifie pas à eux, on devient eux. Pas de place à la distraction non plus, j’ai été immédiatement aspirée dans son histoire… et ne l’ai plus lâchée, jusqu’au bout. Caterina et Daniele sonnent parfaitement juste et sont terriblement attachants, l’auteur manie comme personne les émotions, les leurs qui jouent sur les nôtres. Je suis sortie très secouée de cette histoire de survie, de vie et de mort. Et ne me suis aperçue après seulement que Cristina Comencini avait également écrit Lucy, autre roman très aimé. Vous ne serez donc pas étonnés si je vous dis qu’Etre en vie est pour moi un des plus beaux romans de l’année 2018.

Etre en vie, Cristina Comencini, Stock

Un arbre, un jour

un arbre un jour.jpgDepuis le lancement de la Vie secrète des arbres, paru en 2017, les ouvrages sur le sujet n’en finissent plus d’orner les rayons des librairies. Il n’est par rare non plus de voir en forêt, des gens enlacer les plus beaux spécimens. Ce phénomène d’une heureuse mode a même un nom, cela s’appelle un bain de forêt. (Cf. l’édito du Elle français de cette semaine). Alors Karine Lambert, à qui l’on doit déjà L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes et Eh bien dansons maintenant, a-t-elle précédé ou s’est-elle engouffrée dans la tendance? Finalement peu importe. Son roman, dans la lignée des feel good books, a de toute façon, beaucoup de charme.

Un magnifique platane centenaire orne la place d’un petit village. Il connaît tous les habitants du lieu et tous le connaissent. C’est à travers ses yeux qu’on découvre leurs secrets. Un beau jour, un avis est placardé sur l’arbre par la mairie: il sera très bientôt abattu. Une croisade est alors lancée pour le garder en place, emmenée par un adorable petit garçon de dix ans, bientôt suivi par de nombreux adultes. Leur arbre, ils veulent le garder à tout prix…

Une jolie fable écologique qui, lue par un beau jour de printemps, m’a fait passer un délicieux moment.

Un arbre, un jour, Karine Lambert, Calmann-Lévy

Livre offert par la plateforme netgalley.fr

Rattrapage: Douleur

Douleur.jpg Je n’avais jamais lu de livre de Zeruya Shalev, talentueux écrivain israélien, et j’ai été tellement bouleversée à la lecture de Douleur (sorti en mars 2017), que je pense consacrer à son œuvre au moins deux semaines de mes vacances d’été!

Iris a 45 ans. Dix ans plus tôt, elle a été victime d’un attentat dans lequel elle a été grièvement blessée. La douleur l’accompagne depuis, maîtrisée la plupart du temps, aiguë par moment. Directrice d’école dans un quartier sensible de Jérusalem, elle y consacre tout son temps, au détriment parfois de ses enfants, Alma et Omer. Le couple qu’elle forme avec Micky est fragile, celui-ci se réfugiant, seul, dans d’interminables parties d’échec.

Quand on la rencontre, Iris consulte un médecin qui se consacre à la douleur, dans lequel elle reconnaît les traits d’Ethan, son grand amour de jeunesse. Leur rupture l’avait brisée, et elle tente alors de renouer les fils de sa vie…

S’il n’y avait ici que la beauté de l’histoire d’une famille dans son intimité, ce serait déjà beaucoup. Mais il y a en plus la splendeur du style. Et le fait qu’on se trouve au plus près de la pensée d’Iris, vivant avec elle joie, angoisse et bouleversements de l’existence. Et des bouleversements, il y en a, qu’ils soient amoureux ou maternels… Voilà un auteur (Mari et femme, Vie amoureuse, Théra, Ce qui reste de nos vies… ) qui vous marque au fer rouge et que je vous invite vivement à découvrir, si ce n’est déjà fait.

Douleur, Zeruya Shalev, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, Gallimard

Lisez un extrait de Douleur sur le site de Gallimard.

L’Archipel du Chien

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Trois cadavres d’Africains sont découverts au petit matin sur une petite île en Méditerranée. Le Maire et le Docteur accourent, et parce qu’un projet d’établissement de thermes qui dynamiserait l’emploi et le tourisme est en cours, ils décident de garder le secret.

Les trois hommes sont inhumés debout, dans l’anfractuosité d’un rocher. Bouleversé, l’instituteur veut déclarer les faits à la police, mais est vite convaincu du contraire. Quand un homme étrange débarque sur l’île, mi commissaire de police, mi gangster, l’histoire s’accélère et prend un tout autre virage…

Avec ce conte à message, le romancier Philippe Claudel – auteur entre autres de La petite fille de Monsieur Linh et du Rapport de Grodeck – a voulu montrer toutes nos lâchetés, notre insensibilité aux autres lorsqu’ils ne nous ressemblent pas, notre individualisme forcené. Son roman qui veut attirer l’attention sur un des plus grands problèmes de l’époque n’a pourtant pas réussi à me toucher. Trop de désincarnation et de froideur, sans doute.

L’archipel du chien, Philippe Claudel, Stock

Ariane

Ariane.jpg Les livres de romanciers belges sont légion depuis janvier, et c’est tant mieux parce qu’ils sont excellents! Myriam Leroy, journaliste, chroniqueuse ne déroge pas à la règle et son Ariane est une déflagration.

Ses personnages sont deux petites ados du Brabant wallon. La narratrice est issue d’une famille renfermée sur elle-même, où tout est rationné, même l’eau pour se laver! Elle a des complexes, s’ennuie à Nivelles, rêve d’autre chose.

Ses parents l’inscrivent alors dans « une école de riches » et c’est là qu’elle rencontre Ariane, une beauté au charisme impressionnant qui, contre toute attente, la choisit comme amie. Se nouent entre elles un lien exclusif et d’une intensité telle qu’on ne le vit qu’à l’adolescence. Et qui va les conduire à la cruauté envers les autres, condisciples mais aussi adultes…

Ce livre a trouvé en moi un écho profond. Parce qu’il est bien construit, bien écrit. Mais aussi, parce que ma fille a fréquenté une « école de riches » et que là-bas, comme dans le livre, pour s’intégrer, il ne suffit pas d’avoir une belle personnalité. Il faut d’abord être jolie (!), porter les vêtements adéquats, et être riche, cela va de soi… Pas de pitié pour ceux qui ne suivent pas le mouvement.

Et puis l’intensité de ces liens d’adolescentes, le désespoir lorsqu’ils se rompent, on les a tous vécus. Tout le talent de Myriam Leroy est d’en avoir fait quelque chose d’universel, dans lequel on peut, sans peine, se retrouver. Son Ariane, je m’en souviendrai longtemps.

Ariane, Myriam Leroy, Don Quichotte