Ton histoire, mon histoire

Ton hisoire.jpg C’est l’histoire d’un jeune couple tombé passionnément amoureux. Il est américain, elle est anglaise. Ils sont tous les deux poètes. Pendant qu’il l’aide à trouver sa voie d’écrivain, elle travaille pour lui permettre d’écrire. Tout serait parfait, s’il n’y avait un grain de folie douce. Chez elle qui a tenté toute jeune de se suicider. Qui est passionnée, exaltée et tombe parfois dans un profond abattement…

Vous les avez reconnus? Il s’agit de Sylvia Plath et de Ted Hughes. Et c’est à lui que l’écrivain néerlandais, Connie Palmen, a donné sa voie, fait assez inhabituel pour être souligné. Dans un long monologue, il raconte, alors que l’histoire a laissé le beau rôle à Sylvia. Leur rencontre, leur amour fou, leur créativité, et le lent étouffement qu’il ressent à vivre auprès d’elle…

C’est un texte absolument magnifique, nourri à la source de l’œuvre de Sylvia et de Ted, un chant déchirant et très littéraire qui ne pouvait que mal finir.

Ton histoire, mon histoire, Connie Palment, Actes Sud

Maggie, une vie pour en finir

IMG_1064.JPG Quel plaisir d’avoir été l’interlocutrice de Patrick Weber lors de la présentation de son livre à la Librairie Filigranes. Je le connais depuis si longtemps – l’école et mes années au magazine Flair. J’ai lu ses premiers livres, ai suivi sa carrière de loin. Et Maggie, une vie pour en finir (Plon) m’a beaucoup touchée.

C’est un roman peu banal pour l’auteur, puisqu’il s’agit de l’histoire de sa grand-mère maternelle. Et qu’il a dû, pour l’écrire, mener des recherches, aux archives militaires d’abord, outre-Manche ensuite où il a rencontré sa famille, jusque-là inconnue.

Maggie naît à Altrincham, petite ville proche de Manchester à la fin du 19e siècle. La vie est rude dans sa famille. Sept frères et soeurs, un père qui boit et bat sa mère, peu d’argent… Encouragée par un pasteur, la jeune fille, un brin rebelle, devient infirmière pendant la guerre 14-18, ce qui changera le cours de sa vie. C’est à l’hôpital qu’elle rencontre Joseph, un soldat belge blessé, qu’elle suivra en Belgique à la fin de la Première Guerre. Mais à travers son fils adoré, Charles, elle verra encore le cours de sa vie bouleversé en 1940…

Patrick Weber, le petit-fils qu’elle n’a jamais connu, rend hommage à sa vie, brisée par l’Histoire, dessine un personnage attachant, profondément humain, mettant à jour les failles de sa personnalité, dont le peu d’attention qu’elle accorde à sa fille, Joy. Ses évocations de l’Angleterre du début du 20e siècle et du Bruxelles de l’entre-deux guerres sont savoureuses et imagées. À la fin du roman, l’émotion prend le pas sur le fil du récit. On a le cœur serré devant tant de souffrance et l’on mesure ce qu’a dû ressentir l’auteur pour écrire ce très beau roman.

Maggie, une vie pour en finir, Patrick Weber, Plon

Je n’ai pas aimé le Prix Goncourt

zoom-leurs-enfants-apres-eux.jpg En général, je ne parle pas des livres que je n’ai pas aimés. Il y en a tant dont la lecture me passionne. Cette année pourtant je fais exception puisqu’il s’agit du Prix Goncourt: Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, paru chez Actes Sud.

Le pitch? Dans une petite ville du Nord de la France, dont le haut-fourneau est désaffecté, les adultes font de petits boulots et les jeunes beaucoup de conneries. On suit ces derniers pendant quatre étés, de 1992 à 1998, de soirées en virées à moto et deals de haschisch, de départs pour le lointain, en retours sociologiquement programmés.

Si vous avez été adolescent pendant les années 90, vous y trouverez sans doute votre bonheur, tant les références musicales et autres de la décennie y sont nombreuses. Mais vous devrez passer au-dessus d’une langue râpeuse, parlée, jeune. Et d’une fin sans espoir. Notez par contre que la structure du livre, sa mécanique, y sont très bien huilées (et ça, c’est un compliment!)

N’hésitez cependant pas à lire d’autres chroniques sur le Goncourt. Des copines bloggeuses ont adoré, les critiques littéraires et de nombreux lecteurs aussi! Mon avis est forcément subjectif.

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu, Actes Sud

Simone Veil et ses soeurs

les-inseparables-simone-veil-et-ses-soeurs-tea-9782021400571_0.jpeg Si on sait à peu près tout de la vie professionnelle de Simone Veil à partir de 1974, date à laquelle elle devint ministre de la Santé, on connaît beaucoup moins les détails de son enfance passée auprès de ses parents et frère et sœurs. C’est à cela que s’attelle Dominique Missika, se basant sur des photos, des documents, et des conversations avec les protagonistes pour appuyer ses dires.

Son livre, bien documenté, évoque la vie douce et harmonieuse des enfants Jacob jusqu’à la déportation. 1944: Denise est la première arrêtée pour faits de résistance et se retrouve à Ravensbrück. Simone, Milou et leur mère sont envoyées à Auschwitz. Quant au père et au frère, Jean, ils disparaissent sans laisser aucune trace.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur la vie des Jacob au camp de concentration mais là où le livre Les Inséparables devient à la fois passionnant et poignant c’est sur le retour à Paris de Denise, Simone et Milou à la fin de la guerre.

Leur père disparu, leur mère morte au camp, les filles Jacob sont orphelines et recueillies par une tante. Devant l’incrédulité, le manque d’écoute et d’empathie qu’elles remarquent autour d’elles, elles se réfugient toutes trois dans le silence, ne parlent pas, ne racontent rien de l’horreur.

Mais là où Denise, comme tous les autres résistants, est partout fêtée, son courage célébré, Simone et Milou comme les autres déportés juifs n’ont droit à rien, et pire, leur souffrance n’est ni reconnue, ni entendue. (Ce n’est en effet qu’à la fin des années 70 que les survivants juifs ont commencé à raconter.)

Comment se reconstruire sur des cendres? Chacune le fera à sa manière, en se mariant, en ayant des enfants, en étudiant. Liées à jamais par leur expérience, les filles Jacob deviendront jusqu’à leur mort Les Inséparables.

Les Inséparables, Dominique Missika, Seuil

 

Naissance d’un Goncourt

Quéffelec.jpeg Yann Quéffelec nous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, et ça a un charme fou. Son Naissance d’un prix Goncourt, évoque une éditrice formidable, un personnage hors du commun qui a « fait » des écrivains aussi différents qu’ Alexandre Jardin et Bernard-Henri Lévy, Lucien Bodard et André Glucksmann, entre autres.

Et Yann Quéffelec, donc. Que Françoise Verny croise par hasard un soir de tempête, à Belle-Île en mer. Il tente d’amarrer son bateau, elle lui tape sur l’épaule et lui lance dans la fureur des éléments « Toi, chéri, tu as une gueule d’écrivain. » Comment avait-elle deviné, que fils d’écrivain, il voulait, lui aussi taquiner la plume? Stimulé, encouragé, il écrivit et écrivit si bien que son deuxième roman, Noces barbares, obtint le prix Goncourt en 1985.

Le portrait qu’il trace de Françoise Verny est une ode à l’amitié et à l’affection, le récit qu’il fait de leurs soirées très arrosées devient pages d’anthologie. Et la lecture de Naissance d’un prix Goncourt est un moment de plaisir pur.

Naissance d’un Goncourt, Yann Quéffelec, Calmann-Lévy

Les fureurs invisibles du coeur

John Boyne.jpg Dépassez le titre de ce roman qui ne veut absolument rien dire. Les fureurs invisibles du cœur racontent près de 60 ans d’histoire de l’homosexualité en Irlande, à travers un héros, Cyril, et ceux qui l’entourent.

Le roman commence d’une façon glaçante. Une toute jeune fille, enceinte, se retrouve au premier rang de l’Eglise de son village, avec toute sa famille. Dans une scène d’une violence inouïe, le prêtre l’humilie en public. Après la messe, elle n’a d’autre choix que quitter son lieu de vie pour Dublin. D’ailleurs sa mère a déjà préparé son sac…

La focale se déplace ensuite sur Cyril, son petit garçon, adopté par un couple excentrique qui ne lui donnera jamais ni attention, ni affection. Cyril se rend assez vite compte qu’il n’aimera jamais les filles, ce qui conditionnera toute sa vie. Mais dans l’Irlande très catholique, vivre son homosexualité au grand jour est quasi impossible et Cyril se voit forcé au mensonge. D’Amsterdam à New York, toute sa vie, il fuira Dublin.

La violence de la première scène, se retrouve dans différents endroits du roman, qui explore tant les amours cachées dans les sinistres pissotières du métro, que l’assassinat pur et simple d’homos tués pour ce qu’ils sont.

Les personnages – la mère comme le fils – sont beaux et poignants, le rythme de la narration est réglé comme du papier à musique, la structure impeccable, ce qui permet de dévorer sans peine les 600 pages du roman. J’ai terminé cette lecture bouleversée et le souffle court.

Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne, Editions J.-C. Lattès

Ma dévotion

ma dévotion.jpg Quand Helen croise Frank sur un trottoir de Londres quinze ans après qu’ils ne se soient vus pour la dernière fois, ils ont 80 ans. Elle décide alors de lui imposer, de lui raconter sa version de l’histoire qui les lie depuis toujours.

Ces deux-là se sont rencontrés dans l’enfance, se sont alors aimés, parfois détestés, ont été des amants intermittents, mais ont toujours été présents l’un pour l’autre. Enfin surtout Helen pour Frank, qui en assurant l’intendance de la maison dans laquelle ils vivaient, en l’écoutant, en lui parlant, en le soutenant, lui permit de devenir le grand peintre qu’il était. Peintre mais aussi père puisqu’elle éleva avec lui le fils qu’il eut d’un de ses amours de passage. Tout en écrivant ses livres en parallèle, et avant que le drame ne les sépare…

Dans un style magnifique, dans de belles phrases amples, Julia Kerninon raconte avec profondeur et subtilité, la colère, la tendresse, la douleur d’Helen, mais aussi l’amour que cette dernière éprouva pour Frank et dont elle ne lui parla jamais. Ces deux personnages passant en effet leur vie à se rater, dans un ballet d’occasions manquées. Bouleversant!

Ma dévotion, Julia Kerninon, la brune au Rouergue

Le Prince à la petite tasse

Emilie Reza.jpeg Reza, un jeune Afghan de 21 ans, a traversé toute l’Europe sous l’essieu d’un camion avant d’arriver en France. Un fois son droit à l’asile et ses papiers obtenus, il trouve refuge à Paris chez Emilie, Fabrice et leurs deux enfants.

Ce livre est le récit de leur adoption mutuelle, de leurs tentatives – difficiles au début – de communication, de la création d’un terrain d’entente autour d’un plat à cuisiner ensemble, d’une partie de foot, ou de cartes avec les enfants.

Reza, selon ses dires, perd tout l’argent qu’il gagne en achetant des tentes et du matériel aux réfugiés qui vivent dans la rue à Paris. « Mais tu ne le perds pas, lui dit Emilie, tu le donnes. »

Et tout ici est une histoire de générosité, d’humanité, de don de soi. Loin, très loin des préoccupations des pays européens qui refusent que l’Aquarius accoste dans ses ports. Il y a de la drôlerie dans ce récit, de l’émotion, et de l’espoir, celui insufflé par des êtres humains aidant un autre être humain.

Le Prince à la petite tasse, Emilie de Turckheim, Calmann-Lévy

Tu t’appelais Maria Schneider

maria.jpeg Jeune femme, actrice, Maria Scheider avait tout pour elle, du moins en apparence, avant que le célèbre Bertolucci, réalisateur du Dernier Tango à Paris, ne lui impose, une scène de simulation de viol. Son partenaire, Marlon Brandon, le savait, elle pas. Sa fureur fut immense, les réactions des spectateurs également, eux qui ne cessèrent de lui imposer de très mauvaises plaisanteries à ce sujet, partout où elle allait. Toute sa carrière cinématographique en fut conditionnée, tout la ramenait à « ça ».

C’est la vie de sa cousine que la journaliste Vanessa Schneider retrace ici puisque très vie Maria fut recueillie par ses propres parents. Ella raconte la mère de la jeune fille qui la chassa de chez elle et son père Daniel Gélin, qui ne la reconnut jamais, et ne la fréquenta que pour l’entraîner dans une folle vie nocturne. Nous sommes en plein dans les années 70. Si Vanessa est juste vêtue de tenues hippies, Maria, elle, glisse très vite sur le chemin de l’alcool et des drogues dures.

A cause du cinéma? Sans doute. Mais à cause aussi d’un manque de stabilité originel, et des faiblesses de toute une famille que Vanessa appelle « une famille de fous ».

Il y a de la mélancolie dans ce très beau récit, des occasions manquées, la nostalgie de ce qui aurait pu être autrement. Et j’ai succombé aux mots de Vanessa.

Tu t’appelais Maria Schneider, Vanessa Schneider, Grasset

Je suis Jeanne Hébuterne

Jeanne.jpg Elle est une toute jeune fille, lorsque, élève à l’Académie des Beaux-Arts, elle rencontre Amadeo Modigliani.

Oublié le calme et triste appartement où elle vit avec ses parents et son frère adoré, André. Oublié la bienséance et le confort d’une vie bourgeoise. Modigliani a 15 ans de plus qu’elle? Qu’à cela ne tienne. Elle se lance à corps perdu dans une histoire d’amour passionnée et dans la vie de bohème désargentée de Montparnasse, début 20e siècle.

Au-delà de l’intensité, de l’amour qui brûle ces pages, de leur fin tragique – ils meurent très jeunes – à tous les deux, ce qui m’a frappée dans ce livre, c’est le statut des jeunes filles, alors si ingrat. On devient vite une traînée, si l’on ne suit pas le droit chemin de l’époque, si l’on ne claquemure pas son désir. Point de salut hors d’un bon mariage et des enfants. Jeanne paiera le prix fort pour sa liaison: affamée, diffamée, pauvre, en quasi rupture avec sa famille.

Olivia Elkaïm nous permet ici de découvrir un personnage magnifique auquel elle a su  donner toute sa flamme.

Notez que le livre vient de paraître chez Points, en édition de poche.

Moi, Jeanne Hébuterne, Olivia Elkaim, Stock et Points