Histoire d’eau

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Fin des années 60. Par un bel après-midi d’été, Ligeia apparaît sous les yeux ébahis de deux frères, Bill et Edward. Elle est blonde, belle et libre. Elle vient de Californie où, en matière de mœurs, tout est permis. Eux sont élevés par leur mère et leur grand-père tyrannique et ultra-conservateur. Ils travaillent pendant leur temps libre et leur seul loisir est de passer leurs après-midi d’été près d’une rivière. Très vite les trois jeunes gens deviennent amis.

Cinquante ans plus tard, dans la même petite ville du cœur des Appalaches, des ossements sont trouvés dans la rivière. Il faut peu de temps à la police pour découvrir que ce sont ceux de Ligeia, mystérieusement disparue cinquante ans auparavant. Les deux frères vont alors devoir regarder la vérité en face…

Résumé ainsi, Par le vent pleuré apparaît comme un thriller alors qu’il n’en est rien. Bien sûr, on a envie de savoir ce qui est arrivé à Ligeia, mais l’essentiel est ailleurs. Il est dans la poésie de ces après-midi nimbés d’eau et de soleil. Dans ces jeunes garçons qui deviennent des hommes de la plus terrible des façons. Dans le sens parfait des atmosphères que maîtrise l’écrivain Ron Rash. Et on se laisse, nous aussi, emporter au fil de l’eau et de sa plume.

Par le vent pleuré, Ron Rash, Seuil

Le retour de Lisbeth

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Pour une infraction commise dans le tome 4 de Millénium, on retrouve Lisbeth Salander, 1 m 50 et une intelligence hors du commun, en prison. Aux prises avec son passé, encore une fois – son tuteur vient de lui remettre de mystérieux documents. Dans la cellule voisine de la sienne, une jeune Pakistanaise est victime, chaque soir, des cruautés d’une détenue qui fait la loi dans cet établissement pénitentiaire. Ce que Lisbeth ne peut supporter… Deux histoires se coupent et se recoupent dans La fille qui rendait coup sur coup. Celle de l’enfance de l’héroïne qui l’emmène à enquêter sur des jumeaux miroirs séparés à la naissance. Et celle de la jeune Pakistanaise, issue d’une famille islamiste et victime d’un crime d’honneur.

Les bons points: C’est absolument passionnant. Je l’ai lu en un week-end et je ne pouvais plus m’arrêter. C’est un thriller bien ficelé, où tout est à sa juste place, sur deux sujets graves et intéressants.

Les moins bons: Lisbeth et Mikael Blomkvist sont devenues des silhouettes qui amènent les sujets sans presque plus y participer. Et puis l’atmosphère très politique, les questions posées sur la Suède contemporaines, chères à Stieg Larsson ont complètement disparu. La finesse aussi. Et ses lecteurs ne s’en remettront jamais!

Millénium 5, La fille qui rendait coup sur coup, David Lagercrantz, Actes Sud

La mine comme horizon

9782246813804-001-T.jpeg Michel a 15 ans, quand son frère adoré, Jojo, meurt dans la catastrophe minière de Liévin-Lens, le 27 décembre 1974. Celle-ci fait 42 victimes, 42 victimes du cynisme et de la productivité à outrance. La mine était, en effet, sur le point de fermer. Et les hommes qui descendaient au fond, chaque matin, la craignaient et savaient que leur sécurité n’y était plus assurée. Toute sa vie, Michel n’aura de cesse de venger le calvaire de son frère, créant dans sa cave un mausolée aux mineurs. Lorsque sa femme meurt, Michel revient sur les lieux et retrouve le contremaître aux commandes un certain 27 décembre 1974…
J’ai tourné quelques semaines autour de ce livre, j’avais peur de son scénario d’horreur. Et puis comme chaque fois, il a suffi de quelques pages pour que Sorj Chalandon, un écrivain que j’aime particulièrement, me happe dans son histoire. L’ancien journalise de Libération (il officie aujourd’hui au Canard enchaîné) connaît sur le bout des doigts l’art de la narration, ne ménage pas ses effets de surprise, ajoutant des questionnements et du mystère à son propos. Et tout cela dans une langue magnifique.
Le jour d’avant, Sorj Chalandon, Grasset

Un nazi après la guerre

9782246855873-001-T.jpeg C’est un roman qui tutoie l’horreur. Basé sur une documentation ultra-complète mais si bien intégrée qu’elle ne sert qu’à étoffer l’histoire et les personnages, sans jamais être didactique. Tout est vrai ici, sauf peut-être, la vie intérieure du personnage principal. Ce qui ne fait qu’amplifier l’horreur. Et l’auteur a su trouver la bonne distance pour nous le raconter.
En 1945, à la chute du régime nazi, par peur d’être jugé, Joseph Mengele le médecin d’Auschwitz, monstre tortionnaire et assassin, fuit en Argentine. Le régime de Peron accueille alors ses semblables à bras ouverts, leur permettant de reconstituer une « société nazie » à Buenos Aires. Pour survivre, Mengele fait de petits boulots au début, puis ose avouer qu’il est médecin et se met à gagner beaucoup d’argent en pratiquant des avortements.
Mais dès la fin des années 50, l’étau se resserre. Le Mossad traque les anciens nazis et enlève à Buenos Aires même Eichmann qui sera jugé à Jérusalem. Il est à deux doigts de trouver Mengele qui parvient pourtant à lui échapper.
Dès lors, son existence n’est plus qu’une longue descente aux enfers. Fuyant au Paraguay d’abord, au Brésil ensuite, terrifié jusqu’au bout par une possible arrestation, l’homme mourra seul et sans éprouver le moindre remord. Soutenu jusqu’au bout financièrement par sa riche famille d’industriels et pratiquement par des d’anciens nazis.
Je suis sortie de cette lecture, consternée, abrutie par les faits, mais quel grand roman!
La disparition de Joseph Mengele, Olivier Guez, Grasset

Il est comment le dernier Amélie Nothomb?

419Sd1zJEaL._SX195_.jpg Cela faisait des années que je n’en avais plus lu et je l’ai trouvé excellent.
L’histoire: Diane est une petite fille intelligente et sensible, élevée sans amour par une mère jalouse d’elle, de l’effet qu’elle fait sur les autres. Heureusement ses grands-parents maternels, ensuite des amis, l’accueillent chez eux avec toute la chaleur dont elle a besoin…
Des années plus tard, alors qu’elle est une brillante étudiante en médecine, Diane revit cette étrange configuration avec un de ses professeurs et la fille de cette dernière…
La critique: alors qu’elle place son roman sous l’égide de Musset (« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie »), pour explorer la complexité des rapports mère-fille, les méandres de l’amour ou du désamour maternel, Amélie Nothomb use d’une langue simple, sans fioritures et qui va à l’essentiel. Comme ne pas être bouleversées par l’extrême solitude de ces deux petites filles mal-aimées? Par les conséquences qu’auront sur elles, l’absence des regards dans lesquels on se construit. Frappe-toi le cœur est parvenu à me toucher… au cœur!
Frappe-toi le coeur, Amélie Nothomb, Albin Michel

Disparition

9782709659826-001-T.jpegPar un bel après-midi d’été, Summer, une éblouissante jeune fille de 19 ans, disparaît après une baignade dans un lac. Ses parents, son frère, Benjamin sont dévastés. Il a 15 ans et le drame, comme le silence écrasant de ses parents, l’étouffent et le marquent profondément. Vingt-cinq  plus tard, en sentant une odeur de peinture fraîche dans son bureau, Benjamin est pris de crise d’angoisse et plonge dans une profonde dépression. Il n’aura pas d’autre choix que de reconstituer ce qui s’est vraiment passé…

Ce roman est une petite merveille, un bijou de poésie et d’onirisme incarnés dans le thème de l’eau omniprésent, des poissons nageant dans les lacs de Genève et les piscines ainsi que dans un mystérieux aquarium, image à la fois, du bonheur parfait et du malheur extrême. Le personnage de Benjamin, perpétuellement mal à l’aise, en inadéquation  constante avec le monde rappellera à tous de douloureux souvenirs d’adolescence. Quant aux parents, ils incarnent la bourgeoisie dans ce qu’elle a de pire, réfugiée dans les mondanités et les conventions, parfaitement insensibles et capables du pire. Cela fait quelques jours que j’ai terminé Summer, et cette histoire, cette écriture, ne cessent de me hanter.

Summer, Monica Sabolo, JC Lattès

Politique, encore!

51q7KhfIftL._SX315_BO1,204,203,200_.jpg J’ai lu Un personnage de roman, livre oh combien décrié par la critique. L’écrivain Philippe Besson, proche des Macron, a suivi le candidat à la présidentielle pendant toute sa campagne. Il a multiplié les carnets de note, désireux de transformer cette matière en roman et ne parvenant qu’à dessiner un portrait en creux. La lecture du livre est agréable mais ne nous apprend rien de neuf si on a suivi l’actualité au printemps. L’œil de l’auteur n’est pas un œil critique. Mais ce qui frappe par contre, c’est la réflexion de Philippe Besson: même en étant proche du futur président, en lui parlant, en échangeant avec lui des SMS, l’écrivain se rend compte… qu’il ne connaît pas Emmanuel Macron. Moi ce que j’aurais bien voulu savoir c’est ce qu’il pense de sa remarque sur les fainéants, sur ses gestes méprisants de la main. Mais ça c’est une autre histoire. Et la littérature n’a finalement pas gagné grand-chose avec Un personnage de roman.
Philippe Besson, Un personnage de roman, Julliard